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CQFD N°074


LES VIEUX DOSSIERS DE GILLES

LA COMMUNE DE SCHWARZENBERG

Mis à jour le :17 février 2010. Auteur : Gilles Lucas.


AI 1945 : alors que d’Est en Ouest Américains et Soviétiques occupent et se partagent le territoire allemand, une zone du Sud de la Saxe, dans la région des monts Métallifères,semble, dans la confusion, avoir été oubliée. Une partie de la population crée alors des comités d’action antifasciste (CAA), qui prennent en main l’organisation de ce territoire, renouant avec les aspirations communistes et socialistes de cette région où,jusqu’en 1925, le parti nazi avait été interdit. Vingt et une localités vont pendant six semaines tenter un mode inédit d’auto-organisation.

Le 12 mai, la mairie de Schwarzenberg est occupée par une centaine d’ouvriers qui désignent des représentants. Nombres d’entre eux, membres ou sympathisants du SPD (Parti socialiste), du KPD (Parti communiste) ou du KJVD (Jeunesses communistes), viennent d’être libérés du camp de concentration de Zschorlau, tout proche. Une des premières mesures va être la création d’une « police auxiliaire antifasciste », dont la tâche sera d’assurer l’approvisionnement et la distribution de la nourriture dans cette ambiance de destruction et de survie désespérée où rôdent anciens nazis et accaparateurs en tout genre. Dans la nuit, le chef local de la Gestapo est arrêté. Deux jours plus tard, Martin Mutschmann, délirant gouverneur de Saxe, est capturé et exposé devant la population de Annaberg,a vant d’être remis aux Soviétiques. À Aue, « l’organisation antifasciste de l’éducation  » appelle « les employés et artisans, les professions intellectuelles ou manuelles, et quelle que soit leur confession religieuse à se rassembler et à s’entraider ». Le Conseil de Schwarzenberg imprime de nouveaux timbres par-dessus les anciens à l’effigie du Führer. Les rues retrouvent leurs noms d’avant le nazisme.

Le CAA de Raschau publie une affiche : « Résidents de Raschau ! Le pouvoir des nazis fondé sur la haine s’est effondré. C’est maintenant à nous de nous gérer nous-mêmes. » « L’appel à la population de Schwarzenberg », daté du 16 mai, précise les mesures indispensables à la survie de la population en regard de l’état général de délabrement sanitaire et alimentaire  : « La vente d’aliments sans autorisation est interdite. Celui qui se rend coupable de pillage sera fusillé. Les aliments et vêtements sont réquisitionnés et destinés à une utilisation quotidienne. Les réquisitions à titre personnel sont interdites. Les coupes sauvages de bois sont interdites… » Dans un « Avis » du même jour, il est précisé que « tout ce qui a appartenu au parti nazi et à ses organisations affiliées revient à la collectivité.Toute personne ayant reçu un objet d’un membre du parti nazi doit immédiatement le remettre. » Selon des documents de l’époque, les CAA réussissent à garantir un pain par jour pour chaque résident. Certains comités négocient avec les vainqueurs, restés à distance, l’achat de céréales et de pommes de terres, payés avec de l’argent fabriqué dans la zone, et curieusement accepté par ces fournisseurs militaires. Le 25, les CAA appellent à respecter les champs et les cultures. Le 6 juin, on relance l’extraction de charbon dans les mines avoisinantes. Le 13 du même mois, les véhicules sont réquisitionnés,alors que des troupes soviétiques se mettent en mouvement en direction de cette région indépendante, qu’elles occupent quelques jours plus tard. La première mesure du commandant soviétique va être la dissolution immédiate de tous les comités.

En 1984, Stefan Heym – écrivain allemand ayant fui le nazisme en 1933 pour rejoindre les États-Unis qu’il quitte à nouveau au moment du maccarthysme pour s’installer finalement en RDA– publie un récit romancé de cette tentative. Titre du roman : Schwarzenberg. Pour cet auteur, à l’époque en conflit ouvert avec la ligne du parti communiste, ce roman sera l’occasion de nommer les trahisons commises depuis 1945 envers les aspirations démocratiques et socialistes. Histoire de rappeler que la « voie spécifique allemande vers le socialisme » n’a pas grand-chose à voir avec « la concentration féodale du pouvoir entre les mains d’un dignitaire, les privilèges de cadres, les exactions de la police secrète et l’insupportable limitation des libertés individuelles  [1] ».

Article publié dans CQFD n°74, janvier 2010.


[1] In Au nom de Goethe : hommage à Gérard Stieg, Marc Lacheny et Jean-François Laplénie, éd. l’Harmattan, 2009.





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