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CQFD N°012


APRES LA VICTOIRE DES RECALCULES

ACHEVONS L’UNEDIC !

Mis à jour le :15 mai 2004. Auteur : Nicolas Arraitz.
ET CHôMONS PEINARDS

Elle fait plaisir à voir, la jubilation des recalculés marseillais. Pour un peu, on embrasserait leurs avocs, beaux comme des Emile Zola. Pour un peu, on donnerait l’accolade au barbu de la Cégète, beau comme un Saint-Just dans la fleur de l’âge… Voilà que les juges de Marseille nous donnent raison : les recalculés de l’Assedic ont le droit de manger ! Et déjà Borloo, le ministre délégué à la Bonté Divine, fait mine de reconnaître l’injustice et décrète la réintégration des radiés du 1er janvier (tiens ?, c’est lui qui gère l’Unedic ?). Mais l’injustice, il ne la voit que dans la forme, pas sur le fond : les prochains arrivés n’auront droit qu’à vingt-trois mois maximum. Pourtant, l’injustice n’est pas technique, mais bien dans le principe même de leur bordel. Alors, pour transformer cet essai, il faut abandonner le tiède discours légaliste et revendiquer haut et fort le plaisir de la vengeance. Lavons l’affront qui nous est fait journellement dans les files d’attente. Sabordons gaiement, sans minauderies larmoyantes, l’instrument qu’ils se sont donné pour nous humilier. Pas de pitié. L’Unedic, même si elle se nourrit de ce qu’on taxe à ceux qui bossent, ne nous appartient pas. Rappelons-nous : il n’y a pas si longtemps, la garce s’était retrouvée dans la peau d’une entreprise bénéficiaire. Trop de fric dans ses caisses ! Quelle horreur, ma sœur ! Et vous souvenez-vous de ce qu’on fit de cet excédent de blé, mes frères ? On le redistribua aux chômeurs ? Bien sûr que non, ils l’auraient bu au bar du coin, ces grosses feignasses ! Non, l’Unedic et sa bicéphalie médéfo-cédétiste s’empressèrent de gaver généreusement les patrons, sous prétexte d’encourager la création d’emplois. On connaît le résultat : le patron malin crée quelques emplois en CDD, empoche la subvention et débauche quelques mois plus tard. Si le chômage avait diminué grâce à cette mesure, ça se saurait… Mais pas l’ombre d’un poil de cul de mouche à merde d’autocritique de la part des inventeurs de cette cynique absurdité. Au contraire : l’Unedic a pris goût à la gestion d’entreprise et fait signer des contrats de retour à l’emploi (PARE) aux chômeurs, histoire de les faire ployer sous la fatalité du travail même quand ils sont inemployés. Ensuite, à la faveur de cette espèce d’état d’exception qu’a provoqué l’entourloupe républicaine de mai 2002, on licencie, pardon, on dégraisse, pardon, on recalcule à tour de bras. Et un beau matin de 1er janvier 2004, on hurle avec les loups, on dépèce à belles dents quelque 800 000 brebis faméliques qu’on était censé protéger. Les gérants de la Grande Casse antisociale se frottent les mains : on va économiser jusqu’à l’existence même de ces ex-larbins déclassés. D’un coup de plume, on les raye de la carte. N’en parlons plus. Ni vus, ni connus, ces perdants n’ont jamais existé.

Seulement voilà, chassez la réalité et elle revient au pas de charge. Le but marqué à Marseille ne sera effectif que si nous ne nous contentons pas d’un réajustement technique de dernière minute. C’est le principe même d’une limite des indemnisations qui est injuste. Comme si le chômage c’était la faute aux chômeurs ! Il ne faut pas se battre toujours sur le terrain favorable à l’ennemi. Et encore moins le dos au mur, à défendre des acquis qui, la veille encore, ne nous satisfaisaient pas. Souvenons-nous que ces acquis ont été lâchés dans des circonstances historiques particulières, quand ils avaient peur de nous. Dans un marchandage, il faut toujours placer la barre le plus haut possible (demandez au Medef…). Et dans cette bagarre, contrairement à ce que font croire la gauche et Attac, l’État n’est pas notre allié. Il serait stupide et dangereux de rêver d’un retour à « l’âge d’or » de l’après-guerre (à moins que nous soyons prêts à refaire l’expérience de l’occupation nazie et de la résistance…). Leur projet d’anéantissement des acquis sociaux ne vise pas à affaiblir l’État face au Marché, mais à mieux les unir dans leur guerre contre le lien social (et non contre l’intelligence, comme le croient les intelligents professionnels émargeant aux Inrocks). Juppé, Papon, Chirac, Le Floch-Prigent… Tous ces grands malades à immunité systématique nous montrent la voie : soyons fous, exigeons l’impossible et vivons tous aux frais de la princesse ! Et si un jour la princesse en a sa claque d’être mise au tapin par cette bande de sinistres maquereaux, elle reconnaîtra en nous non pas des ennemis, mais des explorateurs. Parce que nous, princesse, on t’aime pour de bon ! Ensemble, nous saurons dilapider les richesses avec bien plus de panache que ces tocards, parce que nous n’avons pas perdu le sens du partage. Nos 14-Juillet ne serons plus témoins de mornes défilés de Gardes Suisses montés sur char d’assaut, mais de la destruction d’au moins une Bastille par an. Comme dit si bien la Française des Jeux, « celui qui joue pas, il gagnera jamais ». Alors jouons, princesse. Jouons à vivre peinards. Jouons à leur faire peur. Jouons.

Nicolas Arraitz

Publié dans CQFD N°12, mai 2004.






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