Rien n’aurait pu faire deviner à
ses proches la décision qu’a prise
Monique Tholoniat un jour de
novembre 2007 : prendre fait et
cause pour l’ennemi public
numéro un. Ni ses positions à
droite – elle a voté pour l’amant
de Lady Di, Giscard, et pour le plaisantin
Chirac –, ni son adhésion à
l’UDSEA, jusqu’à ce qu’elle s’avoue
qu’ils ne faisaient rien pour les
petits. Son vote en faveur de l’ami
des paysans, Nicolas Sarkozy – « Je
suis une grande déçue, il n’a rien
fait pour empêcher les fermetures
d’usines » –, ne pourrait pas non
plus vous le suggérer. « J’aurais
voté Barnier s’il ne nous avait pas
déçu avec le lait », dit-elle très franchement
car, finalement, elle
mettra un bulletin Europe Écologie
dans l’urne.
Son activité professionnelle, par
contre, a des accointances avec ce
geste politique qui ne lui a pas
attiré que de la sympathie : « Ça
fait du tri parmi les amis et la
famille aussi. Ma mère n’est pas
d’accord. » Sur le marché de Thiers,
certains clients l’ont fuie quand
elle est arrivée avec ses bouteilles
d’huile estampillées du portrait
du criminel. Seuls les touristes
s’intéressent à son credo.Monique
aurait-elle alors craqué pour la
Corse et ses brebis galeuses ? « Non
je n’y suis jamais allée ! »
L’unique raison qui l’a poussée à
créer un comité de soutien à
Yvan Colonna, le berger de
Cargèse, condamné à perpétuité
pour le meurtre du préfet Érignac,
est d’ordre moral. « Je suis
contre l’injustice ; je ne voulais
pas être complice par mon
silence. » Pour elle, son innocence
ne fait aucun doute : « Pas de
preuves certaines, des témoins
qui disent que ce n’est pas lui »,
autant de faits qui font que,
désormais, elle lui écrit en prison
régulièrement. Des échanges
épistolaires émaillés de considérations
réciproques sur le
temps qu’il fait, la vie des bêtes
et de leurs enfants, mais jamais
ils n’évoquent le procès !
Monique n’a rien de la militante
politique ordinaire. Elle ne
connaît rien des relais gauchistes
ou nationalistes, elle
élève juste quelques chèvres et
des vaches laitières dans la montagne
thiernoise. Elle avoue, telle
une Jeanne d’Arc bougnate : « Je
ne sais pas comment ça m’est
tombé dessus, cette affaire, ça
m’a sauté à la figure ! » Alors elle
en a parlé sans cesse, traversant
le désert de son pays : « Fallait
que je le dise. Ils m’ont prise pour
une folle, mais faut pas se taire et
laisser faire. » Cette conviction l’a
fait rejoindre les comités qui
sont nés dans toute la France.
L’été dernier, ces comités vendaient,
à Saint-Amant-Roche-Savine, l’huile de l’exploitation
d’Yvan. Nous étions au festival
La Belle Rouge, mais les gauchistes
trouvaient Colonna trop
nationaliste pour goûter le
Basilicu Pestu.
C’est vrai que rien ne la prédisposait
à ce combat sauf peut-être,
pour cette agricultrice de
49 ans, une candeur qu’elle
avoue timidement : « Je suis la
plus jeune, on ne m’écoute pas
trop. » Monique vit à 700 mètres
d’altitude avec ses bêtes et sa
famille, à 30 kilomètres de
Clermont-Ferrand. « Je me fies à
mon intuition », raconte-t-elle
très calmement. Une intuition
mystérieuse qu’Yvan Colonna
est innocent.
Jean-Pierre Dubois, l’offensif président
de la LDH, écrivait ceci
récemment : « Dormez en paix,
braves gens, et si vous êtes honnêtes,
vous n’avez rien à cacher :
nous devons tout montrer de
notre vie pour cesser d’être suspects.
Il n’y a pas que dans les
grands procès que le président de
la République ou le ministre de
l’Intérieur jugent coupables un
jour Yvan Colonna, l’autre Julien
Coupat à Tarnac, un autre encore
Dominique de Villepin, sans
attendre que la justice fasse la
vérité sur des affaires étrangement
embrouillées. » T’es sûr,
pour Villepin ?
Article publié dans CQFD n°72, novembre 2009.