Accueil
Du même auteur :
Sommaire du N°074
NUMEROS PRÉCÉDENTS
THÈMES
- Armement
- Guerres
- Chômage
- Foulard et laïcité
- Faux amis
- Genres
- Exils et expulsions
- Luttes sociales
- Médias
- Patrons
- Science contre capital
- Sécuritaire
- Musique
- Livres
- Chroniques
- A l’arrach’
- Ecologie
- Chronique carcérale
- Santé
- Dessins
- Anthologie
- Courrier des lecteurs
- Fascisme

CQFD N°074


CHRONIQUE DE GUERRE

DE L’UTILITÉ DU FAIT DIVERS

Mis à jour le :16 février 2010. Auteur : François Maliet.


Il y a le bon fait divers, et le mauvais. Attention, l’un et l’autre sont tout aussi craignos, mais seul le premier permet d’élargir le propos aux obsessions sécuritaires de nos dirigeants. Le média de marché a ceci de comique, c’est qu’il rechigne à emboîter le pas au grand débat sur l’identité nationale mais, dès qu’un évènement permet de jeter l’opprobre sur les populations d’outre-périphérique, il se rue dessus comme la BAC sur une cage d’escalier trop populeuse. Le dimanche 13 décembre, dans le quartier Mermoz, à Lyon, le petit Amar, un minot de 12 ans,a été tué par balle. Un délirant règlement de comptes au fusil-mitrailleur,v enu conclure une bête altercation entre jeunes, est à l’origine de sa mort. Selon les enquêteurs, les tireurs viendraient de Vaulx-en-Velin, « banlieue sensible de l’Est lyonnais ». Le fait divers est sordide, et le média de marché dans la place : « “Mais des armes, il y en a partout”, estime Nordine, 43 ans, un ancien trafiquant et un bon connaisseur de ces quartiers », lisait-on dans Libération du 18 décembre. Pour sa part, le sinistre Brice de l’Intérieur s’est rendu illico dans la cité des Gaules, où il a déploré une « augmentation préoccupante du port d’armes prohibées ». Soigneusement exploité, ce terrible évènement fait apparaître une hypothétique armée de djeunes, sûrement à casquette à l’envers, sûrement pas bien blancs, bardés de Kalach’ et de lance-roquettes, fomentant on ne sait quels méfaits dans des caves d’immeubles délabrés. Mais il faut bien admettre qu’il est dans le vrai, le Nordine de Libé : des armes, il y en a partout. Même dans nos campagnes, où elles peuvent aussi engendrer du fait divers. Mais l’autre, le mauvais, celui dont on parle peu, car inutile au tout répressif gouvernemental. Et puis, au village, un coup de fusil de chasse, c’est un peu comme le baston du baloche le samedi soir : ça fait partie du folklore.

À Lavaur, dans le Tarn, quelques heures après la mort du petit Amar, Jonathan Lavignasse, 17 ans, passait de vie à trépas. Trois jours plus tôt, avec son complice, ils avaient scié les barreaux d’une fenêtre d’un bar-tabac. Le taulier du troquet avait prévenu les gendarmes sans pour autant réparer sa grille, préférant tendre une ficelle en travers de la pièce, entre deux chaises, et passer ses nuits dans la réserve, sur un lit de camp, avec son arme à ses côtés… Lorsque les deux ados sont revenus terminer le travail, et embarquer leur mirifique butin – quelques bouteilles d’alcool, des paquets de clopes – le patron était là. Sans sommation, à hauteur d’homme, il a tiré un coup de chevrotine. Jonathan, un gamin du cru, aîné d’Amar de tout juste cinq ans, a pris la décharge en pleine poitrine. Le proprio a alors fait feu sur le second larron, de 17 ans lui aussi, qui fort heureusement a pu prendre la poudre d’escampette. Le roi de la bastos, mis en examen pour meurtre et tentative de meurtre, a été libéré dix jours plus tard, pour Noël, et sans contrôle judiciaire…

« Nous allons nous occuper de ces bandes cette année.Nous devons repenser notre politique en ce domaine et adopter des mesures sévères pour combattre la possession et l’utilisation d’armes à feu par des voyous. […] Le projet de loi antibandes sera voté par le Parlement dans les jours prochains », annonçait Nicolas Sarkozy le 1er janvier dernier en faisant référence au drame de Lyon. Et un projet de loi contre les as de la gâchette qui défendent leur propriété privée à grands coups de pierre tombale ? Le chef de l’État n’en a pipé mot…

Publié dans CQFD n°74, janvier 2010.






>Réagir<

 

Les articles et les archives de CQFD sont libres d'accès sur ce site. Néanmoins le journal n'existe que grâce aux ventes en kiosque et aux abonnements.
SANS PAPIER, PAS D'OCTETS !
Âmes généreuses, vous pouvez aussi, effectuer un don en ligne pour le journal,
merci à vous !


| Site réalisé sous SPIP avec des logiciels libres (GNU) par : Juan Rodriguez et Gilles Klein |