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CQFD N°068


FIN DU GRAND-GUIGNOL ANTITERRORISTE ?

LE GAG SQUARCINESQUE

Mis à jour le :15 juin 2009. Auteur : Nicolas Arraitz.

La libération du dernier des otages de Tarnac est survenue après une salve d’opérations policières rocambolesques, brutales et sans lendemain. Dans cet énième baroud d’honneur d’un antiterrorisme en mal d’ennemi intérieur, l’affaire de Forcalquier vaut le détour.

UNDI 18 MAI À 6 H 10, douze agents de la PJ de Marseille sonnent chez les Bouchardeau, à Forcalquier (04). Le fils leur jette la clé accrochée à un petit parachute de plastique pour qu’ils puissent entrer. Après avoir fouillé son cartable, les flics le laissent prendre son car scolaire et ses parents sont emmenés en garde à vue. Ils seront relâchés, avec deux autres interpellés, au bout de trente-six heures d’interrogatoires et de cachot. « La perquisition s’est faite poliment, raconte Johanna Bouchardeau, mais à l’Évéché [commissariat central de Marseille], on a été traités comme des serpillières. Comme tout le monde, d’ailleurs. On a vu des gamins de douze, treize ans jetés dans des cellules immondes. » L’accueil réservé à leur retour chez eux les rassérène. « Plus de cent personnes nous attendaient. Le maire avait pris notre défense sur France3. Même les gens de droite se sont scandalisés de ces “dérives dignes d’un État totalitaire”. »

Que leur reproche-t-on ? D’avoir terrorisé le chef de l’antiterrorisme. Bernard Squarcini, directeur central du renseignement intérieur (DCRI), a présenté une photo au procureur de la République de Digne. Un cliché pris avec un portable, montrant une sonnette assortie d’un oeilleton électronique et d’une plaque : « M. et Mme Squarcini Bernard. » Sous la sonnette, deux doigts tenant un tract : « Sabotons l’antiterrorisme. » Cette pochade a circulé par mail entre les membres du comité local de soutien aux inculpés du 11 novembre, pour annoncer une journée de débats en présence de l’éditeur Éric Hazan. Mais le manitou se sentant menacé, la police et la presse se mirent en branle. Les journalistes évoquèrent un tract livrant à la vindicte du populo-terroro la résidence secondaire de M. Bernard. Les artistes de l’inversion avaient encore frappé : d’un tract sur une photo, on était passé à une photo sur un tract. Et d’un gros plan sur un anodin Interphone, on basculait vers la désignation malveillante de toute la villa. Voilà, paraît-il, le pourquoi du commando de l’aube. Rien à voir bien sûr avec l’autre descente de police à Rouen, à la même heure, chez « des proches de Julien Coupat »… Johanna Bouchardeau affirme le contraire : « Ça fait partie d’une stratégie d’intimidation. »

Pourtant, à l’automne, Squarcini promettait  : « Nous ne sommes pas là pour nuire aux libertés individuelles. [1] » Alors, qui est cet OSS 117 trahi par la sonnette de son petit cabanon ? Dans les années 80, « Le Squale » a fait ses classes dans l’antiterrorisme anti-corse [2] , puis anti-basque. Il est ensuite devenu préfet de police à Marseille [3]. En juin 2007, son mentor néo-élyséen le bombarde chef de la DST, chargé de fusionner cette officine et les RG dans une seule et flambante DCRI (« le FBI à la française »), dont le premier fait d’armes sera l’infâme montage de Tarnac.

Le Point du 12 mars 2009 interviewe ce « professionnel du secret ». « Subtil et flegmatique  », M. Bernard y explique « comment on traque les terroristes ». Le mode opératoire est simple : « Détecter, surveiller, anticiper. » Certains s’étonneront de l’usage privé qu’il fait aujourd’hui de cet arsenal aléatoire Antécédent : [4]. Mais si La Provence du 5 juin note que « le préfet Squarcini [a été] placé sous protection juridique », c’est sûrement qu’il en a besoin. La preuve ? « Squarcini n’existe pas ! », insinuait récemment un mystérieux Comité apéritif du sabotage protéiforme et pataphysique des existences ridicules… Pas de doute, la menace erroriste plane encore.

Article publié dans CQFD N°68, juin 2009.


[1] « Ces agents secrets qui préservent la France du terrorisme », La Provence, 22/10/08.

[2] Il fut l’artisan de la traque d’un autre coupable idéal : Yvan Colonna.

[3] C’est là qu’il eut cet élan lyrique à propos du grand commissariat de Noailles : « Ce sera le navire amiral de la police en Méditerranée ! »

[4] Squarcini a été mis en cause dans le dossier Clearstream…





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