Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°072
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°072


JUSTICE

NELSON, MORT PAR HASARD ?

Mis à jour le :16 décembre 2009. Auteur : Gilles Lucas.

UNE SEMAINE APRÈS qu’une voiture de police eut percuté le petit Nelson sur un passage protégé [lire encadré], Sarkozy avait rencontré les parents du jeune garçon, à Marseille. Il avait déclaré alors : « Le fait d’être policier, quand on ne respecte pas les règles, ce n’est pas une circonstance atténuante, c’est une circonstance aggravante. […] En tant que Président et père de famille, je comprends parfaitement que cette famille veuille être sûre que la justice passe. » En fait de justice, c’est plutôt l’éponge que le tribunal aura passé sur cet « homicide involontaire ». Rencontre avec Muriel, la mère de Nelson.

omment avez-vous réagi à la condamnation du policier qui a tué votre fils ?
Un an de prison avec sursis. Et un an de suspension de permis… Ce n’est pas honteux, c’est une complète iniquité. Ça n’a pas de sens. On vit depuis quelques années dans un pays de plus en plus liberticide. Mon fils est mort pour rien. Il est mort bêtement et le policier, lui, s’en sort indemne, tranquille. Vous imaginez, ça aurait été quelqu’un d’autre qu’un policier, il aurait eu deux ou trois ans, au minimum, même avec du sursis. Quand j’ai entendu dire par l’avocate des policiers qu’il y avait des responsabilités partagées, que mon fils traversait une route avec son vélo et qu’il n’avait pas de casque, c’est un scandale. Il traversait la rue sur un passage piéton, il ne roulait pas, il poussait son vélo… C’est une honte de dire des choses pareilles. C’est inadmissible de mourir à quatorze ans sous les roues d’un jeune flic qui n’a rien d’autre à faire que d’appuyer sur l’accélérateur. Pourquoi ? Parce qu’il a un uniforme et qu’il se la pète ? Il avait 22 ans et il était stagiaire. Et maintenant il est titularisé, avec la mort d’un enfant sur la conscience. Quand on a tué un enfant comment peut-on continuer à servir et protéger ?

Comment vous imaginiez ce procès ?
J’aurais voulu qu’il paie, qu’il sente le poids de la faute… Il a tué mon fils, quand même !

Les autorités, la police, la mairie sont venues vous voir, vous parler ?
Rien, ni le chauffeur qui a tué mon fils, ni la police. Aucune excuse, ni demande de pardon. Strictement rien. Personne n’a pris contact avec nous. Dix jours après la mort de Nelson, j’ai vu Sarkozy et sa bande, venus à Marseille pour inaugurer le tramway. Quand je repense à ce qu’il nous a dit à l’époque… C’est scandaleux de se moquer des gens à ce point.

Et dans le quartier, quelle a été la réaction des gens ?
Quand Nelson est mort, j’ai tout fait pour qu’il n’y ait pas d’émeute ici. J’ai demandé aux jeunes de ne pas se comporter comme ça se passe à Paris. À Marseille, c’est différent, ce n’est pas les cités de Paris et c’est bien dommage. Je regrette bien qu’on ne soit pas à Paris… Et puis ici, c’est sûr, il y a de la solidarité dans la cité. Les jeunes ont peint une fresque à la mémoire de Nelson. Mais ça fait maintenant deux ans et mon fils est mort et enterré et il est oublié, mon petit garçon qui était né prématuré, à cinq mois et demi, et avait failli mourir…

Que comptez-vous faire et que dit votre avocat ?
J’ai pris maître Collard et j’ai fait une belle erreur. Au moment du procès, il a fait deux minutes de présence. Au début, il a dit qu’il allait nous aider et qu’il le faisait pour rien. Et puis c’est devenu 15% sur ce que décidera le tribunal après le procès au civil. Puis au mois de juillet, c’est passé à 20 %. En fait, il n’a strictement rien fait. On est des petites gens, et lui c’est un affamé comme les autres… Il s’en fout de nous. Ou bien il a peur… Lorsque plusieurs centaines de personnes ont manifesté une semaine après la mort de Nelson, la rumeur a couru qu’il portait un gilet pare-balles parce qu’il aurait reçu des menaces d’un groupe de policiers genre Honneur de la police… En fait, il a pris l’affaire parce que c’était très médiatique. C’est tout.
Maintenant, on ne peut pas faire appel sur le procès. On est partie civile. C’est au parquet de le faire. Et à lui seul. On fait circuler une pétition pour aller dans ce sens [1].



Rémy Comment



——————————————
« HOMICIDE INVOLONTAIRE AGGRAVÉ »

LE 23 JUIN 2007, dans les quartiers nord de Marseille, une voiture de police fauche Nelson, un jeune de 14 ans qui traverse la rue sur un passage piéton en poussant son vélo. La patrouille n’avait pas actionné sa sirène deux tons et était lancée à 73km/h – au lieu des 50km/h autorisés. Ce sont des passants qui prodiguent les premiers soins.Selon plusieurs témoignages, le véhicule aurait grillé le feu rouge, ce que nieront les policiers. Raison de leur précipitation, tellement banale ? Effectuer une relève dans un hôpital… Au volant, un jeune flic stagiaire. Assis sur la banquette arrière, son chef de patrouille. Manifester ainsi une sensation d’urgence et d’insécurité, exhiber leur toute-puissance à l’égard de la population fait-il partie de la formation des policiers ? Poursuivis pour homicide involontaire, les deux agents ont comparu libres, le 25 septembre, devant le tribunal correctionnel de Marseille. Le procureur a requis un an de prison avec sursis pour Yohan Bensadoun, chauffeur et stagiaire à l’époque des faits –aujourd’hui titularisé et en poste dans la région lyonnaise –, et six mois de la même peine pour Frédéric Nieddu, le supérieur hiérarchique. La décision du tribunal est tombée le 23 octobre : confirmation des réquisitions pour le chauffeur et relaxe pour l’officier.
Le 6 novembre, le parquet a fait appel de la relaxe du chef de patrouille, validant par là même la décision du tribunal à l’égard du chauffeur…

Article publié dans CQFD n°72, novembre 2009.


[1] www.lapetition.be/list_signs.php ?petid=5354.





>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |