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CQFD N°076


CHASSE AUX ROMS

FANTASMES À L’ANCIENNE

Mis à jour le :16 mars 2010. Auteur : François Maliet.

Il est de notoriété publique que les Roms sont, au mieux, de fieffés voleurs. Pour s’en débarrasser en toute légalité, il suffirait donc de lâcher à leurs trousses, et de concert, police nationale et presse locale. Mais, à Dijon, l’enquête à charge a lamentablement fait flop…

CES GENS à la culture pourtant millénaire sont, en notre siècle, organisés en une véritable société parallèle, gérée par des “patrons”qui organisent des “tours de manche”, frappent ceux qui ne rapportent pas assez, apprennent aux plus jeunes le vol et la ruse, esclavagisent leur peuple à l’échelle d’un continent, et s’enrichissent de la misère des leurs », prétend Gilles Dupont, un pissecopie à la pointe du journalisme d’investigation, dans le quotidien de Côte d’Or Le Bien public du 21 janvier dernier. « Ces gens », ce sont les Roms qui, si l’on en croit ces allégations de concierge, sont organisés en une véritable mafia à coup sûr tentaculaire. Dans l’édition du 8 février, le piètre Albert Londres sauce moutarde insiste : « Chacun sait que ces ressortissants roumains ne sont pas de simples itinérants arrivés au hasard de leur exode à Dijon. Leurs arrivées et leurs départs sont planifiés par une organisation, qui les exploite et tire de grands profits de la mendicité ou des vols. » Les preuves de l’existence de cette « organisation » ? Nul besoin, voyons, puisque « chacun sait » !

Il y a donc « un problème Roms » dans la cité du socialiste François Rebsamen, où plusieurs familles roumaines ont élu domicile depuis quelques années. Le hic, c’est que ces mendiants fouineurs de poubelles ont l’inélégance de ternir l’image de la ville. Pour mettre fin aux agissements de ces indésirables, la maison poulaga s’est lancée à leurs trousses,mais il semblerait qu’elle ait fait un usage excessif de l’argument local en vogue, le fameux « chacun sait ».

En avril 2009, une dizaine de Roumains étaient arrêtés dont quatre placés séance tenante en préventive pour « escroquerie » à la CAF et à l’Assurance maladie, « recel » et « abus de faiblesse » à l’encontre de naïves grand-mères. Ces truands dignes de la Camorra napolitaine étaient enfin sous les verrous ! Profitant de ce climat de suspicion, la préfecture expulsa leurs squats dans la foulée.

« L’un a fait trois mois et demi de taule, deux autres quatre mois et le soi-disant chef du réseau mafieux a fait huit mois », détaille pour CQFD un membre de leur comité de soutien. Le passage par la case prison a pris fin et des non-lieux ont été prononcés en janvier par le juge d’instruction pour la grande majorité des inculpés. Il s’avère que l’escroquerie à la CAF n’est pas avérée. « Il n’y a pas fraude, explique leur avocate, maître Clemang. Via leurs assistantes sociales, ils ont déposé des dossiers d’allocations sociales sans avoir à se justifier de leur séjour car ils sont assimilés à des communautaires. » Si Roumains et Bulgares, petits derniers à avoir intégré l’Union européenne, ne peuvent effectivement prétendre à ces aides sociales, il existe une exception pour ceux qui ont ouvert des droits avant la mise en place de circulaires plus restrictives. Et c’est le cas de neuf des dix inculpés ! Quant à l’accusation d’« abus de faiblesse », elle reste d’actualité même si l’une des dames « escroquées » a écrit au juge pour démentir la version policière. « Les deux policiers qui sont venus chez moi un jour à l’improviste ont passé deux heures à essayer de me faire dire ce que je ne voulais pas dire. […] Moi, j’ai beau être âgée,je sais ce que je fais,je suis une maîtressefemme et ce jeune charmant ne se serait jamais permis de faire pression sur moi, je n’aurais pas admis. Juste, je n’accepte pas qu’on laisse des personnes vivre dans ces conditions et qu’on les accueille aussi mal », précise cette sympathique mamie à des membres du comité de soutien. La personne soupçonnée de l’avoir carottée a été libérée sous contrôle judiciaire.

Bilan : les quatre terribles mafieux embastillés en avril 2009 ont tous été libérés, ce malgré la participation active du Bien public et de son fidèle Gilles Dupont. Quant aux familles, elles ont trouvé refuge –provisoirement– dans un ancien bâtiment militaire du quartier du Petit-Creusot. Chacun devrait savoir que les peurs et les fantasmes ne suffisent pas toujours à engendrer le coupable idéal.

Article publié dans CQFD n°76, mars 2010.






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