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CQFD N°068


MA CABANE PAS AU CANADA

AINSI SQUATTENT-ILS

Mis à jour le :15 juin 2009. Auteur : Marco Pilori.

Les occupations dans la Belle Province peuvent procurer les mêmes plaisirs que dans l’Hexagone : engueulades autour de la cuisson du gratin de blettes et descentes de lardus matin, midi et soir. Vanitas vanitatum, omnia vanitas.

Cinq ans qu’il n’y avait pas eu de squat politique à Montréal, cinq ans et celui-ci, le Centre social autogéré (CSA), n’a duré qu’une vingtaine d’heures. Le vendredi 29 mai dernier, la manif « festive et familiale » est partie à l’heure : 500 personnes, une excellente fanfare « insurrectionnelle », des discours bien préparés à chaque étape. Nous sommes au cœur de Pointe-Saint-Charles : des bâtiments en brique sur deux ou trois étages, typiques, des snacks à l’ancienne avec poutine [1] et hot-dog. Les manufactures historiques ont fermé il y a trente ans et les bâtiments qui les abritaient sont devenus peu à peu des « condos [2] » destinés aux cadres sup’. Le CSA, un gigantesque entrepôt, se trouve au bord du canal Lachine, nouvel axe pour les amoureux des balades à vélo. Une cinquantaine de personnes entrent à l’intérieur, bébés compris, tandis que les flics, nombreux aux abords, se contentent de jouer du gyrophare. Car, côté squatteurs on a opté pour la négociation et désigné de gentils interlocuteurs. N’empêche : si les occupants ne laissent pas les pompiers entrer et vérifier si le bâtiment est bien « sécuritaire », c’est l’expulsion, dixitles flics. Or, ici, la recette est connue : il y a cinq ans, les habitants du squat Préfontaine avaient laissé faire. Et les pompiers ont déployé des trésors d’imagination avant d’exiger la fermeture du squat, sous prétexte d’insalubrité.
Alors cette fois-ci, barricades et puis c’est tout. Dans la cour du squat, des tentes d’armée, une cuisine extérieure et des chiottes sèches sont montées vite fait. Sur le mur est vissée une fleur en métal avec, sur chacun de ses pétales, un symbole représentant les différents projets du centre : ciné-club, bar-spectacle avec bière brassée maison, garderie, centre de médias indépendants, atelier de réparation de vélos, cantine dédiée à la récup’. Chacun de ces projets a déjà son équipe et son mode de fonctionnement, véritable tentative de rationalisation des tâches dans cette usine à gaz libertaire.

Dans la même veine, un « code de vie » à l’intérieur du squat, où sont détaillés comportements et attitudes à bannir, est distribué à tous les soutiens. Chaque virgule semble avoir été le fruit de laborieux débats théoriques. Samedi 30, 15 h, un flic débarque, meuleuse à la main. Il coupe le cadenas donnant sur la cour tandis que des poulets à vélo font irruption au milieu des gens. Stupéfaction. La porte du squat est fermée juste à temps. Annonce de l’avis d’éviction. Les flics mettent près d’une heure pour franchir les barricades, mais, quand ils entrent, tout le monde a déjà foutu le camp. « Normalement j’ai la rage, mais là, je suis triste », me dit une copine. Malgré tout, une idée émerge : occuper un autre lieu. Tout le monde repart en cortège, fanfare en tête. Un groupe s’engouffre dans un autre bâtiment. Les anti-émeutes se déploient et, en quelques minutes, la petite équipe se retrouve à nouveau dans la rue. Il est 18 h. Dispersion. Plus tard dans la soirée, des occupants discutent : les responsables de la com’, les super-activistes sont contents, ceux qui ont bricolé, récupéré pendant des mois font la gueule. C’est vrai que les médias n’ont pas dit qu’il s’agissait de « voyous anarchistes » comme à leur habitude, mais il n’y a pas de lieu, toujours pas. « Le centre autogéré, il est là pour rester » disait le slogan. Encore un effort, tabarnak !

www.centresocialautogere.org.

Article publié dans CQFD N°68, juin 2009.


[1] Frites molles parsemées de fromage en crotte et nappées de sauce brune goût bœuf. Recette modifiable à l’infini.

[2] « Condo » pour condominium : appartement mis en vente et destiné à la bourgeoisie.





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