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CQFD N°073


PROGRESSION ÉPIDÉMIQUE

UN TOUBIB IMPATIENT

Mis à jour le :17 janvier 2010. Auteur : Franck Dragonetti.

Empêcheur de saborder la Sécu rondement, le docteur Poupardin, en refusant de tronçonner ses patients en abats à tarifs variables, est devenu le grain de sable que la machine voudrait broyer. Trop tard ! Ce carabin sauvage a déjà suscité une saine solidarité et un débat fringant.

NSATIABLES, les doryphores de l’Élysée et du Palais-Bourbon dans leur acharnement à grignoter la vieille poutre de la Sécu. À l’instar des parasites, les attaques politiques contre notre système de soins, issu du compromis gaullo-communiste d’après-guerre, fusent de toutes parts. Et dans le collimateur de nos cravatés, on retrouve notamment les gros postes de dépense de santé. Au premier rang d’entre eux : les affections de longue durée (ALD). Ce dispositif permet aux personnes souffrant de maladies graves d’avoir leurs soins pris en charge à 100 %. Mais il y a un hic : avec l’explosion des diabètes, cancers, hypertensions et autres joyeusetés de nos temps modernes sur-pollués, le poste des ALD explose : 60% des dépenses lui sont consacrées pour un peu plus de sept millions de malades. On comprend aisément qu’en cette époque de maîtrise médicalisée des dépenses (novlangue signifiant mise à mort d’une protection sociale solidaire), la pression soit mise autant sur les (salauds de) malades que sur les (inconscients de) médecins.

Pour prescrire leurs médocs à leurs patients en ALD, les toubibs ont à leur disposition une ordonnance ad hoc : le bizone. Comme son nom l’indique, le papelard est divisé en deux parties : une partie haute, censée contenir les médicaments en rapport avec la maladie grave et pris en charge à 100 %, et une partie basse pour les autres médocs qui seront, eux, remboursés au tarif classique, c’est-à-dire de moins en moins, quand on considère la vitesse avec laquelle le législateur multiplie les mesures de déremboursement.

Mauvais élève, le docteur Poupardin, généraliste à Vitry (Val-de- Marne), a décidé de ne pas jouer le jeu. En effet, ce dernier a pris la fâcheuse habitude d’inscrire systématiquement tous les médicaments de ses patients dans la partie haute de l’ordonnance. Son raisonnement est simple : « Le découpage symbolisé par le bizone est absurde et préjudiciable à la santé du malade. Pourquoi ? Parce qu’il est stupide de morceler les gens en tranches en fonction de leur maladie. C’est une forme de marchandisation du corps humain. Or, le médecin ne soigne pas un organe isolé mais un individu pris dans son intégralité et dans son environnement. » Raisonnement sympathique mais qui n’a pas su lui attirer les grâces bienveillantes de la Caisse primaire d’assurance maladie. Début octobre 2009, elle a convoqué dare-dare le médicastre et l’a sommé de s’expliquer. Ayant procuré à ses patients des avantages indus, elle l’a menacé de le convoquer devant une commission des pénalités, avec sanction financière à la clé.

Mais voilà que l’affaire s’est ébruitée et en a ému plus d’un. Confrères, politiques, syndicalistes, malades, ils sont plusieurs à être montés au créneau pour prendre la défense de ce Doc-la-Fronde. Comité de soutien, pétition nationale, Poupardin a même donné dans la conférence de presse. Avant d’avouer à CQFD : « J’ai été surpris par l’ampleur du soutien. Maintenant, je veux élargir le débat et demander la suppression des franchises médicales. Il faut que plus aucun médecin ne soit poursuivi pour le non-respect du bizone. Les médicaments de la partie basse sont aussi importants que ceux de la haute. Or, certains malades ne peuvent pas se les payer. » Et d’ajouter, un brin malicieux : « D’ailleurs, j’appelle la partie basse : zone d’attente de médicaments chez les pharmaciens, un peu comme les zones d’attente pour immigrés dans les aéroports. » « Ce que fait Poupardin, c’est de leur mettre le nez dans le caca », commente le docteur Lehmann, infatigable agitateur pour une Sécu solidaire. « Il y a une dame qui m’écrit souvent, elle a été opérée d’un cancer du côlon et si elle ne prend pas les produits complémentaires, les prétendus médicaments de confort qu’on met dans la partie basse de l’ordonnance, pardonne- moi d’être cru, mais elle se chie dessus. »

En 2008, un sondage Ipsos- Secours Populaire révélait que deux français sur cinq avaient renoncé à se soigner. Ça n’a pas empêché nos élites de continuer à stigmatiser les patients en ALD. Exemples récents : en 2008, un certain Frédéric Van Roekeghem, polytechnicien et patron des caisses de Sécu – formé chez AXA –, propose de ne prendre en charge les ALD qu’au stade des complications. En clair, vous êtes diabétique, faut attendre la première amputation pour bénéficier du 100 %. Tollé général. Rebelote peu de temps après avec un énième plan d’économie comprenant entre autres une réduction de la liste des ALD et un passage du taux de remboursement des médicaments dits « de confort » de 100 à 35 %. Tollé général. La même année, Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté (sic), dégaine son bouclier sanitaire : fini les ALD, dorénavant les malades paieront leurs soins à concurrence d’un plafond fixé par la loi. Tollé général. 2009, Sarkozy revient à la charge à la faveur de son plan cancer : les cancéreux « guéris » au bout de cinq ans de traitement sortiraient automatiquement du régime des ALD. Des doryphores, disions-nous. De la pire espèce.

Article publié dans CQFD n°73, décembre 2009.






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