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CQFD N°073


PROTOPUNK

RÉSURRECTION DE DEATH

Mis à jour le :17 janvier 2010. Auteur : Anatole Istria.


E ROCK FORT est-il toujours une prérogative de blancs-becs ? Au début des 70’s, les camps semblaient définis. À Detroit, le rythm’n’blues noir avait abandonné son rejeton le rock’n’roll aux jeunes voyous blancs du MC5 qui se chargeaient de le tordre et le muscler, tandis que la communauté Afro-américaine était passée de la Motown soul en petits costards étriqués à la funk en gouffa, pattes d’éph’ et bottines à talons compensés. Mais pendant ce temps, dans leur garage, trois frangins blacks de 17, 19 et 21 ans – Bobby, Dannis et David Hackney – s’essayaient au rythme binaire et à la distors’, laissant pour la postérité une démo de 8 titres, constituant un chaînon manquant entre le power-rock et le punk.

Après s’être escrimés sur les standards R&B, les frères Hackney eurent la révélation en assistant à un concert d’Iggy Pop & the Stooges. Ils formèrent Death : « On avait le sentiment de faire quelque chose de totalement révolutionnaire », confie Bobby Hackney, le chanteur et bassiste du groupe. Quand ils se produisent dans les fêtes des Afro-américains de Detroit, leur musique semble totalement incongrue. À l’époque, la communauté écoute de la funk de Philadelphie, Earth, Wind & Fire ou les Isley Brothers, le disco arrive à grands pas. Comment faire une chorégraphie fresh & funky sur les cadences ultra-saccadées de Death ? Les moqueries accentuent l’agressivité sèche du groupe. Par ses riffs amphétaminés, il se débarrasse des lourdeurs du hard rock, ce qui en fait un groupe précurseur (d’une courte tête) des Deadboys, des Ramones ou des Badbrains (seul groupe punk afro-américain des 80’s). Précurseur et totalement inconnu, c’est pas punk, ça ?

En 1975, les frérots Hackney enregistrent une démo avec l’ingé son des Funkadelic, puis « montent » à New York pour la présenter au puissant producteur Clive Davis. Lequel semble intéressé, mais tique sur le blase : « Changez-moi ce nom de merde, les cocos ! » Refus net, ce sera Death ou crève. Une intransigeance punk qui marque aussi l’autosabordage du trio. Avec un nom pareil, le destin du combo ne pouvait être que posthume. Pendant près de trente-cinq ans, il ne subsiste de Death qu’un 45 tours autoproduit tiré à 500 exemplaires, oublié dans un vieux carton jusqu’à ce que le label Drag City déterre ces sept pépites qui constituent l’album For the whole world to see . À l’écoute des titres « Freakin out », « You’re a prisoner » ou « Keep on knocking », on a comme une impression familière. Un morceau comme « Politicians in my eyes » pourrait se situer entre « Paranoid » de Black Sabbath et « I’m stranded » des Saints. Aujourd’hui, le flambeau est repris puisque les fistons de Bobby Hackney font renaître Death de ses cendres en rejouant certains titres avec le groupe Rough Francis (myspace.com/roughfrancis). Death not dead !

Article publié dans CQFD n°73, décembre 2009.






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