Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°069
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°069


MA CABANE PAS AU CANADA

LE JARDIN DU ROI MAURE (II)

Mis à jour le :16 août 2009. Auteur : Sonia Retamero.

À Séville, depuis cinq ans,un terrain vague mais constructible est occupé par une assemblée de voisins. Sous prétexte de fouilles archéologiques, la mairie a tenté de se débarrasser de ces empêcheurs de bétonner au carré. Ça n’a fait qu’énerver les usagers de ce lieu autogéré.

«  La bulle immobilière, basta ! », ont fait savoir les participants – de plus en plus nombreux – à l’assemblée ouverte qui gère le jardin du Roi maure. « Des espaces verts, des espaces ouverts, voilà ce dont nous avons besoin. » Malgré la présence de ruines musulmanes, la municipalité, tenue par une coalition de gauche, veut y édifier des HLM. Comme dit un archéologue complice des riverains : « Ici, quand on parle de fouilles, c’est toujours pour justifier un projet immobilier.  » L’assemblée a donc décidé d’entrer en désobéissance totale et les fouilles ont été « congelées », officiellement à cause de la crise financière – qu’elle soit bénie !

Depuis, l’usage quotidien du jardin s’est intensifié, en particulier autour des activités infantiles (potagers scolaires, fêtes d’anniversaire, ateliers divers). Des fêtes et repas à prix libre permettent de collecter de l’argent, pour payer les premiers mois de salaire des jardiniers moniteurs sans compter uniquement sur d’aléatoires subventions.

N’importe quelle après-midi de la semaine, on peut voir des dizaines de gamins s’ébattre librement à l’ombre du figuier, du citronnier, des mûriers, du néflier et des acacias. À deux pas de là, des parents taillent et arrosent les potagers, pendant que d’autres bouquinent allongés dans l’herbe. Le succès est tel que l’espace commence à manquer. Le bouche-à-oreille fonctionnant, de nouveaux usagers apparaissent, certains n’ayant pas conscience qu’après leur passage, aucun employé municipal ne viendra balayer leurs papiers gras… Les réunions attirant de plus en plus de monde, et tous n’étant pas habitués à fonctionner en assemblée, les débats sont à la fois riches et houleux. Des projets plus ou moins fous sont évoqués : « Et si on fondait une école libre ? » « Il faut ouvrir d’autres lieux pour développer des activités ludiques et sportives non compétitives ! » On a même envisagé de semer des parcelles individuelles, occupant jusqu’à 1000 m2 sur les 5 000 disponibles. Ce qui a vite posé le problème du partage de l’espace, avec comme conclusion temporaire la priorité donnée à l’usage collectif, non sans provoquer quelques grincements de dents [1]. Fin février, le 5e anniversaire de cette occupation bucolique et urbaine a connu un franc succès : la foule débordait largement l’enceinte du jardin. Un campement festif a été organisé avec les gosses, transformant pour un jour et une nuit le terrain en village sioux. D’aucuns affirmaient que cette cabanisation éphémère préfigurait la future résistance à une possible expulsion…

Car du côté de la mairie, cette inflation de la demande d’espace réellement public n’éveille que de la méfiance. Le 30 mai, à quelques heures d’intervalle et à quelques mètres de distance, une ancienne fabrique de chapeaux occupée et transformée en centre social a été délogée manu militari et un malencontreux incendie a détruit la maisonnette qui, située à l’entrée du jardin, abritait à la fois les toilettes, la cabane à outils et le bureau où les cahiers des jardiniers en herbe étaient rangés. Décidément, entre les gestionnaires de nos vies et la vie même, le fossé semble infranchissable…

Article publié dans CQFD N°69, juillet/août 2009.


[1] Une journée de débats sur les buts et le mode de fonctionnement du jardin, et la nécessité d’ouvrir d’autres lieux, est prévue en octobre.





>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |