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CQFD N°073


CHRONIQUE DE GUERRE

MONTREUIL CACHE-MISÈRE

Mis à jour le :21 décembre 2009. Auteur : Nicolas Norrito.


Pour sa 25e édition, le Salon du livre de la jeunesse a une fois encore fait la fierté de la ville de Montreuil. Du 25 au 30 novembre, quelque 150 000 visiteurs ont rencontré les professionnels du livre – éditeurs, auteurs, illustrateurs, bibliothécaires, imprimeurs… Temps fort dans la vie de cette cité populaire de l’Est parisien, le Salon l’est plus encore pour les gros éditeurs, qui tendent à déserter le Salon du livre de Paris. Montreuil présente un double avantage : la location d’un stand est nettement moins onéreuse et le public dépense beaucoup, l’édition jeunesse et la bande dessinée étant actuellement les deux secteurs les plus rentables de l’industrie.

Alors Montreuil s’est faite belle pour accueillir l’opulente population parisienne. Mais… Mais… Depuis plusieurs mois, une trentaine de Roms, âgés de 3 à 73 ans, avaient élu domicile dans la friche industrielle faisant face à la halle Marcel-Dufriche, qui accueille le Salon. Dans l’attente d’un logement décent, ils avaient bâti des baraques de bric et de broc. Leur présence ne collant pas avec l’image jeune, heureuse et dynamique que la maire Dominique Voynet entend donner de sa ville, le 16 novembre, les bulldozers ont fait place nette et les Roms ont été jetés sur le trottoir. Un peu plus tôt, Voynet écrivait ces mots dans Tous Montreuil, le quinzomadaire de la mairie : « La situation est grave : les centres d’hébergement sont, avant même que l’hiver ne commence, totalement saturés. Faute de place, et totalement submergé lui aussi, le 115 oriente les personnes trouvées dans la rue vers des hôtels, un jour ici, le lendemain là, interdisant tout suivi social sérieux. Il a plu toute la nuit. Ce matin encore, le ciel est sombre, annonçant de nouvelles averses. Je pense à ces gens, des hommes, des femmes, comme vous, comme moi, qui pataugent dans la boue. Il faut agir, bien sûr. Mais comment le faire sans attiser le sentiment d’injustice qui s’emparerait de ceux qui attendent, parfois depuis des années, un logement décent ? »

Voynet a donc agi, redoublant d’efforts pour nous démontrer ce qu’elle entend par « suivi social sérieux ». Elle a d’abord sommé le propriétaire du terrain d’expulser les Roms – les bulldozers, c’est donc elle. Elle a ensuite refusé de rencontrer les riverains inquiets d’une telle situation. Elle s’est enfin acharnée à faire déloger les familles qui s’installaient sur d’autres terrains, pourtant loin des yeux des éditeurs de Saint-Germain-des-Prés. Elle a laissé une quinzaine d’enfants dormir dans la rue face à l’entrée officielle du Salon. Puis, une fois les stands démontés et les vigiles partis, un arrêté municipal de « nettoyage et désinfection » des deux rues où s’étaient installées les familles a été édicté. Les flics ont une nouvelle fois viré les Roms le vendredi 4 décembre. Ils dorment désormais dans une maison vétuste ouverte par des militants locaux. Jusqu’à quand ?

Nous n’oublierons pas l’inauguration du Salon, le mercredi 25 novembre. Ce jour-là, un public mondain était venu déguster champagne et petits-fours. Les familles expulsées et des soutiens étaient présents, ils interpellaient les gens et distribuaient des tracts. La seule réponse de Jean-Paul Huchon (président du conseil régional, socialiste), Claude Bartolone (président du conseil général, socialiste) et Dominique Voynet (maire, Verts) a été d’envoyer une cinquantaine de CRS.
Voynet, Huchon, Bartolone, c’est beau comme du Besson.

Article publié dans CQFD N°73, décembre 2009, actuellement en kiosques.






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