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CQFD N°073


CHÔMAGE

BILAN D’INCOMPÉTENCES

Mis à jour le :17 janvier 2010. Auteur : Antoine Fontana.

Les fantômes de l’ANPE et de l’Assedic planent encore dans les agences d’un Pôle emploi fusionné à la va-vite. Lâché au cœur du labyrinthe, le chômeur en quête de bilan de compétences n’est pas au bout de ses surprises.

NOUS ALLONS BÂTIR le service public de l’emploi le plus performant d’Europe, [en faire] une arme absolue ! », divaguait Nicolas Sarkozy lors de l’inauguration en octobre 2008, à Rethel (Ardennes), d’un des premiers Pôles emploi frais émoulus de la compression de l’ANPE avec l’Assedic. Eh bien, allons visiter, un an plus tard, l’arsenal nucléaire anti-chômedu, avec une idée bien précise : ainsi, en gage de bonne conduite et/ou pour tuer le temps, voire par réel intérêt, le chômeur qui déciderait de mener un bilan de compétences (qui consiste en gros à faire le point sur ce qu’on sait faire, veut faire et sur ce que le marché veut bien nous autoriser à faire), le chômeur, donc, doit avant tout pousser les portes d’une agence Pôle emploi. Mais là, prudence ! L’enseigne rassurante frappée des couleurs de la République dissimule en fait des ectoplasmes d’Assedic ou d’ANPE. Car évidemment la fusion des deux maisons, menée tambour battant telle une vulgaire campagne de vaccination, est loin d’être achevée. Résultat, l’agent Pôle emploi qui n’est jamais passé par la case ANPE ne peut qu’avouer son ignorance en matière de bilan de compétences, mais – joie – en tant qu’ex-agent Assedic, il fera profiter de ses lumières son interlocuteur pour tenter de démêler tout ce qui concerne le versement de ses allocs.

Il est également à même d’indiquer où trouver une ex-ANPE planquée derrière une façade Pôle emploi. Là, un employé dégottera sans problème quelques places dans des boîtes sous-traitantes assurant le service demandé. Mais, de son propre aveu, toutes ne se valent pas. Conséquence, selon divers agents Pôle emploi et des chômeurs ayant tenté le coup, le bilan de compétences conduit parfois à la dépression (ça s’est vu) ou à des conclusions ubuesques : ainsi, raconte notre agent en pétard, « untel s’est vu conseiller, à l’issue de son bilan, le domaine de l’infographie, alors qu’il était justement infographiste ! » « De plus, ajoute une autre employée, il n’y a plus de boulot dans ce secteur, nous avons d’ailleurs mis un terme à la formation que nous financions à Marseille. » Un beau score donc, sachant que le bilan de compétences comprend six entretiens d’une heure répartis sur six semaines, durant lesquelles le chômeur doit, de son côté, mener des investigations sur les métiers retenus avec son « coach ». Le bilan de compétences peut également ne pas avoir lieu. C’est le cas pour le chômeur qui a l’inconscience d’avouer à son interlocuteur, lors de leur première entrevue dans l’organisme retenu, qu’il aura, le lendemain, un entretien d’embauche. Là, une fois de plus, la mécanique de la réinsertion professionnelle et du contrôle social s’enraye : qui dit entretien d’embauche, dit éventuel taf, et, partant, impossibilité d’assister aux séances du bilan, or ça ne va plus du tout, car le machin s’apparente à un contrat signé par les deux parties, or si l’une d’elles fait défaut, etc., etc.

Avis donc aux 52 400 nouveaux chômeurs enregistrés au mois d’octobre (dans la seule catégorie A) : pour un bon bilan de compétences, mieux vaut ne pas mener « une recherche d’emploi active, concrète et justifiable au moyen de preuves ». C’est pourtant un des « engagements  » du demandeur d’emploi tels que définis par Pôle emploi. Ne pas le tenir est un motif de radiation, comme le « refus de suivre une action d’aide à la recherche d’emploi »… Comprenne et sauve qui peut !

Article publié dans CQFD n°73, décembre 2009.






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