Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°068
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°068


CONSEIL VACANCES

DES ZAPATISTES, PAS DES TOURISTES !

Mis à jour le :15 juin 2009. Auteur : Jean-Pierre Petit-Gras.


Vous vous préparez peut-être à partir en vacances au Mexique. Vous n’êtes probablement pas trop effrayé par les informations en provenance de ce pays, faisant état d’une recrudescence exponentielle de la violence liée au narcotrafic (dans lequel la police et l’armée, massivement corrompues, prennent une part importante). Ni trop préoccupé par les enlèvements ou autres agressions contre des ressortissants étrangers (récemment, un universitaire français a été tué d’une balle dans la tête en sortant de l’aéroport de Mexico, parce qu’il refusait de lâcher la sacoche qu’il transportait). Vous n’avez pas peur non plus de la grippe porcine, du cafouillage des services de santé nationaux et internationaux autour de cette sombre histoire et de la militarisation accrue présentée comme unique remède à la crise sanitaire. C’est courageux de votre part. Et puis, c’est vrai, vous avez une bonne assurance, le médicament ad hoc dans les bagages… De plus, le Mexique est un beau pays. Par contre,vous ne devriez pas ignorer que l’industrie touristique, loin de bénéficier aux petites gens, renforce les politiques d’expulsion et d’exclusion. Les populations indigènes, au Chiapas, à Oaxaca, au Yucatán ou au Guerrero, sont « nettoyées » des lieux les plus photogéniques (qu’elles ont souvent préservés pendant des siècles), afin de permettre l’installation de complexes hôteliers et, fin du fin de l’escroquerie moderne, la pratique d’un prétendu « écotourisme  ». Le mois dernier au Chiapas, huit paysans de l’ethnie tzeltale, habitants du village de San Sebastián Bachajón, ont été arrêtés, torturés et contraints de signer de faux aveux sur leur prétendue participation à des braquages de cars de touristes. Ironie : la véritable raison de leur emprisonnement est leur opposition à la construction d’une autoroute destinée à favoriser le flux touristique entre San Cristóbal et Palenque. Autoroute qui doit traverser leurs terres communales. Ces huit paysans mayas n’ont même pas eu droit à un traducteur, et ils risquent de lourdes peines. Amnesty international et le Centre des droits humains Fray Bartolomé de las Casas sont intervenus en leur faveur, jusqu’ici en vain. Visiblement, le gouverneur Juan Sabines ne comprend que le langage de la force, exercée par l’armée fédérale, les divers corps de police et les groupes paramilitaires qu’il lance contre les communautés zapatistes. Communautés qui ne demandent qu’une chose : qu’on les laisse vivre et se gouverner comme bon leur semble.

Mais ces raisons ne vous convainquent peut-être pas. Il ne reste alors qu’à vous souhaiter de connaître, au milieu du troupeau en short et chapeau de paille, le frisson de vacances d’exception : en payant un supplément, vous pourrez surprendre de vrais Lacandons en train de se préparer à partir à la chasse. Ne vous étonnez pas s’ils ont l’air de s’ennuyer ferme : vous serez peut-être le sixième groupe d’aventuriers qu’ils auront croisé dans la matinée. « Au suivant  », comme disait Jacques Brel.

Article publié dans CQFD N°68, juin 2009.






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |