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CQFD N°069


MOUVEMENT ÉTUDIANT À PERPIGNAN

OUTRAGE, Ô DÉSESPOIR

Mis à jour le :16 août 2009. Auteur : Sébastien Navarro.


LE 29 JUIN, à la terrasse d’un bar de la place Arago, un client demande : « Vous savez pourquoi ils sont là ?À cause de deux étudiants qui passent en procès aujourd’hui. – Toute cette armada pour ça ? » L’armada, c’est sept cars de CRS devant le palais de justice, moteur au ralenti et clim’ à fond. Les prévenus arrivent flanqués de leur comité de soutien et d’une banderole faisant référence à « deux anarchistes ». Anarchistes, Yann et Pierre ? Ils ne s’en cachent pas. Lors des mobilisations estudiantines contre la LRU, ils ont pris part au comité de grève de la fac de Perpignan. Malgré la suspension des cours décrétée par la direction, un comité anti-bloqueurs essaiera plusieurs fois de vider énergiquement l’amphi IV, occupé par les grévistes.

19 décembre 2007, six heures du matin. Yann et Pierre sont menottés et conduits au commissariat pour un stage de 48 heures. La presse locale parle alors de dangereux anarchistes, de fabrication d’explosifs, vols, menaces de mort… (cf. CQFD n°52) Frissons d’un syndrome pré-tarnacois, juste avant que la baudruche médiatique ne se dégonfle ? Le dossier, un an et demi après les faits, s’avère aussi douteux qu’une chaussette catalane.

Lors de l’audience, le juge énonce les griefs retenus à l’encontre des prévenus : outrage, dégradations et refus de se soumettre à un prélèvement génétique. Les trois profs outragés n’ont pas cru bon être là. À la barre, le juge veut des faits, rien que des faits. Comme si les délits d’outrage pouvaient être sortis du contexte de l’occupation et des tensions qui ont traversé le mouvement… Les deux étudiants nient avoir dit à tel prof : « Toi t’es pétée de thunes, tu sais pas ce que c’est que de crever de faim, t’as qu’à la fermer ! », ou bien à tel autre : « Tu finiras dans le canal avec un plomb dans le pied ! » Seul Yann reconnaît avoir traité un maître de conf’ de « connard de fasciste ». Ce à quoi l’enseignant aurait répondu : « Et fier de l’être ! »

Au fil de l’audition, on en arrive à la conclusion que la violence a surtout été le fait des anti-bloqueurs et que les plaignants, trois profs impliqués dans la grogne anti-gréviste, ont voulu se payer des têtes visibles du mouvement contestataire. Le procureur réclame un stage de citoyenneté et de la prison avec sursis ,cinq mois pour Yann, trois pour Pierre. « Un stage de citoyenneté ?, s’étonne l’avocat de Pierre, mais mon client a déjà été condamné pour des dégradations alors qu’il recouvrait des croix gammées et des slogans racistes sur un monument public. Vous ne trouvez pas ça “citoyen” ? » Verdict le 12 août.

Article publié dans CQFD N°69, juillet/août 2009.






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