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CQFD N°071


GROLAND RÉEL

LA DÉ-QUEND-DANSE

Mis à jour le :19 novembre 2009. Auteur : Frédéric Ciriez.

« De Dredi 18 à Gromanche 20 septemb’ 2009 » se tenait la cinquième édition du film grolandais de Quend – prononcez « Qu’hein »–, dans la Somme. Entre flics, friteries, pinèdes et champs de mobile homes, une utopie politico-cinéphilique belle comme un mirage décadent… mais un peu trop encadrée.

VU LES RAPPORTS DE LA GENDARMERIE des 24 septembre 2006, 23 septembre 2007 et 23 septembre 2008 établissant l’alcoolisation massive, la circulation et la consommation de produits stupéfiants, les rixes et troubles divers de l’ordre public, les risques de noyade […], de hooliganisme », la préfecture de la Somme a décidé, par arrêté préfectoral, de visser les boulons et d’avoir à l’œil les festivaliers de Quend 5, l’anti-G 20 cinéphilique grolandais de la côte picarde. D’où, en termes floraux, l’éclosion de massifs de gendarmes sur tous les points d’accès à la commune, un contrôle global de tout ce qui respire à l’arrivée et au départ du festival – bénévole en congé sans solde faisant taxi à bord d’une voiture officielle ou teufer torse nu avec mégatatouage L-O-S-E-R dans le dos, même combat –, et bien sûr l’interdiction scélérate de tous les concerts synonymes d’orgie, jusqu’à la fanfare picarde la plus bon enfant, et de bains de minuit mortels…

Résultat des courses de l’hyper fliqué Quend 5, apothéose bordélique de cinoche barjot clairement invisible ailleurs : si l’on voit la Manche à moitié vide,une chute sensible de la fréquentation liée à la tentative de castration d’un festival bandant à la mauvaise réputation – le président de l’association Cinépax, organisatrice du festival, s’est même fait cuisiner par deux membres de la DCRI sur ses « motivations politiques » ; si l’on voit la Manche à moitié pleine, une épure « qualitative » des festivaliers venus moins pour se mettre minables que pour se gaver d’images improbables, toujours « dans la joie et la bonne humeur », pour reprendre le mot du présidenticone Salengro, magnétique dans les rues ensoleillées de Quend avec son costard de géant mince et ses oreilles radars.

Mais la grande affaire de ce festival, ce n’est pas seulement ce qu’il montre, c’est ce qu’il promet,malentendus inclus. Car quand Groland, dissidence télévisuelle de la firme soi-disant impertinente Canal Plus [1], pointe le bout de son nez dans la vie réelle, comment ne pas avoir envie de demander l’asile politique ? Malheureusement, Groland n’est pas Dreamland, un eldorado de libre défonce en bord de mer. Et pourtant, pipoles libertaires, prolos, fêtards ou festivaliers mystiques, tout ce beau linge sale se côtoie, dans la rue ou au cinéma. Puisque tout le monde est là pour ça, non ?
Côté cinoche – 30 films en programmation sur deux jours plus les courts-métrages et les expos –, on a ainsi vu, ou cru avoir vu, quelques bizarreries salubres, à l’intérieur de salles souvent pleines. Au sens propre comme au figuré d’ailleurs, singulièrement lors de la soirée d’ouverture, avec la projection du film gothique parodique sexuel (mais pas assez) Lesbian Vampire Killers, du britannique Phil Claydon, où la moitié de la salle réclamait des lesbiennes tandis que l’autre piquait du nez pour cause d’apéro prolongé. On a également vu, ou cru avoir vu, le bien nommé La Terre de folie, de Luc Moullet, une enquête ethnographique sur la folie criminelle et suicidaire dans les Alpes du Sud, qui ferait bien de remplacer fissa « Faites entrer l’enculé » de Christophe Hondelatte sur France 2. On est par contre sûr d’avoir vu Paranorama, l’expo du dessinateur sans pitié Rémi, compagnon fidèle du chien rouge, qui conjuguait dessins et cinéma primitif avec l’installation de machines à illusions activées par manivelle (praxinoscopes) et créées par l’artiste himself – femme à barbe, fabrique de dollars transformés en armes, défécation canine, autant d’images mobiles placées sous le signe de l’émerveillement. On regrettera surtout de n’avoir pas réussi à voir Villemolle 81, de Winshluss, film distribué nulle part qui prouve aux hommes que les zombies vivent dans le Tarn.

Parallèlement au palmarès officiel du jury présidé par l’increvable Jean-Pierre Mocky, le « Qu’hein- Qu’hein de cristal CQFD2009 » a été attribué sans hésitation à un performeur anonyme vêtu d’un T-shirt « Sans beurre le Breton meurt ». Sa prestation ? Être allé civiquement vomir à minuit pétant le samedi soir dans un sac poubelle municipal en terrasse de l’estaminet Au rouge qui tache, à cinquante centimètres de notre tablée. La classe ! Mais la plus belle projection du festival était globale et se trouvait sur le front de mer pour le off-short, « tout sauf un festival », dédié aux programmes courts souvent « maison » ou expérimentaux. Un campement nomade composé de dizaines de salles de cinéma éphémères sur la promenade de Quend-Plage… Des centaines de projections sauvages sous des tentes, dans des camionnettes ou dans des coffres de voitures… Des festivaliers non-violents ivres d’images, de l’air du soir, ou de l’Image du festival lui-même, zigzaguant entre les baraquements… Quelques baigneurs nocturnes… L’eau du rivage rendue marron par l’éclairage municipal… Juste avant la Manche, l’écran noir total.

Article publié dans CQFD N°71, octobre 2009.


[1] Pendant le festival, de gros farceurs ont cru malin de recouvrir le « C » de Canal avec des autocollants CQFD sur les panneaux promotionnels de la chaîne payante. C’est vraiment puéril, franchement…





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