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CQFD N°005


THIERRY MARIANI, UN SARKOVILLON DE L’AVANT-GARDE

DÉPUTÉ EN BLANC CONTRE TRAVAIL « AU NOIR »

Mis à jour le :15 octobre 2003. Auteur : Hervé Gouyer.

Avec son amendement sur les sans-papiers qui travaillent, provisoirement écarté par Sarkozy, le député Thierry Mariani fait œuvre de visionnaire : créer les bases d’une société où les négriers auraient tous les droits, et leur main d’œuvre aucun. Portrait d’un député toujours en avance sur son temps.

Finalement, ce n’était qu’un coup pour rire. Le 9 juillet dernier, l’Assemblée nationale adoptait un amendement à la loi Sarkozy prenant pour cible les sans-papiers qui travaillent. Ce texte invraisemblable, passé d’abord comme une lettre à la poste, prévoyait de frapper d’une amende de 3 750 euros et d’une interdiction de territoire de trois ans tout étranger en situation irrégulière repéré lors d’une inspection du travail. Une nouvelle double peine, en quelque sorte : l’exploitation d’abord, le charter ensuite… S’acharner sur les plus précaires d’entre les précaires, l’idée colle bien à la philosophie du gouvernement. Le 10 octobre, pourtant, Sarkozy fait marche arrière : au moment de soumettre son venimeux paquet d’articles de loi au Sénat, le ministre s’arrange pour faire retirer en douce l’amendement anti-travailleurs clandestins. L’astuce est vieille comme la politique : on vire le mistigri qui dépasse, la polémique s’éteint avant même d’avoir éclaté, et du coup, on peut tranquillement faire avaler tout le reste. En réalité, cela fait déjà belle lurette que les salariés étrangers « au noir » arrêtés sur leur lieu de travail se ramassent des arrêtés de reconduite à la frontière et se retrouvent dans les centres de rétention. Avec, dans les mains, un imprimé narquois leur indiquant qu’ils peuvent bénéficier d’une indemnisation forfaitaire équivalant à six mois de Smic, s’ils intentent un recours aux prud’hommes contre leur patron… Pas commode, de faire usage de ce droit juste avant de grimper de force dans un avion. Cependant, le patron n’en restait pas moins tenu seul responsable sur le plan pénal. Le droit du travail a toujours reconnu au salarié son lien de subordination à l’employeur : si le premier n’a souvent pas d’autre choix que d’accepter un boulot non-déclaré, le second, lui, est tout de même libre de ne pas agir en négrier.

Or c’est précisément ce principe que la droite veut réduire à néant. Thierry Mariani, député UMP du Vaucluse et instigateur de l’amendement écarté, s’en cache à peine : « Nous avons, dit-il, voulu dissuader toutes les formes de travail clandestin et remédier au fait que le travailleur n’était jamais sanctionné pour une situation dont il bénéficiait aussi. » La brèche ainsi ouverte visait à expérimenter sur les sans papiers ce qui doit s’appliquer un jour ou l’autre à tout le monde : placer les salariés dans un rapport de force constamment et définitivement avantageux pour leurs patrons. Il va sans dire que ces derniers, pris en flagrant délit d’exploitation de main d’œuvre clandestine, ne seront jamais menacés de se faire jeter de France avec un sparadrap sur la bouche. Ils ont, eux, d’autant moins à craindre que l’UMP compte bien mettre l’inspection du travail à leur botte (voir CQFD n°4). L’auteur de ce ballon d’essai appartient au groupe des ultras de la droite, partisans acharnés de la régression sous toutes ses formes - surtout lorsqu’elle frappe les étrangers. Mariani, toujours Italien de cœur, considère que le droit du sol ne doit désormais profiter qu’aux fils des déjà-Français, car « la population étrangère appelée à accéder à la nationalité française comporte désormais des ressortissants attachés à des valeurs radicalement différentes des nôtres, quand elles ne sont pas antinomiques. » [1] Opposé au droit de vote des étrangers hors UE aux élections locales, il a fait voter en juin dernier un amendement visant à retirer leur carte de séjour aux étrangers qui auraient fait venir femme et enfants en-dehors du regroupement familial. Car s’il en pince pour la famille, il faut encore qu’elle soit blanche. Anti-Pacs par principe, il l’est avec plus de virulence encore quand cela affecte les immigrés. « Etant donné qu’on peut être concubin et pacsé à la fois, un immigré pourra vivre en concubinage avec un étranger et se pacser avec un autre, et ces deux personnes auront des droits sociaux ! Vous rétablissez dans les faits la polygamie à laquelle vous étiez opposé », lançait-il aux socialistes lors des débats parlementaires sur le Pacs. En guerre contre l’avortement et les rave-parties, Mariani est aussi un promoteur fanatique du thème de l’insécurité, qu’il est un des premiers élus à avoir « identifié » comme le souci numéro un des Français. Une de ses solutions : pénaliser à vie les ados qui ont commis un délit. En mai 2003, il a fait voter par la Commission des lois un amendement prévoyant de ne plus effacer le casier judiciaire des mineurs le jour de leur 18 ans. Minute ne s’y est pas trompé : aux législatives de l’année dernière, l’hebdo d’extrême droite appelait à voter pour le député du Vaucluse contre le maire ex-FN d’Orange, Jacques Bompart. Toujours disponible dès qu’il s’agit de serrer la vis aux étrangers, aux jeunes et aux salariés, Mariani est un enzyme de la lepénisation. Non plus celle des esprits (c’est déjà fait), mais celle des lois.


[1] Assemblée Nationale, séance du 25 février 1998





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