ES TALIBANS ne manqueront ni d’armes ni de munitions,
leurs ennemis se chargent de leur en fournir. Les désertions
chroniques des flics et soldats, les vols dans les
dépôts officiels,combinés à la corruption généralisée de
la base jusqu’au sommet du gouvernement Karzaï, font de l’aide
militaire de l’Otan à Kaboul une source intarissable d’approvisionnement
pour les insurgés islamistes. Entre 2002 et 2008,
on a perdu la trace de 87000 armes légères données par les
États-Unis et de 135000 fournies par les autres pays de l’Otan.
Le fait qu’elles se retrouvent entre les mains des Talibans ou sur
les étals des marchés aux armes du Pakistan prouve qu’elles ne
sont pas perdues pour tout le monde. La diversification de l’offre
commence à modifier le comportement des consommateurs.
Jusqu’alors, les armes russes avaient leur préférence, maintenant
se payer un flingue américain devient tendance. Le marché
noir pakistanais s’adaptant aux nouveaux goûts de la clientèle
propose du made in USA : Smith&Wesson, M-4, M-16, lunettes
infrarouges,lasers de visée. Best seller des souks de Peshawar, le
M-4 se marchande autour de 500 000 roupies pakistanaises,
avec tous ses accessoires il peut atteindre le double. Il y en a pour
toutes les bourses, les hard-discounteurs important des imitations
chinoises qu’ils vendent à bas prix aux ringards qui ne peuvent
pas s’offrir de la marque. Les Occidentaux n’ont apporté
à l’Afghanistan ni la démocratie ni la prospérité promises,mais
ils sont en bonne voie de lui faire connaître les joies de la société
de consommation. Le bilan est globalement positif, comme on
disait du temps de Brejnev.
Article publié dans CQFD n°76, mars 2010.