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CQFD N°068


COM’

EXTINCTION DU SANS-EMPLOI

Mis à jour le :15 juin 2009. Auteur : François Maliet.

Le Revenu de solidarité active (RSA), « ça sert à ça ! », jubile le prestidigitateur Hirsch. Notamment à transformer le RMiste en smicard en deux coups de pub téloche. Abracadabra, RSA ! Tant pis pour celui qui y croit.

UI ALLUME UN TANT SOIT PEU son poste de télé n’a pas pu le rater : il s’appelle Marc, il est cariste et, bien qu’il soit devenu un héros de la pub, il ne respire pas vraiment la joie de vivre. On sent bien, à le voir s’installer tristement sur son transpalette, qu’il est plus là par obligation que par vocation. Sa voix grave confirme ce que l’on pressentait : « Ce travail, j’ai mis du temps à le trouver, j’y tiens. Je suis au SMIC, et on est quatre sur mon salaire : moi, ma femme et nos deux enfants. Alors, c’est pas facile. » Il poursuit,mimant l’apaisement  : « Le RSA, justement, c’est quand on travaille et qu’on ne s’en sort pas. Ça va bien nous aider, c’est sûr ! » Alors, c’est donc ça, le Revenu de solidarité active concocté par Martin Hirsch, triste épigone de l’abbé Pierre ? « C’est quand on travaille et qu’on ne s’en sort pas ». [1] ?

Le téléspectateur distrait, mais quand même au courant que le RSA a été pondu pour remplacer le Revenu minimum d’insertion (RMI), pourrait penser que la légendaire feignasse RMiste va illico transmuter en prolo dur au taf. Étonnant, certes,mais n’est-ce pas ce que laisse entendre la pub ? Afin de dissiper le doute, passons un coup de fil à la caisse d’allocations familiales (CAF) : « Bonjour, je suis au RMI, et j’ai entendu parler du RSA, je voulais savoir comment ça allait se passer…
– Si vous êtes au RMI, vous n’avez rien à faire, le transfert de votre dossier vers le RSA va se faire automatiquement.
– Et pour ce qui est du travail ?
–…
– Ben oui, le gars au RSA qu’on voit à la télé, il bosse.
–Ha, mais… Ça va aider ceux qui sont salariés et qui ont un faible revenu. Mais le RSA, ce n’est pas un travail !
 », explique gentiment la conseillère au grand nigaud de CQFD.

Pourtant, le haut-commissaire à la Jeunesse et aux Solidarités actives l’a promis : son projet « vise avant tout un effet sur le retour à l’emploi ». Selon les chiffres fournis par les trente-quatre départements où le RSA a été mis en place dès janvier 2008, il y parviendrait presque : le taux de retour à l’emploi y est de 9% plus élevé qu’ailleurs. Un résultat encourageant qui a été très largement divulgué par les médias. Mais en fait d’encourageant… Disons qu’ils sont 3,38 % à retrouver un emploi dans les départements testés contre 3,1% dans les départements restés au RMI. Mais dans un communiqué de presse, un tout petit écart de 0,28 à peine fait moins classe qu’un beau gros « 9 » tout rond… Et 0,28, c’est bien 9% de 3,1, non ?

C’était étonnant, aussi, cette supposée avalanche d’offres d’emploi. Avec la crise, un taux de chômage (officiel) de 8,7% au premier trimestre et les 639 000 désœuvrés supplémentaires (a minima) annoncés par l’Unedic pour 2009, où est-ce que le petit Hirsch pouvait bien dégoter du boulot pour les 1,4 million de foyers qui se prélassent dans leurs minima sociaux ? Même à temps très partiel et payé des miettes solidaires, ça ressemblait à une gageure…

Mais qu’importe s’il n’y a pas de travail. Il suffit juste de persuader le public du contraire à l’aide d’une opération de communication bien menée. « Le RSA, ça sert à ça » : à dissoudre à coups de spots publicitaires la palanquée de RMistes qui survit avec 454 euros par mois et qui voit rarement le moindre brouillon d’un contrat de travail. « Le RSA, c’est quand on travaille et qu’on ne s’en sort pas » ? Non, le RSA, « ce n’est pas un travail », qu’elle nous a expliqué la dame de la CAF. C’est juste comme le RMI : la misère.

Article publié dans CQFD N°68, juin 2009.


[1] La pub et ses commentateurs zélés nous l’affirment : si tu trimes pour moins de 850 euros par mois, tu es en dessous du seuil de pauvreté et tu as droit à une petite rallonge via le RSA.





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