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CQFD N°073


RÉCOLTE EN PALESTINE

LE MUR ET L’OLIVIER

Mis à jour le :20 janvier 2010. Auteur : Charlotte Dugrand.

Principale ressource de nombreux villages palestiniens, l’huile d’olive a du mal à s’exporter, à cause du mur et des blocages imposés par Israël. Pourtant, malgré la présence massive de colons et de militaires, la récolte continue. Reportage et paroles de solidaires.

E TOUS CÔTÉS, sur les hauteurs des collines de Cisjordanie, des toits de tuiles rouges signalent la présence de colonies israéliennes. Les colons affirment qu’elles sont des avant-postes à caractère défensif. Mais il est évident pour tous, Israéliens comme Cisjordaniens, qu’il s’agit là d’un des aspects majeurs du processus d’invasion et d’installation destiné à rendre impossible le retour de ces terres aux Palestiniens. Pas un jour ne passe sans que l’armée ne harcèle et n’agresse les paysans de la région. Confrontés à de multiples menaces et entraves lors de la récolte des olives, ces paysans ont demandé de l’aide à des ONG et des associations, qui envoient des bénévoles là où les pressions se font les plus fortes.

Keren est militante du groupe Anarchists against the wall, collectif luttant contre la ségrégation, l’apartheid, l’incarcération sociale et politique. Depuis plusieurs années, ce mouvement est engagé dans la lutte contre la construction du mur et la barrière de séparation [1]. Elle est en relation avec une association qui organise des trajets en bus de Jérusalem-Est à un village non loin de Naplouse. Son contact : l’association des Rabbins pour les droits de l’homme, dont le programme, inspiré de l’idéal sioniste et de la tradition religieuse, se veut défenseur des pauvres, soutien aux droits des minorités, des laissés-pour-compte, en particulier dans la société palestinienne [2]. « Nous ne travaillons pas avec qui on veut,mais avec qui on peut », explique-t-elle… Effectivement, les Israéliens qui se battent aux côtés des Palestiniens sont peu nombreux, comme ces femmes âgées, militantes pour la paix, qui viennent chaque vendredi à Bil’in, ce village qui a vu 60% de son territoire disparaître avec la construction du mur. Elles expliquent : « Nous participons aux manifestations aussi bien avec les anarchistes qu’avec Gush Shalom [3]… »

Natanya, militante de l’association des Rabbins pour les droits de l’homme prévient sans rire, avant de monter dans le bus : « Le rabbin ne pourra pas venir aujourd’hui. Il a trop bu hier soir, il fait une crise de goutte… » Elle parle quatre langues, dont l’arabe, et bien qu’elle ne pense pas voir la situation s’arranger de son vivant, vient deux fois par semaine ramasser les olives dans les Territoires. « Je suis originaire d’Afrique du Sud, mes parents et moi, nous savons ce qu’est l’Apartheid. Je suis arrivée en Israël en 1953. J’y ai connu le racisme, et notamment celui entre Ashkénazes et Séfarades. Un jour, je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose. J’ai rejoint les Rabbins pour les droits de l’homme car même si je suis sioniste et que je crois profondément en Israël, je suis totalement opposée aux colons et au racisme. En revanche, je ne pense pas que l’on puisse comparer la situation palestinienne à l’Apartheid. Ici, les soldats ne violent pas les femmes, par exemple. » Natanya précise que sa famille ne soutient pas du tout sa démarche.

Dans le village de Jalud, près de Naplouse, les oliviers ont été tronçonnés la nuit précédente. Cent cinquante arbres dévastés, branches arrachées… La colonie se trouve sur la colline juste en face. Les colons sont descendus dans la nuit et ont saccagé la récolte. Natanya soutient que l’olivier est un arbre sacré dans la Torah : c’est l’argument qu’elle lance à la figure des colons. À ses côtés, Ruty et Yoel, un couple d’Israéliens de 69 et 73 ans. Ils sont nés dans le kibboutz de Marhavia, fondé en 1929 près de Nazareth. Militants de Hashomer Hatzaïr, organisation historique de la gauche sioniste, teintée de marxisme [4], et fidèles lecteurs du journal Haaretz, quotidien de la gauche libérale israélienne où sont publiées les virulentes chroniques de Gideon Levy [5], ils expliquent pourquoi ils sont là : « Si nos petits-enfants nous demandent dans quelques années ce que nous avons fait face à cette situation si injuste, nous pourrons leur dire que nous sommes au moins venus aider et soutenir les Palestiniens face aux colons et à l’armée. » Ils affirment que Marwan Barghouti – ce représentant très populaire du Fatah en Cisjordanie, qui purge dans une prison israélienne cinq condamnations à perpétuité – devrait être libéré parce qu’il serait le seul leader palestinien capable de peser dans un processus de paix. Quelques jours auparavant, Yoel avait mis à l’entrée de son kibboutz, où vivent 700 personnes, une petite annonce sollicitant des bras bénévoles pour la récolte des olives, avec son numéro de téléphone. Personne ne l’a appelé…

Article publié dans CQFD n°73, décembre 2009.


[1] Afin de dénoncer le mensonge du plan sécuritaire israélien,le collectif a rejoint la lutte des villages touchés par l’existence du mur, favorisant ainsi des relations directes entre les deux peuples. Source : www.awalls.org/.

[2] Voir http://rhr.revues.org/.

[3] Gush Shalom (en français Bloc de la Paix),mouvement israélien qui milite pour la paix et la création d’un État palestinien. Gush Shalom est sur ce point en accord avec Shalom Archav (en français La Paix maintenant), un mouvement prônant un retour aux frontières de 1967.

[4] Pour en savoir plus, www.hashomer.net.

[5] Gideon Levy, Gaza, La Fabrique, 2009.





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