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CQFD N°072


MA BERGERIE PAS EN CORSE

LA RÉPONSE DE LA BERGÈRE AU BERGER

Mis à jour le :17 décembre 2009. Auteur : Christophe Goby.

Ce mois-ci, remontons avec Monique, ardente paysanne des monts et vaux de l’Auvergne profonde, la piste d’un engagement contre l’injustice digne d’un sentier de chèvres.

Rien n’aurait pu faire deviner à ses proches la décision qu’a prise Monique Tholoniat un jour de novembre 2007 : prendre fait et cause pour l’ennemi public numéro un. Ni ses positions à droite – elle a voté pour l’amant de Lady Di, Giscard, et pour le plaisantin Chirac –, ni son adhésion à l’UDSEA, jusqu’à ce qu’elle s’avoue qu’ils ne faisaient rien pour les petits. Son vote en faveur de l’ami des paysans, Nicolas Sarkozy – « Je suis une grande déçue, il n’a rien fait pour empêcher les fermetures d’usines » –, ne pourrait pas non plus vous le suggérer. « J’aurais voté Barnier s’il ne nous avait pas déçu avec le lait », dit-elle très franchement car, finalement, elle mettra un bulletin Europe Écologie dans l’urne.

Son activité professionnelle, par contre, a des accointances avec ce geste politique qui ne lui a pas attiré que de la sympathie : « Ça fait du tri parmi les amis et la famille aussi. Ma mère n’est pas d’accord. » Sur le marché de Thiers, certains clients l’ont fuie quand elle est arrivée avec ses bouteilles d’huile estampillées du portrait du criminel. Seuls les touristes s’intéressent à son credo.Monique aurait-elle alors craqué pour la Corse et ses brebis galeuses ? « Non je n’y suis jamais allée ! »

L’unique raison qui l’a poussée à créer un comité de soutien à Yvan Colonna, le berger de Cargèse, condamné à perpétuité pour le meurtre du préfet Érignac, est d’ordre moral. « Je suis contre l’injustice ; je ne voulais pas être complice par mon silence. » Pour elle, son innocence ne fait aucun doute : « Pas de preuves certaines, des témoins qui disent que ce n’est pas lui », autant de faits qui font que, désormais, elle lui écrit en prison régulièrement. Des échanges épistolaires émaillés de considérations réciproques sur le temps qu’il fait, la vie des bêtes et de leurs enfants, mais jamais ils n’évoquent le procès !

Monique n’a rien de la militante politique ordinaire. Elle ne connaît rien des relais gauchistes ou nationalistes, elle élève juste quelques chèvres et des vaches laitières dans la montagne thiernoise. Elle avoue, telle une Jeanne d’Arc bougnate : « Je ne sais pas comment ça m’est tombé dessus, cette affaire, ça m’a sauté à la figure ! » Alors elle en a parlé sans cesse, traversant le désert de son pays : « Fallait que je le dise. Ils m’ont prise pour une folle, mais faut pas se taire et laisser faire. » Cette conviction l’a fait rejoindre les comités qui sont nés dans toute la France. L’été dernier, ces comités vendaient, à Saint-Amant-Roche-Savine, l’huile de l’exploitation d’Yvan. Nous étions au festival La Belle Rouge, mais les gauchistes trouvaient Colonna trop nationaliste pour goûter le Basilicu Pestu.

C’est vrai que rien ne la prédisposait à ce combat sauf peut-être, pour cette agricultrice de 49 ans, une candeur qu’elle avoue timidement : « Je suis la plus jeune, on ne m’écoute pas trop. » Monique vit à 700 mètres d’altitude avec ses bêtes et sa famille, à 30 kilomètres de Clermont-Ferrand. « Je me fies à mon intuition », raconte-t-elle très calmement. Une intuition mystérieuse qu’Yvan Colonna est innocent.

Jean-Pierre Dubois, l’offensif président de la LDH, écrivait ceci récemment : « Dormez en paix, braves gens, et si vous êtes honnêtes, vous n’avez rien à cacher : nous devons tout montrer de notre vie pour cesser d’être suspects. Il n’y a pas que dans les grands procès que le président de la République ou le ministre de l’Intérieur jugent coupables un jour Yvan Colonna, l’autre Julien Coupat à Tarnac, un autre encore Dominique de Villepin, sans attendre que la justice fasse la vérité sur des affaires étrangement embrouillées. » T’es sûr, pour Villepin ?

Article publié dans CQFD n°72, novembre 2009.






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