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CQFD N°074


MÉDIAS

RADIOS LIBRES NOT DEAD

Mis à jour le :16 février 2010. Auteur : Juliette Volcler.

En 1981, chacun voulait avoir son antenne pour faire entendre sa bonne parole musicale, politique ou simplement délirante. Aujourd’hui, le rouleau compresseur du « Saint Marché » entend bien ramener les dernières brebis égarées dans le droit chemin commercial.

ROS TEMPS pour les radios associatives de la région marseillaise : en quelques mois, trois appels à soutien se sont succédé, ceux de Radio Galère, Radio Zinzine et Radio Gazelle. Les situations diffèrent, mais elles sont représentatives des radios dites “de catégorie A”, les radios associatives non commerciales. Non commerciales, toutes ne le sont pas stricto sensu parmi les quelque 500 stations de cette catégorie : l’État, pressé de réduire ses subventions et de prôner le libre marché, les autorise en effet à avoir 20 % de revenus publicitaires dans leur budget. Bon nombre, par conviction ou par facilité, se laissent tenter,mais les annonceurs ne se précipitent pas. Radio Gazelle est de celles-là : radio communautaire, elle a retrouvé son 98 MHz marseillais en août dernier,après en avoir été privée pendant plusieurs mois par une bataille avec sa tutelle, le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), qui s’était, entre autres délicatesses, allègrement assis sur la part de fréquences réservée aux radios A pour privilégier le relais local d’une antenne commerciale.

Radio Galère, depuis le 88.4 MHz à Marseille,compte parmi les quelques résistantes qui se revendiquent du mouvement des radios libres et qui ne transigent pas avec la pub : 0%. Et pas plus de financements d’organisations politiques ou de mouvements religieux. Après 30 ans de navigation, la Galère militante a appris à composer avec une précarité associative soigneusement entretenue. La radio, ça ne coûte rien à l’auditeur, c’est assez rare pour être férocement défendu – mais une antenne qui tourne 24 heures sur 24, c’est loin d’être gratuit : alors les émissions cotisent, et surtout on fait appel aux financements publics. Depuis plusieurs années, ils n’ont pas évolué d’un iota – pas d’ajustement à l’inflation dans le secteur associatif, et tant pis si autour tout augmente, des frais de diffusion aux charges d’occupation d’un local dans un espace culturel, la Friche de la Belle de Mai, en pleine mutation. Pour ce qui est du principal financeur des radios de catégorie A, le Fonds de soutien à l’expression radiophonique (FSER), créé dans les années 1980 pour garantir l’existence de radios à but non lucratif, la tendance serait même plutôt à la baisse : rien de flagrant, on se contente simplement de compliquer les critères d’attribution des subventions, et de demander de plus en plus d’attestations, de preuves, de pièces.Dans la Galère comme ailleurs, on a appris à faire avec des bouts de ficelle et le budget, bon an mal an, s’équilibre –mais c’est la trésorerie qui peine à suivre, entre les retards de subventions et les agios qui s’accumulent à la banque pour avancer salaires et autres frais techniques. Alors on réfléchit à des formes d’autofinancement, via des concerts de soutien [1] ou des emprunts solidaires pour franchir les caps difficiles, comme en ce moment [2].

Pour l’antenne aixoise de Radio Zinzine,la situation est plus que critique : 70 % de ses subventions sont purement et simplement passées à l’as en 2009. Le studio principal de cette radio anarcho-bucolique, comme elle se définit, se trouve à Forcalquier. Le pays étant vallonné, il lui faut de multiples fréquences pour couvrir une zone conséquente. Depuis 1997, elle a sa place à Aix sur le 88.1, où elle libère une plage de 4 heures quotidiennes pour les associations aixoises, qui n’ont guère, dans un environnement politique local pas franchement très à gauche, d’autre radio libre où s’exprimer. Seulement voilà, dès 2007, le CSA a subitement considéré que ces 4 heures n’avaient rien de spécifique et que le studio d’Aix ne faisait que rediffuser celui de Forcalquier. Fin 2009, il s’est finalement ravisé. Mais en attendant, le financement du FSER a été suspendu pendant 2 ans, et l’unique salarié, qui assure le suivi technique et la formation des bénévoles, n’a qu’à s’arranger sans revenus. Pour compléter le tableau, le conseil général, qui avait gentiment consenti à l’installation gracieuse dans un de ses locaux de Zinzine Aix, voudrait reprendre le lieu, sans solution alternative. Comme à Radio Galère, la pub n’est pas envisageable, alors on organise des soirées de soutien [3], on fait appel aux dons des auditeurs, et on invente d’autres manières de récolter des fonds,comme la vente du journal de Zinzine, L’Ire des Chênaies, ou celle, bientôt, de sérigraphies d’Ernest Pignon-Ernest [4].

Le temps où les radios libres leur ont arraché le droit de faire pleinement partie du paysage médiatique étant fort lointain, les pouvoirs publics les verraient bien domestiquées, et rentables maintenant. Mais quelques-unes s’acharnent à se donner d’autres objectifs. Elles sont là, et elles y restent. Qu’on se le dise, et qu’on le diffuse.

Article publié dans CQFD n°74, janvier 2010.


[1] Rdv le 30 janvier à l’Équitable Café de Marseille.

[2] Appel à souscriptions sur www.radiogalere.org.

[3] Comme le 2 février au théâtre Toursky (Marseille toujours).

[4] Infos et abos sur www.radiozinzine.org, pétition sur http://radiozinzineaix.free.fr.





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