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CQFD N°069


POÉSIE

MAPUCHE, MAÇON ET PUNK

Mis à jour le :16 août 2009. Auteur : Nicolas Arraitz.


« Chaque fois que tu as faim / Ouvre l’appétit de tes instincts / Fouille dans l’ordure ou achète à crédit / Il y a toujours quelque chose à attendre / … Dans les bidonvilles, elle dépouille les touristes / Dans les banlieues, elle rappe comme un primitif / … Lâche ce couteau, contrôle tes pulsions suicidaires / Il peut t’arriver quelque chose demain / Évite de penser / Ne pas penser, danger de mort ! / Réserve ta dernière dose de neurones / Avant de tomber dans la psychose de la faim. » (Ode à la faim). David Aniñir Guilitraro a la fringale rageuse, « comme un guerrier électronique… » Maçon le jour, il écrit la nuit. « Je veux embrasser tes yeux / Et les avaler / Comme les huîtres font avec les perles / Pour que tu puisses voir en moi. » (À la fille punk).

Chilien sur les papiers, Mapuche urbain – « Mapurbe » – dans l’âme, David maltraite le castillan, la langue du conquistador – et la conquête n’a jamais été amoureuse. « Mes parents sont venus jeunes à Santiago, exilés économiques. » 70 % des Indiens mapuches vivent dans les quartiers périphériques des grandes villes. « Mon quartier s’appelle Colo-Colo, du nom d’un héros de la résistance mapuche. C’est aussi le nom du club de foot le plus populaire du Chili. Malgré cet engouement, la culture mapuche est méprisée. Je me sens étranger sur la terre qui m’a vu naître. Mon père parlait les deux langues, il était syndicaliste. Il s’est suicidé après le coup d’État de Pinochet, en se tranchant les veines et en se pendant, pour ne pas se rater. J’ai appris à dire mes sentiments en rédigeant les lettres que ma mère envoyait à la famille restée dans le Sud. » David écrit au singulier, mais parle volontiers au pluriel. « Je n’ai pas prétendu être un poète mapuche. Je suis fils d’un déracinement, d’une langue à moitié oubliée, d’une cosmogonie rêvée… »

Dans les années 80, son quartier subit les représailles de la junte militaire. Un jour de 1986, après une manifestation spontanée des habitants, un hélicoptère mitraille les toits de tôle ondulée. Les gamins ripostent au lance-pierre. Un copain d’école de David meurt d’une balle dans la tête. « On n’a jamais voulu reconnaître la dimension indigène de nos rébellions. Pourtant, nous sommes plus qu’une composante du mouvement social, comme les étudiants, les ouvriers… Nous sommes une nation en reconstruction, une nation sans État, qui lutte pour récupérer territoire et autonomie. » Au Chili, qui n’a pas connu de révolution zapatiste, l’intégration au « destin national » n’a pas eu lieu. « Nous sommes les fils des blanchisseuses, des boulangers, des forains et des vendeurs à la sauvette / Nous sommes tout ce qu’il nous reste dans ce peu d’espace. » David est venu à Marseille, où il a fait plusieurs lectures publiques, invité par l’association Apatapelá. « J’abandonne le soleil et la lune / J’abandonne au vacarme urbain tes mots télé-aphones. » « Du doigt tu traverses le monde / Sois un enfant / Trébuche une fois, deux fois / Relève-toi / Sois jeune quand tu forniques / Et vieux quand tu enseignes. »

Article publié dans CQFD N°69, juillet/août 2009.






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