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CQFD N°073



L’AUTO-EXPLOITÉ

Mis à jour le :20 janvier 2010. Auteur : Fred Morisse.


J’AJOUTERAI QU’AU-DELÀ du “travailler plus pour gagner plus”, le travail indépendant” permettra de “travailler plus librement, de façon plus responsable et autonome, pour gagner plus”. » Cette formule inspirée est extraite du rapport sur le statut de l’auto-entrepreneur. Annoncé en novembre 2008 au son des tambours et des trompettes par Hervé Novelli, le secrétaire d’État au Commerce, ce nouveau statut mis en place le 1er janvier 2009 est censé révolutionner le monde entrepreneurial et aider des centaines de milliers de chômeurs, retraités, étudiants, travailleurs pauvres (et même fonctionnaires !) à se sortir de la précarité.
Les premiers chiffres annoncés par l’Insee devraient réjouir le gouvernement, puisque les créations d’entreprises ont bien explosé au cours des neuf premiers mois (+65% par rapport à 2008). La simplification des démarches séduit de nombreux candidats qui foncent tête baissée, sans doute convaincus, comme précise le rapport, que « le travail indépendant est celui qui peut offrir à un individu à qui la vie a joué un mauvais tour ou à qui la naissance n’a pas donné toutes les chances, la capacité du retour à la dignité ».
Ce jour d’octobre, parmi les six chômeurs invités par Pôle emploi à suivre un atelier « Créer votre entreprise : pourquoi pas ? »,quatre souhaitaient très fortement adhérer à ce statut, vu qu’on leur avait dit que c’était super, et vite fait bien fait, deux clics de souris et le tour est joué. Quand en fin de journée l’animatrice aborde le thème des différents statuts,on la sent un peu gênée. Mais elle met les pieds dans le plat : « Méfiez-vous avec ce statut, réfléchissez bien. Si à la base il a été créé entre autres pour inciter ceux qui travaillent au noir à légaliser leurs activités, les conséquences sont bien différentes, et c’est une catastrophe, car de plus en plus d’employeurs en profitent et incitent leurs salariés ou les personnes qu’ils recrutent à prendre ce statut, ce qui à la longue risque de remettre en cause l’existence du contrat de travail… » Dans de nombreux secteurs professionnels se multiplient les cas de salariés basculant vers ce statut tout en continuant à travailler pour leur entreprise, qui se déleste ainsi de toutes charges salariales.
L’animatrice précise que ce statut rétrécit de beaucoup la couverture sociale : pas d’assurance maladie la première année, pas d’assurance chômage, pas de droits à la formation, pas de congés maternité, ou encore des droits à la retraite rognés.Autre conséquence désastreuse : le peu de cotisations versé par l’auto-entrepreneur risque de vider un peu plus les caisses sociales. Le rêve du patronat enfin devenu réalité : l’attaque la plus sournoise envers le contrat de travail.
Ces créations d’entreprises ont aussi le mérite d’atténuer les chiffres catastrophiques du chômage, puisque 33 % des autoentrepreneurs sont des demandeurs d’emploi, qui du coup sortent des statistiques.
Chez nos voisins belges, plutôt que d’inciter les chômeurs à devenir des précaires actifs, certaines villes ont décidé, en regard de l’état du marché du travail en temps de crise, de ne plus les obliger à en chercher, vu qu’il n’y en a plus. Nous, on est plus forts : on l’invente !

Article publié dans CQFD n°73, décembre 2009.






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