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CQFD N°004


LETTRE OUVERTE AU MONSIEUR PLANS SOCIAUX DU GOUVERNEMENT

PARLE À MON CUL MA TÊTE EST MALADE

Mis à jour le :15 septembre 2003. .


Cher Jean-Pierre,

Tu permets que je t’appelle Jean-Pierre ? Entre camarades, pas de chichis. De ton passé d’homme de gauche, je gage que tu as conservé cette familiarité huileuse qui autorise le tutoiement et met de la brillantine dans les rouages. Tu sais, je suis content pour toi. Je viens d’apprendre que Raffarin t’avait nommé « responsable de la Mission interministérielle sur les mutations économiques ». Jean-Pierre Aubert, le « nouveu Monsieur plans sociaux », c’est comme ça qu’ils t’appellent dans les journaux. Enfin un reclassement réussi ! Une bonne paie, une bagnole avec chauffeur, un boulot pépère dans un secteur d’activités que la récession ne menace pas. Les plans sociaux, c’est un peu comme le champagne et les dentifrices, ça se vend tout seul. Tout ce qu’il y a à faire, c’est regarder les courbes et rester humble. « Si l’on attend de moi que j’arrête les mesures de restructuration, les plans sociaux, je ne suis pas Zorro, je ne viens pas pour cela », c’est toi-même qui l’as dit (AFP, 4 septembre). Moi je trouve ça fort. Imagine un plombier qui dirait : « si l’on attend de moi que je répare les robinets, vous pouvez vous brosser ». Ça ferait encore un chômeur de plus à reclasser. Avec toi, c’est pas pareil, les gens le savent bien que tu sers à rien. A commencer par tes employeurs, occupés à refiler le pays à leurs cousins du Medef, le cœur sur la main et la main si lourde que même les pères de l’Eglise libérale, à Bruxelles, tirent un peu la tronche. Mais quand on aime on ne compte pas, et vas-y que je te fasse un prix sur les impôts, les charges, les retraites, les fonctionnaires, les artistes, les chômeurs et la vaisselle de mémé. C’est sûr que toi, au milieu de tous ces cadeaux, c’est à peine si tu sers de papier d’emballage. « Ma préoccupation n’est pas d’éviter [les restructurations] mais de regarder les réalités telles qu’elles sont », dis-tu encore. Les réalités telles qu’elles sont, il y en a des millions qui les regardent en face tous les jours et qui voudraient bien en voir une autre, mais toi, tu as une excuse : tu es payé pour.

Rappelle-toi, Jean-Pierre. Quand tu es entré à la CFDT en 1971, tu avais 25 ans et un doctorat de sciences économiques. Quand on te pressait le nez, il en sortait du milk-shake à la fraise semi-écrémé : tu pensais qu’il n’y avait aucun problème qui ne puisse se résoudre par le dialogue. La suite t’a donné raison. Ton sens du compromis a réduit à néant tous les obstacles qui auraient pu gêner ton ascension. Après quinze années d’apprentissage à la CFDT, tu te hisses au rang de conseiller technique dans les gouvernements gestionnaires, de droite comme de gauche, surtout de gauche. Tes compétences permettront à plusieurs ministres - Edith Cresson, Jacques Chérèque, Yves Galland - de vendre à l’opinion leurs charrettes sociales sorties d’usines. Et ce, grâce à un maître-mot promis à un avenir triomphant : la « négociation ». C’est quoi, une négociation réussie ? C’est quand le patron dit « parle à mon cul ma tête est malade », et que les partenaires sociaux, enfin mis sur le chemin de la sagesse, ajustent leurs revendications au niveau requis. Petit à petit, tu deviens expert officiel en « reclassements ». Tu reclasses à Chausson, à Superphénix, à Giat. Tu crées un modèle dont les innombrables avatars - les sinistres « cellules de reclassement » - offriront à d’autres éjectés (Moulinex, Cellatex, Bata, Levi’s…) le droit de boire un café tiède avant d’échouer à l’ANPE. L’air de rien, tu inaugures la voie royale qui mène de la CFDT au Medef, de la troisième gauche à l’ultra-droite, des licenciements aux licenciements.

Cher Jean-Pierre, dans un rapport commandé en mars 2000 par ton patron de l’époque, Lionel Jospin, tu observais que « la réduction des effectifs fait figure de “décision particulièrement rentable”, dans la mesure où elle permet de diminuer les coûts assez rapidement, pour un montant relativement faible ». C’est le bon côté des choses : un petit plan social rien que pour toi, ça coûterait pas cher et rapporterait gros. Et si tu veux te reclasser une dernière fois, on est au moins deux millions de chômeurs à pouvoir t’arranger ça.

Publié dans CQFD n° 4, septembre 2003






>Réagir<

PARLE À MON CUL MA TÊTE EST MALADE
| 8 novembre 2007 |
Puis-je savoir pour quelles raisons, l’auteur n’a pas pris la peine de signer son papier ? > PARLE À MON CUL MA TÊTE EST MALADE
wira | 12 février 2005 |
Excellent Divertissement de Langage .Digne d’en déranger la MAJUSCULE..mais ..koikesss çà sert ? Faites-en donc un Book qu’On s’en paie une tranche …Planétaire .Ne laissez pas moisir autant de talent verbal dans les néants de ces écrans ou papier journal finissant à la poubelle au final. Hum ? . > PARLE À MON CUL MA TÊTE EST MALADE
remi plume | 4 décembre 2004 |
Je ne compends pas ce que vous avez contre ce brave Jean-Pierre. Il va organiser la misère et la précarité - c’est plutôt rassurant de savoir que tout se fera dans l’ordre et que ça permettra à Jean-Pierre de gagner sa croûte. Vous ne voudriez quand même pas qu’il partage sa paye avec tous ces chômeurs, SDF, immigrés… Il y en a trop et malgré toute sa bonne volonté, il risquerait d’oublier quelqu’un… et ça ferait désordre.
 

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