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CQFD N°074


RAGE DEDANS

POWER TO THE PEOPLE !

Mis à jour le :16 février 2010. Auteur : Sébastien Fontenelle.


L’autre jour, Philippe Val, big bossde France Inter, a déclaré comme ça que « France Inter est une radio qui coûte cher à » son « actionnaire, qui n’est pourtant pas très bien traité par la station ». Comme l’ont presque aussitôt relevé d’impertinents syndicalistes maison : Val, par ces mots, a très fort donné l’impression de confondre l’actionnaire de France Inter, c’est-à-dire les auditeurs et les Françai(se)s en général, et le sien propre, à savoir : le pouvoir qui l’a nommé. Les salarié(e)s de France Inter en ont immédiatement conçu de l’inquiétude, car il est de notoriété publique, depuis de si longues années que la mémoire, bientôt, s’en perdra, que Val est sans pitié, avec les salarié(e)s qui ont l’effronterie de n’être pas suffisamment caressant(e)s avec leur(s) actionnaire(s).

Du temps qu’il big bossait à Charlie Hebdo, Val s’était en effet offusqué, fauverie patronale ordinaire, de ce que Serge Halimi, salarié du Monde diplomatique, ait osé moquer publiquement Le Monde,quotidien vespéral de la dominance libérale et actionnaire principal du Monde diplomatique. Du point de vue de Val : Serge Halimi aurait dû démissionner, après ce crime de lèse-actionnaire, plutôt que de se comporter en, je cite, « parasite dans la charpente » du Monde. Un(e) salarié(e) ? Ça ferme sa toute petite gueule, ou ça démissionne, avait en somme théorisé Val. (En passant : le big bossde Charlie Hebdo avait imputé à Serge Halimi une furieuse envie de faire alliance avec des « islamistes ». Cette accusation, délirante, ne reposait naturellement sur aucun embryon de commencement de début de preuve. Mais elle confirmait l’attachement de Val à une admirable religion du fait avéré.)

Donc : les salarié(e)s de France Inter ont salement flippé, quand leur nouveau big boss a déclaré comme ça que l’actionnaire de France Inter étaitmal traité à l’antenne de France Inter. On te rappelle quand même, lui ont-ils fait remarquer, que l’actionnaire de France Inter n’est pas (du tout), comme tu as l’air de sottement le supposer, la rugueuse droite régimaire qui t’a si gentiment promu à la big bosserie de France Inter (et qui, plus généralement, étend sur nos vies sa glauque emprise), mais bien, plutôt, le bon peuple dont les impôts financent Radio France, et qui par conséquent t’émolume. (Et qui dès lors pourrait donc, en théorie, te lourder velu, si tu l’incommodais avec trop de persévérance.) Mais bien sûr, que notre actionnaire est le bon peuple,a aussitôt répondu Val : c’est bien c’que j’voulais dire, voyons. Val a donc été mal compris.

Ce n’est pas la première fois que pareille mésaventure lui arrive : quand il y a quelques années il a traité les gens de France- Palestine de « connards » antisémites, d’aucun(e)s avaient supposé qu’il s’agissaitd’une mise en cause, vaguement dégueulasse, des gens de France-Palestine. Pas du tout, avait alors expliqué Val : quand je dis que les gens de France-Palestine sont des connards, il ne s’agit évidemment pas des gens de France-Palestine – et cette lumineuse mise au point avait bien sûr rassuré tout le monde. Là, c’est pareil : tout le monde a maintenant compris que dans l’esprit de Val, l’actionnaire de France Inter n’est pas du tout l’époux de son amie Carla B., mais le bon peuple de France. Val juge donc que France Inter maltraite le peuple français : je dois dire que plus j’entends Demorand, plus je suis, pour une fois, entièrement d’accord avec Val.

Article publié dans CQFD n°74, janvier 2010.






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