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Sommaire du N°005
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CQFD N°005



MORCEAUX VOLÉS

Mis à jour le :5 mai 2004. .


Lettre à Monsieur Belin

Cher Monsieur Belin, j’ai beaucoup aimé vos biscuits « Feuilleté doré », que j’ai acheté hier à l’épicerie de Coutures. En principe j’en achète jamais, je préfère les fabriquer moi-même avec la recette que m’a confiée ma grand-mère sur son lit de mort en 1932. La vôtre, de recette, je l’ai trouvée sur le dessus du paquet et ça m’a paru très simple : 100 % pur beurre. Aussi facile, ça m’a même semblé louche, mais j’ai aussitôt essayé. Ç’a été vite fait, j’avais des petits moules qui allaient très bien, mais j’ai eu un problème à la cuisson. J’avais mis le four à 6 pour obtenir le croustillant qui est très agréable. Malheureusement, ça s’est tout liquéfié et c’était imprésentable, on aurait dit du beurre fondu, j’ai tout mis à la poubelle et je peux vous dire que ça m’a fait deuil. C’est en retournant le paquet que j’ai pu voir (avec la loupe qui me sert pour le journal) une autre recette où on ne parle que de 20 % de beurre. J’ai eu mon certificat d’études en 1923 et je sais encore distinguer 20 % de 100 %, ce n’est pas la même chose. Mon petit-fils voudrait que j’avertisse les associations de consommateurs. Je préfère essayer d’abord la recette du dos du paquet. Malheureusement, je ne trouve pas les ingrédients chez le Relais des Mousquetaires. J’ai bien la farine de froment, le sucre, le sel, la levure, le beurre et les cacahuètes. J’ai trouvé le bicarbonate de sodium à la pharmacie de Saint-Mathurin, mais ils n’ont pas les autres produits. J’ai commandé le reste à Brissac il y a un mois et toujours pas de réponse. Pourriez-vous demander à votre pâtissier de m’envoyer tout ce qu’il faut en me mettant la note dans le paquet : je paierai tout ça au facteur, et je vous rembourserai les timbres. Il me faut : du bicarbonate d’ammonium, du lactosérum en poudre, de l’émulsifiant, de la lécithine de soja, de l’amidon de maïs, de l’antioxygène, de l’extrait de romarin. Pour l’arôme, ça ira, il me reste un peu d’eau de fleur d’oranger. Ernestine écrit partout, Ernestine Chassebœuf (Ginkgo éditeur, Paris, 2003)


Rejet de greffe

Seul Fafa, le petit dernier, vivait comme un hamster les bajoues gonflées de sa drogue, l’inépuisable réserve de la souffrance. Il essayait juste de prévenir ceux qu’il aimait, ses parents, ses sœurs, son frère, que ce n’était pas fini, qu’il y aurait des retours de manivelle, de boomerang, qu’il fallait rester vigilant, ne pas s’habituer au bonheur, surtout pas au mensonge d’être heureux. Ils ne savaient pas que c’est à elle, la souffrance, que certains, hommes et femmes, doivent l’exception même tragique. Tant habitué à vivre dans et avec la douleur, Fafa craignait le manque. Sur lui, il portait l’automutilation humaine et rejetait toutes les greffes sociales. […] N’ayant plus sa dose chez lui, Fafa alla chercher la douleur ailleurs, dans la rue, seul endroit où la société, trafiquante d’avenir, deale sa came : la folie. Eboueur sur échafaud, Abdel Hafed Benotman (Rivages, 2003)


C’est un garçon ?

C’est un garçon ? me demande le chauffeur du taxi. Oui, c’est un garçon. Ben, alors là, il a de beaux nichons. Ça se fait pousser les nichons, je lui rétorque de mauvaise humeur, vous aussi vous pourriez le faire. Là, alors, moi, et il éclate de rire. C’est tout de même harassant d’être tout le temps la cible des remarques de tout le monde, dans la rue, dans les endroits publics. En fait je pense que Pierre et les autres ont beaucoup de courage. Et moi je ne suis pas travesti par manque de courage. […] Pierre s’y était pris trop vieux, c’était surtout sa barbe et sa noix d’Adam le plus gênant, pour ne pas parler de ses genoux cagneux, ses bras musclés, sa poitrine velue qui subsistait en grande part sur ses seins qui contenaient deux balles de parafine qu’il rasait, las des séances d’épilation si douloureuses, et si coûteuses aussi pour moi. J’avais l’impression d’avoir entre mes mains deux énormes testicules et l’idée m’excitait encore plus, par le côté surréaliste. En même temps, il commençait à éprouver une excitation extrême quand je lui léchais le nombril. Son nombril était profond et sentait un peu le cul. Bientôt j’arrivais à introduire deux doigts, puis la bite entière. Ses spasmes étaient constants, fous, les miens aussi, j’avais l’impression d’arriver plus à l’intérieur de Pierre que par tous les culs et toutes les chattes du monde. Le Bal des folles, Copi (Christian Bourgois éd., 1977, dispo en poche)

Publié dans CQFD n°5, octobre 2003






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