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CQFD N°011


Chronique d’un barbare

Greffier, inscrivez !

Mis à jour le :15 avril 2004. Auteur : Hamé (La Rumeur).


Le rendez-vous est pris. Le 12 novembre 2004, j’aurai l’insigne privilège d’exposer ma vision de la police française aux magistrats de la 17e chambre correctionnelle du TGI de Paris. On le sait, l’issue de ce procès me pend au tarin comme un ultime avis de recouvrement du Trésor public, et comporte presque autant de suspens qu’un match qui opposerait le Real de Madrid au Football club de l’amicale portugaise d’Argenteuil… La comparaison est à peine exagérée et le rapport de force tout aussi équilibré [1]. À ma décharge, une dizaine de précieux témoins et la plaidoirie d’un avocat sachant serpenter le droit comme un vieux loup de mer en eau profonde. À charge, le rouleau compresseur d’une institution hors d’atteinte ! La plainte du ministère de l’Intérieur offre donc, en plus de quelques sueurs froides à mon carnet de chèques, le doux sentiment que la liberté d’expression demeure ce « bon fait du prince, accordé à celui qui n’en fait pas grand-chose [2] ». À l’instar des poursuites contre les militants de l’association Bouge qui Bouge [3], la démonstration risque une nouvelle fois d’être des plus limpides : dénoncer publiquement les crimes policiers est une hérésie coûteuse qui de toutes les façons ne nous est pas permise. À nous qui, si j’en crois TF1 et Le Point, « déterritorialisons » la civilisation républicaine. Gageons que les derniers 70 % d’opinions favorables au petit Nicolas n’arrangeront rien à notre cas. Dans un tel contexte politico-idéologique, délétère et fascisant, la place au banc des accusés revêt un caractère honorifique qu’il convient d’assumer… par la rupture ! Rompre d’abord avec les précieux conseils qu’ont cru bon de me suggérer quelques âmes bienveillantes depuis les bureaux feutrés de ma maison de disque, à l’heure où Sarkozy déposait plainte : « Tiens-en-toi à la liberté d’expression, ne te lance pas dans un débat politique… On te paie un avocat et tu nous laisses faire. » Rompre !!

« On te paie un avocat et tu nous laisses faire »

Rompre une bonne fois pour toutes avec les lamentos de l’honnête contribuable éploré face à son créancier. Rompre avec cette putain chaste qu’on appelle Pitié ou Clémence, avec ces mot creux qu’on nous jette au visage comme des grains d’avoine : intégration, citoyenneté, mérite. Rompre avec l’idée que se font de nos vies les porcs qui nous piétinent et les ventres repus qui leur en donnent l’ordre ou la bénédiction. Rompre !! Rompre et renouer avec le dévouement à nos colères. Comme un devoir de haine. La haine de ce qui nous tue à petit feu ou par « le sort » d’une balle partie « accidentellement ». De ces balles qui n’envoient qu’à de très rares exceptions leurs expéditeurs derrière des barreaux ; de ces balles que recevaient déjà en pleine poitrine les bergers sans terre de l’Algérie des années 20, les manifestants de juillet 1953 [4] ou d’octobre 1961, et dont les faciès ressemblaient assez curieusement à ceux des victimes actuelles. Rompre !! Rompre avec les histoires de chasse relatées par les chasseurs, et convoquer à la barre la mémoire des lions [5]. En particulier celle qui, couvrant les trois dernières décennies de l’Hexagone, révèle le sinistre champ de cadavres inscrits au compte de la « légitime panique » tricolore. La seule année 2003 a déjà pourvu son lot de stèles d’une dizaine de « cas de blessures mortelles ». Rompre comme on rompt le cou des mythes post-coloniaux et la légitimation qu’ils apportent à bien des violences institutionnelles. Violences qu’on ne qualifiera jamais d’illégitimes car, c’est bien connu, « l’État, et l’État seul, a le monopole de la violence légitime », comme disait mon prof d’instruction civique de 3e. Rompre !! Jusqu’au dernier chargeur. Jusqu’à la dernière rime. Jusqu’à en puer de la gueule. Jusqu’à ce qu’un nouveau rapport de forces ordonne à la peur de changer de camps. C’est donc animé des plus belles intentions à l’égard du genre humain sans képi ni portefeuille ministériel que je me présenterai au juge chargé de me faire passer l’envie « de porter atteinte à l’honneur de la police ». Pour l’heure, « sur le monde envahi de tant de muselières, dans le Paris des chiens je vais l’âme légère !  [6] ».

Hamé (La Rumeur)

Publié dans CQFD n°11, avril 2004.


[1] À propos de la plainte en diffamation du ministère de l’Intérieur, lire CQFD n° 2.

[2] Ça doit être de Diderot, je crois… enfin, un célèbre crooner en tous cas.

[3] Poursuivis et condamnés en 2003 pour avoir édité un tract intitulé « La police tue encore, la justice couvre toujours ». Ce tract fut rédigé après la mort d’un des leurs, Mohamed Berrichi, au cours d’une course poursuite avec la BAC de Dammarie-les-Lys.

[4] Le 14 juillet 1953, place de la Nation à Paris, la police tire sur un cortège de manifestants algériens indépendantistes du MTLD. Bilan : six morts (six jeunes ouvriers algériens et un métallurgiste français).

[5] Référence à un vieux proverbe africain qui dit que « tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les récits de chasse glorifieront le chasseur ».

[6] Léo Ferré, La Violence et l’Ennui.





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Greffier, inscrivez !
BR | 12 mars 2006 | http://lemaquis.vip-blog.com/
Pas de justice, pas de paix…………. > Greffier, inscrivez !
Dovobo | 3 novembre 2004 | Artelio

Salut. Tout d’abord bravo pour « regain de tension’ », je me renoue direct au rap français avec ça, c’est ma plus grosse claque musicale depuis humm longtemps. Je découvre ce site par l’intermédiaire du site officiel de La Rumeur où - ça doit être de la faute à mon PC- je vois keudal des textes présentés. Je bosse pour un site d’art et de politique : Artelio ( Artelio.org), je suis très très très intéressé par La Rumeur, d’autant par le silence médiatique de cathédrale ( ah ya eu Radical quand même) qui vous écrase que par vos textes suraiguisés. Je voudrais donc parler de La Rumeur - bon bon, il s’agit d’un webzine, mais le bruit attire les oreilles- et parler de ses textes. Je ne sais pas à qui je m’adresse (peut-être serais-je lu par un des quatres gredins) mais, je souhaiterai vraiment les questionner voir, les rencontrer et, si quelqu’un du site peut me dire où et à qui il faut que je m’adresse, ce serait cool. Je cherche aussi des infos pour le procès, on peut y assister ? C’est à qu’elle heure, c’est où ce tribunal de mes deux ?

Bien à vous.

Dovobo.

 

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