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CQFD N°076


LES ENTRAILLES DE MADEMOISELLE

UN MÂLE POUR UN BIEN

Mis à jour le :21 avril 2010. Auteur : Mademoiselle.

En ce mois de journée de Lafâme, Mademoiselle voudrait avoir une pensée pour une femme en voie de disparition. Vous la connaissez certainement tous, elle s’appelle « la petite beurette qui va s’en sortir ». On la croise en général en BTS ou travaillant à obtenir une licence quelconque à l’université.

N L’A BEAUCOUP UTILISÉE celle-là, on trouvait qu’elle allait « les » tirer vers le haut. (« Les », c’était « les Maghrébins », les Arabes quoi, n’ayons pas peur des mots !). On l’aimait vraiment bien cette « petite beurette », elle marchait comme un produit de contraste lors d’un examen médical : grâce à elle, les tissus nécrosés qu’étaient ses frères ou ses cousins sautaient littéralement aux yeux ! Elle avait aussi une autre fonction capitale pour le mâle blanc : elle permettait de penser que seul le mâle basané était d’un tempérament pénible à vivre – puisque la beurette voulait visiblement et absolument lui échapper. Elle était donc bien pratique, sauf que, comme je vous le disais, elle est tombée en désuétude. Le drame s’est produit lorsque que ses études volontaristes ne l’ont conduite qu’à des contrats précaires de service à la personne ou d’hôtesse d’accueil en parfumerie – parce que la beurette a une beauté exotique très appréciée des clients. Pour cogner sur le vilain mâle de banlieue, dès lors, on a dû se contenter de dénoncer son caractère violent et inadapté, mais on sentait bien qu’il nous manquait un petit quelque chose. On a donc laissé la beurette se débrouiller avec son bac plus trois et ses rendez-vous à Pôle Emploi, et on est allé chercher sa cousine enfoulardée. Moins sexy, je vous l’accorde, mais c’était devenu compliqué avec « la beurette qui en veut », parce qu’elle commençait à devenir audacieuse, à s’exprimer, voire à revendiquer.

Alors on s’est dit que finalement, c’était un mâle pour un bien. Et on a eu raison, parce que tous ces foulards, ces voiles, cette explosion de religion, ça nous a libéré les mains sur tous les tableaux : ça occupe les médias, on remplit nos charters tranquillement, on flique en paix… Qu’est-ce qu’on est jouasse depuis qu’on voit que ça marche si bien ! On se lâche du coup ! Et ça passe, en plus ! Je te jure… On est allé jusqu’à dire qu’on était féministe ! Non mais tu te rends compte ? C’est énorme ! Tu nous vois à l’Assemblée, disant qu’il faut défendre le droit de LA Femme ? Ah oui, nous on dit LA femme, comme on dit LE Noir, L’Arabe ou LE pédé. On a quand même eu un léger problème avec certaines beurettes qui en veulent. Il nous en est resté sur les bras, figurez-vous. On ne savait pas quoi en faire et on pouvait pas toutes les coller à nettoyer le cul des vieux ou à vendre du parfum. Certaines avaient bac plus cinq et une carte au parti, ça se serait vu si on ne l’avait pas joué en finesse. C’est là qu’on a eu une idée de génie : on a collé nos restes de beurettes qui en veulent à la tête de la défense de leurs cousines enfoulardées. Là, on avait la totale ! Les têtes nues et les enfoulardées, unies contre les basanés archaïques. Et tout ça au nom de la libération de LA Femme. On est pas balèze, sérieusement ?

Article publié dans CQFD n°76, mars 2010.






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