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CQFD N°076


SIEMENS DÉSERTE LA LOIRE

LE CADRE SE REBIFFE

Mis à jour le :20 avril 2010. Auteur : Christophe Goby.

Saint-Chamond, dans la vallée du Gier, est une ville du passé. La sidérurgie y vit ses derniers jours, provoquant une révolte de plus. À une différence près : ici, ce sont des cadres qui séquestrent leur hiérarchie. Le 1er mars, nous étions sur le site de Siemens dans la Loire.

AINT-CHAMOND SEMBLE ÉPINGLÉ par cette autoroute qui cingle le paysage. À la radio, Christian Estrosi menace : « Il ne peut pas y avoir de négociation dans la violence. Partout où nous avons trouvé des solutions, c’est parce qu’on n’a pas utilisé la violence. » Le centre du bourg conserve encore quelques troquets serrés autour de l’église. Ici, c’était « les laminoirs, les lignes, la tôle », tout ce qui fait la fierté de David, qui nous offre un café. Le bâtiment est comme l’époque : d’avant. En face, il y a ceux de Giat industries, fermés depuis quatre ans. Reste le goudron cloqué par les flammes de quelques pneus cramés et une centaine d’hommes qui tiennent le pavé et retiennent deux dirigeants de l’entreprise depuis hier, depuis que « le patron n’est même pas venu à la dernière réunion ». Une discourtoisie qui contredit les slogans publicitaires de Siemens. Alors ces Couramiauds –habitants de Saint-Chamond–, qui ont paraît-il pour tradition de brûler un chat pendant le carnaval, ont commencé cette année par des palettes.

David, responsable de propositions à Siemens – « Je fais les devis, quoi ! » –, rappelle à CQFD que le mouvement a commencé en août 2009 avec des happenings pacifiques à Paris, à Lyon et ici, où ils se sont affublés de masques. La chorale des Siemens Singers interprète « Paroles, paroles » sur son blog. Lassés, ils se sont résolus à frapper plus fort, mais à regret : « Comment retravailler avec des gens que vous avez séquestrés, la DRH et le directeur administratif et financier ? » Ceux-là n’ont pas trop souffert, dit-on. Ce soir, ils sont libres. À croire que les multinationales les forment à ce genre de situation, désormais. Après le saut à l’élastique, « la négo séquestrée  ». André Moulin, endimanché d’un bonnet rouge à la commandant Cousteau, se jette sur un huissier pour le faire déguerpir. Pour ce conseiller municipal et militant de Lutte ouvrière, « la population est fataliste, il nous reste l’hôpital et la mairie comme employeurs. » André a subi dix restructurations dans sa vie et, « après les grandes bagarres de Longwy, on a obtenu le départ à 50 ans ». Longwy, en 1979, ne fut pas un conflit pacifique.

L’entreprise a beaucoup embauché les quatre dernières années et les cols blancs sont venus de Lyon ou Saint-Étienne pour bosser dans ce bureau d’études. Si certains jeunes sont déjà partis en Chine, Bastien est encore là, c’est son premier conflit social, et il dénonce « une direction sourde ». Le même jour, on peut lire sur lefigaro.fr : « La direction se félicite que le dialogue ait repris entre les deux parties » Un conseiller général socialiste, habillé comme un marquis, s’insurge à l’écoute d’Estrosi : « Licencier 300 personnes, ce n’est pas de la violence ? » et ajoute « qu’avec les plans de l’État, ce sont les gens qui financent leur propre travail, c’est scandaleux ! » Il prophétise que la direction reculera sur les primes, mais pas sur la pérennisation du site. Un incident émaille les discussions, assez vives : un des salariés vient de lire sur le site du Figaro qu’on leur proposerait 83 000 euros ! Hors de lui, il se précipite sur l’attachée de presse de Siemens, accusée d’appartenir au journal de Serge Dassault. Les cadres fustigent la donzelle, qui doit s’enfuir sous les quolibets. Toujours sur le site dudit journal, la Bourse de Francfort se réjouit des résultats du groupe, « grâce à une bonne gestion des coûts ». Le groupe restructure, comme toutes les multinationales, sans se soucier des conséquences humaines. Il y a un mois, c’était la vallée de l’Ondaine qui connaissait une séquestration de cadres chez Akers. Aujourd’hui, ce sont les cadres qui séquestrent, pour obtenir un relèvement de leur prime supra-légale, un dividende exigé désormais par une main-d’œuvre échaudée. Romain, un jeune prof venu soutenir les bloqueurs, conclut joyeusement : « Les cadres sont parfois les plus enragés, on leur en a tant fait croire ! »

Article publié dans CQFD n°76, mars 2010.






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