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CQFD N°068


PROFITATION AU SINGULIER

GWADLOUP, QUELLE DÉMOCRATIE ?

Mis à jour le :15 juin 2009. Auteur : Frédéric Gircour.

En février, Sarkozy avait promis deux choses : des états généraux (pour, en fait, escamoter les revendications du LKP) et sa venue en Guadeloupe une fois le climat apaisé. On apprend aujourd’hui qu’il prévoit de faire son show le 25 juin. La situation est-elle pour autant pacifiée ?

CI, LA QUESTION DES PRIX cristallise encore toutes les colères. Certes, un important travail a été effectué par le LKP pour faire baisser le prix de quelques centaines de produits de première nécessité, en contraignant notamment grossistes et distributeurs à réduire leurs vertigineuses marges. Toutefois, les gens jugent que la baisse concédée est insuffisante, surtout au vu de la récente flambée du prix des autres produits. Cette hausse indécente résonne une fois encore comme un signe de mépris pour la population, qui s’est fortement mobilisée pendant quarante-quatre jours de grève générale [1]. Pour certains, cela prouve que le LKP n’a pas été à la hauteur et, paradoxalement, c’est à lui que d’aucuns imputent la responsabilité de cette situation. D’autres cependant prennent conscience des limites du capitalisme. Dans le système libéral, les prix ne sont pas régulés. Il est donc impossible pour le LKP, dans le système actuel, de peser d’une quelconque manière sur les prix en dehors de ceux définis après la grève comme étant de première nécessité. Dès lors ,doit on se contenter de résister pied à pied contre les profitations ou doit-on aspirer à la création d’un système sans profitation qui remplacerait le capitalisme, basé sur l’exploitation de l’homme par l’homme ?

Alors que les prix explosent, l’État et les collectivités territoriales n’ont toujours pas versé les 150 euros mensuels promis. Selon l’accord Bino, l’État est censé verser 100 euros par mois permettant au patronat d’anticiper la charge des 200 euros d’augmentation des bas salaires qui lui incombera en intégralité dans trois ans. Seul hic, le gouvernement a publié un « décret d’extension » de l’accord Bino dans lequel cette clause n’apparaît plus : balayée l’obligation pour le patronat de prendre les 200 euros à sa charge. La moitié des salariés de Guadeloupe se retrouvera donc à la case départ dans trois ans. Dans le même temps, la multiplication actuelle des procès pour de vieilles affaires contre des dirigeants de l’UGTG, importante composante du LKP, s’apparente clairement à une chasse aux sorcières antisyndicale. Quant aux nombreux autres points de la plate-forme qui devaient être discutés, c’est le statu quo. Qu’en est-il de l’augmentation des minima sociaux, des retraites, des mesures contre les discriminations, de la question de la précarité ? Nombre d’élus, plutôt que de chercher des réponses, se dispersent entre états généraux imposés par Sarkozy et congrès des élus locaux, sorte de clone des états généraux, lancé par Jacques Gillot,président du conseil général, dans le seul but de reprendre la main politique.

C’est justement pour se rappeler au bon souvenir de ces politiques professionnels que, le 7 mai, quelques centaines de militants du LKP se sont invités au palais du conseil général, une heure trente avant que ne débute le congrès des élus. Le président de région Lurel, et Gillot, se sont retranchés dans l’Hôtel de Région avec la mine d’un Bush au lendemain du 11-Septembre. Ils ont parlé de situation insurrectionnelle, de coup d’État fasciste… Contre toute attente, ces élus ont reçu un appui idéologique de bon nombre d’intellectuels guadeloupéens,dénonçant une menace contre la démocratie. D’autres voix se sont alors fait entendre et un débat de haute volée s’est engagé sur la question de la démocratie. Ne faut-il pas voir dans cette occupation pacifique un sursaut citoyen dont il y aurait lieu de se réjouir ? La démocratie “représentative” représente-t-elle toujours le peuple ? Comment replacer le peuple au coeur des décisions prises en son nom ? Autant de questions qui font que la Guadeloupe demeure l’un des épicentres mondiaux de la contestation du néolibéralisme.

Article publié dans CQFD N°68, juin 2009.


[1] Voir www.chien-creole.blogspot.com.





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