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CQFD N°072


SOMMET DE COPENHAGUE

L’ATOME S’REPOMPONNE

Mis à jour le :16 décembre 2009. Auteur : François Maliet.

Le nouveau dada des tenants de la relance verte, sous couvert de lutte –nécessaire !– contre le réchauffement climatique, c’est de persuader le quidam soucieux d’écosystème que le nucléaire est aussi inoffensif qu’une éolienne au fond du jardin. Mèfi !

CHAQUE GRAND RAOUT officiel dont l’objectif affiché est de nous sauver la planète, l’énergie nucléaire fait figure de parent propre, comparée à toutes ces fumées noirâtres à effet de serre. L’atome ne fut-il pas soigneusement épargné lors du très médiatique Gredin de l’environnement ? « Il y a des dossiers stratégiques qui ne devaient pas rentrer dans le Grenelle, avouait le sénateur UMP Jean Bizet en janvier 2008. Il fallait en sortir le nucléaire, ça a été fait. »

Au sommet de Copenhague sur le climat, qui se tiendra au Danemark du 7 au 18 décembre, les nations invitées s’évertueront à espérer une prochaine réduction des émissions carboniques. Évoquant cette rencontre, Nobuo Tanaka, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie [1] estimait récemment que le nucléaire peut être «  non pas la seule solution mais une partie très importante de la solution ». Et il prophétisait : « La renaissance du nucléaire est en cours. L’énergie nucléaire va jouer un rôle beaucoup plus important à l’avenir. » Donnant raison à Môssieur Tanaka, l’Allemagne, pourtant pionnière dans la dénucléarisation, a récemment retourné son tablier de plomb. En 2002, le gouvernement de Gerhard Schröder avait imposé une disparition de l’atome du paysage énergétique pour 2020. C’était sans compter sur Angela Merkel et ses partenaires libéraux du Freie demokratische partei (FDP), qui viennent de prolonger la durée de vie des centrales teutonnes de dix ou vingt ans, sous prétexte que leur arrêt aurait dû être compensé par l’utilisation d’énergies impliquées dans le réchauffement climatique.

L’alibi fallacieux de l’innocuité environnementale de l’atome permet aux États de refaire une beauté au nucléaire – à condition de l’enrichir aux énergies renouvelables pour rester dans le vent. Ô joie (toujours renouvelée) de la novlangue ! : le tout est regroupé sous la douce appellation « d’énergie non carbonée ». Selon la campagne internationale Don’t nuke the climate [2], lancée en vue de la conférence de Copenhague, « le nucléaire, pourtant exclu à juste titre des mécanismes du protocole de Kyoto, a refait surface », précisant que « de nombreux pays souhaitent que l’énergie nucléaire puisse bénéficier de financements par les pays industrialisés dans le cadre des futures actions de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays en développement ». Selon le réseau Sortir du nucléaire, cette proposition est défendue – entre autres – par la France, pays précurseur qui, en 2007, promettait au dictateur libyen Mouammar Kadhafi une centrale nucléaire pour –ce n’est pas une blague – « désaliniser l’eau de mer ».

Cette hypothétique subventiondu nucléaire préfigure une joyeuse prolifération planétaire qui,au regard de l’état de la filière française, peut légitimement faire craindre le pire. Notre ministre écolo-picolo Borloo augurait qu’ « à Copenhague se jouerait probablement le destin du monde ». Ce héraut de la lutte contre le réchauffement climatique, qui s’est dernièrement fait le chantre de la voiture électrique –donc à 80% nucléaire–, feint d’ignorer que le « destin du monde » se joue aussi dans la cour radioactive. Et elle est en bien mauvais état ! Début novembre, lors d’une opération de déchargement du combustible dans la centrale du Tricastin (Drôme), une des plus vieilles en France, une barre d’uranium est restée accrochée au système de maintien. « Il faut croiser les doigts pour que l’assemblage ne tombe pas ! », a déclaré un agent de la centrale à Reuters. Et il s’agit d’une multi-récidive, puisque le même incident a eu lieu en septembre 2008 au même endroit,et en août 2009 à Gravelines (Nord). Si on ajoute à cela des amas de déchets nucléaires qu’EDF laisse croupir en toute opacité sur un terre-plein en Sibérie, un logiciel de contrôle des nouveaux réacteurs EPR pas très fiable, un développement exponentiel de la sous-traitance dans les centrales, il y a de fortes chances pour que tout ça finisse par se réchauffer… brutalement.

Article publié dans CQFD n°72, novembre 2009.


[1] L’AIE, organisation internationale qui facilite la coordination des politiques énergétiques de ses pays membres.

[2] Qui ne signifie pas « Ne pas niquer le climat » comme on pourrait l’imaginer, mais bien « Ni nucléaire, ni effet de serre ». www.dont-nuke-the-climate.org.





>Réagir<

L’ATOME S’REPOMPONNE
Dr Maboul | 17 décembre 2009 |

Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous. Il y a eu quelques projets, malheureusement abandonnés, de centrale nucléaire à volume de combustible radioactif constant (Vulcania cher à Giscard par exemple), qui auraient pu fournir une énergie nucléaire « propre » (tous les déchets étant recyclés dans la centrale elle-même). Ces projets ont été abandonnés presque totalement, on a préféré privatiser Areva et laisser à des entreprises privées la surveillance de notre santé à tous.

L’erreur et le risque est là à mon avis, d’ailleurs les incidents que vous évoquez ne sont apparus qu’après le privatisation !

Mais en l’état actuel des choses, oui le nucléaire est dangereux ; alors qu’il pourrait ne pas l’être. C’est ça qui est triste et à l’origine de la stigmatisation du débat en France entre les pro et les anti-nucléaires qui refusent les uns comme les autres de voir la vérité en face.

Si par exemple vous voulez remplacer toutes les centrales thermiques et nucléaires par des éoliennes, des usines maréomotrices, des pompes à chaleur ou des panneaux solaires (on ne peut quasiment plus construire de barrage hydro électrique en France, tous les emplacements sont déjà utilisés, mais on peut encore faire des mini-barrages communaux). Alors vous aurez la nécessité de stocker l’énergie pour la redistribuer au moment où les foyers et entreprises veulent l’utiliser. Or le stockage de l’électricité se fait très mal et surtout avec des processus très polluants (fabriquer une batterie fait intervenir des processus chimiques à base de métaux lourds et très gourmands en énergie). L’avantage du nucléaire (comme du thermique) est qu’on peut augmenter ou diminuer la production d’énergie en fonction de la demande en temps quasi-réel.

Je pense qu’il est important de connaître les arguments des deux points de vue, et d’arrêter les discours caricaturaux. Mais je suis d’accord avec vous : aujourd’hui en France le nucléaire est dangereux.

 

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