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CQFD N°072


JE VOUS ÉCRIS DE L’USINE

NON, CHEF !

Mis à jour le :17 décembre 2009. Auteur : Jean-Pierre Levaray.


EPUIS SIX MOIS, la direction générale (DG) de la boîte essaie de nous passer en fourbe une réorganisation du travail ainsi qu’une baisse de nos salaires. Jusqu’à présent, dans les réunions paritaires, les représentants des organisations syndicales ne se sont pas laissé endormir mais la DG avance doucement, jusqu’à obtenir, pour le moins, un minimum qui ferait qu’ils auraient quand même gagné. Depuis ces dernières années, on a une DG de combat,formée dans le moule Total et sans états d’âme. Droits dans leurs bottes, ils appliquent les directives du groupe pétrolier avec une docilité vis-à-vis de la maison mère qui n’a d’égale que la poigne qu’ils utilisent pour nous imposer leurs projets. C’est sans doute le prix à payer pour qu’ils arrivent un jour dans le saint des saints du comité directeur de Total.

La DG orchestre donc une restructuration rampante sur les trois sites restants du groupe. Elle se fait sans suppression d’emploi (pour l’instant) mais tout le monde se sent sur un siège éjectable. Tous les travaux de maintenance sont confiés à des entreprises sous-traitantes, avec les problèmes que l’on sait de méconnaissance des installations, d’heures supplémentaires à tire-larigot,etc.Tout cela a été soulevé pendant le procès AZF, sans émouvoir les patrons. La multiplication d’intervenants extérieurs fait que les collègues se sentent dépossédés de leur vrai métier et s’aperçoivent qu’ils pourraient facilement être remplacés par d’autres sous-traitants.

Du côté du personnel fabricant, ça se passe autrement. La DG veut changer la donne. Sous prétexte d’harmonisation sur les trois sites, elle veut qu’on soit tous traités de la même façon : même salaire, même rythme de travail, etc. La première proposition a été d’intégrer les primes aux salaires. Bonne idée s’il en est, mais louche pour une direction qui utilise les primes individuelles comme carottes. En fait, après calculs, on a vite vu que chaque salarié perdait 100 euros minimum par mois. L’autre pierre d’achoppement est le paiement des jours fériés plutôt que la récupération (lorsqu’on est posté en 3X8, on travaille aussi les jours fériés et, donc, on a le droit à une journée de repos à une autre date). Ce qui fait travailler plus pour des clopinettes. Donc, les salariés n’ont pas voulu entendre parler de ces revendications patronales et ont refusé, par le biais des organisations syndicales et par des pétitions, que les tractations continuent.

La DG est entrée dans une colère noire.Le responsable DRH, genre vieux beau suffisant pour qui ces discussions constituent son « objectif » de l’année, a fait dans le chantage. Son sous-fifre, genre petit roquet prêt à tout pour devenir vizir à la place du vizir, a fait dans la surenchère,en criant un jour en réunion que les « boss » c’étaient eux, qu’ils décidaient comme ils voulaient du traitement des salariés et que de toute façon, « la liberté s’arrêtait à la porte de l’entreprise ».

Ce furent les mots de trop. Ce n’est pas une information que liberté et usine soient des antonymes, mais le fait que ce soit dit et revendiqué par la direction change les choses. La colère a donc monté dans les ateliers pour arriver à une grève (de 24 heures) qui a totalement arrêté deux sites sur trois, le 9 octobre dernier. Du jamais-vu depuis des années.
Il fallait voir les têtes des copains, fiers d’avoir arrêté totalement l’usine et sachant qu’une autre usine était dans le même état. Ce n’était pas la fête mais tout le monde était content. Se mettre en grève ouvertement contre la direction générale, dire «  NON, chef !  » c’est jouissif. Une sorte d’exutoire particulièrement recommandé pour lutter contre la souffrance au travail. Face à ces salariés en colère, la direction générale a vite réagi en annonçant, dans la langue de bois propre aux chefs d’entreprise, que les discussions étaient suspendues. Ce qui veut dire qu’ils remettent leurs projets dans leur poche avec un mouchoir pardessus. On ne se fait pas d’illusion, la DG les représentera plus tard, d’une autre façon, peut-être même à la demande d’un syndicat. Reste qu’à ce jour, c’est une petite victoire qui ne se représentera peut-être pas avant longtemps. Le lendemain, lors du redémarrage des ateliers, les chefs de service osaient à peine venir voir les ex-grévistes qui, eux, avaient osé dire niet.

Article publié dans CQFD n°72, novembre 2009.






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