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CQFD N°072


MÉDIAS

ÉDITOCRATES-MOI LE DOS

Mis à jour le :16 novembre 2009. Auteur : Iffik Le Guen.

C’est à une modeste œuvre de salubrité publique que se sont attelés trois gars et une fille qui en veulent  : étaler les turpitudes de dix faiseurs d’opinion dans un livre vengeur. Que certains parmi ces quatre auteurs soient des collaborateurs de CQFD n’explique en rien la chronique qui va suivre.

SÉBASTIEN FONTENELLE, chef de ce chantier de déconstruction, rappelle que, même si le dossier d’accusation des Éditocrates était particulièrement épais, il s’agissait au départ de « se faire plaisir à apporter un peu de contradiction face à ces mecs qui, tout en racontant vraiment n’importe quoi, continuent d’incarner la pensée dominante, au coeur de la fabrication du consentement ». À ce jeu, les Adler, BHL, Marseille, Val sont tous fort méritants. Avec cependant une mention spéciale pour le sieur Attali à propos du tsunami de 2006 : « Cette mort simultanée de peuples premiers et de touristes venus d’Occident, de nomades contraints et de nomades ludiques, nous renvoie à la réalité de notre société, où riches et pauvres se mêlent, se côtoient, involontairement solidaires. » À ce stade clinique, il ne manque plus qu’une boîte postale où adresser ses dons. Mathias Reymond, rédacteur de l’article concernant l’ex-sherpa de Mitterrand, précise néanmoins que, nanti de tous ses diplômes, bouquins et autres contributions médiatiques, « Attali déploie une telle suffisance qu’il est capable de quitter un plateau à tout moment. » De quoi glacer d’effroi le plus pugnace des animateurs vedettes. Idem pour BHL, portraituré par Fontenelle : « Quand on lit ses bouquins, on se dit qu’il devrait se retrouver aux Kerguelen à finir de boire toute sa honte, mais non, il est toujours là. » Première caractéristique de l’éditocrate : il ose tout et c’est même à cela qu’on le reconnaît.

Adler, quant à lui, semble s’épanouir pleinement dans son rôle d’allumé au service de la croisade de feu Bush Jr. Les dirigeants de gauche en Amérique latine ? Des Hitler en puissance. Besancenot en France ? Un Hitler en devenir. Les Palestiniens de Gaza ? Des nazis qui s’ignorent. Quand le stalinien « néoconverti » Adler nous propose une petite parabole sur la France contemporaine, où se croisent un ancien activiste italien et un postier d’extrême gauche, sauras-tu en retrouver le sens ? « Toute la bonne société [viennoise], intellectuels et artistes notamment, s’enthousiasme pour un clochard qui a assassiné quelques prostitués […]. Musil nous parle de ce fait-divers parce que probablement le meurtrier Moosbrugger a dû partager sa couche, à l’asile de nuit, avec un autre clochard du nom d’Adolf Hitler qui, lui, n’en restera pas aux prostitués de passage dans l’ambition destructrice. L’enthousiasme pour le petit assassin prépare, comme dans un pressentiment, l’émotion en faveur du grand criminel. » Deuxième caractéristique de l’éditocrate : le rayon « anathèmes et accessoires fascistes variés » n’est jamais loin, à gauche après l’escalator.

Quant à la contribution au débat de Jacques Marseille, c’est à Olivier Cyran que revient l’insigne honneur de la synthétiser. Monsieur Marseille, « historien ès manuels scolaires » (dixit Cyran), n’est jamais à court de dithyrambes pour expliquer au bon peuple que le capitalisme c’est bien, et que les riches c’est bien aussi. Le fait que le ravi des plateaux télé (Jacques Marseille encore) ait cachetonné pour la fameuse branche métallurgie du Medef est sûrement sans aucun rapport avec sa sollicitude particulière envers les petites gens. « La pauvreté, c’est essentiellement subjectif. C’est la psychologie individuelle qui est largement responsable de la pauvreté. » Troisième caractéristique de l’éditocrate : l’adoration du veau d’or néolibéral qui le lui rend bien.

Last but not last, hélas, Philippe Val est à la presse satirique ce qu’est Éric Besson à l’amitié entre les peuples. En fait, Val, copain des phares de la philosophie contemporaine, crève littéralement de jalousie devant leur érudition. Voilà pourquoi il salive à l’idée de faire partie désormais de cette petite élite d’esprits éclairés. Son billet d’entrée obtenu en guerroyant sur le chemin de Compostelle, voila Val parti dans une énième croisade contre les infidèles. Mona Chollet le suit à la lueur des incendies qu’il allume sur son passage  : « Si l’on regarde une carte du monde, en allant vers l’Est : au-delà des frontières de l’Europe, c’est-à-dire de la Grèce, le monde démocratique s’arrête. On en trouve juste un petit confetti avancé au Moyen-Orient : c’est l’État Israël. Après, plus rien, jusqu’au Japon.[…] Entre Tel-Aviv et Tokyo règnent des pouvoirs arbitraires dont la seule manière est d’entretenir, chez des populations illettrées à 80 %, une haine farouche de l’Occident, en tant qu’il est constitué de démocraties. » Quatrième caractéristique de l’éditocrate : la défense de la démocratie ; parce que c’est français, occidental, en tous cas, c’est pas fait pour ces chiens galeux de musulmans et si tu n’es pas d’accord, c’est que tu es un gros abruti de nazi antisémite d’extrême gauche !

Loin d’être fermé, le ban se prolonge avec l’innovant Barbier, l’ultra-réac Rioufol, « le journaliste le plus bête de France » Joffrin, le bon vieux centriste sympa Duhamel et Baverez, le « déclinologue ». Mais pour en savoir plus, faudra débourser vos 12,50 euros. Chèques à l’ordre du Chien rouge, bien sûr.

Mona Chollet, Olivier Cyran, Sébastien Fontenelle, Mathias Reymond, Les Éditocrates, La Découverte 2009. En librairie le 12 Novembre.

Article publié dans CQFD n°72, novembre 2009.






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