EPUIS LE 1er JANVIER 2010, la vaccination des
troupeaux ovins et bovins contre la fièvre
catarrhale dite européenne (FCE) est devenue
obligatoire. « Une véritable épidémie ! », affirment
instances sanitaires, organismes agricoles et
ministères. Maladie contagieuse ? Le vecteur est un
moucheron, le culicoïde, qui transmet par piqûre l’agent
viral. Laboratoires, organismes agricoles, officines étatiques,
tout le monde admet qu’il n’y a aucun risque de
contamination entre animaux, et à plus forte raison
vers l’homme. Mais, en regard des 98 millions d’euros
engagés par l’État pour la campagne de vaccination
de 2010, destinés aux laboratoires [1], les propos de
Philippe Vannier, sous-directeur de l’Agence française
de sécurité sanitaire des aliments, sont de peu de poids.
Il affirme pourtant que, « après infection naturelle, la
durée de l’immunité est longue et dure plusieurs
années » [2]. De peu de poids également, l’inutilité avérée
des campagnes de vaccination pratiquées depuis des
dizaines d’années en Afrique du Sud et en Israël, qui
n’ont pas réussi à éradiquer la maladie. Sans parler de
cette extravagante volonté d’effacer purement et simplement
une espèce d’insecte…
Premiers contraints à cette obligation de vaccination,
les producteurs qui déplacent leurs bêtes à l’occasion
de prêt, de transhumance ou de mise en pension. « Pour l’estive, je change de département, explique Guy, berger
dans le Gard. Si mes brebis ne sont pas vaccinées, elles
n’ont pas d’autorisation de circulation. Et comme nous
tournons à plusieurs pour garder les troupeaux, mon
absence poserait de gros problèmes à tout le monde. »
Pour François, éleveur bovin en Auvergne, « en plus de
permettre quelques rentrées d’argent, prendre des animaux
en pension entretient les terres et les échanges avec
d’autres exploitants. Pour que des pensionnaires d’un
autre département puissent venir chez moi, j’ai dû faire
vacciner mes bêtes. » Sans compter le risque d’écoper de
750 euros d’amende par animal non vacciné.
Guy poursuit : « Cette maladie peut effectivement être
mortelle pour des bêtes déficientes. Mais, il faut savoir
que c’est dans les élevages intensifs où les troupeaux
vivent confinés, nourris avec des aliments artificiels et
shootés avec des gammes invraisemblables de produits,
que l’on trouve les animaux les plus fragilisés. » Une fois
encore, en plus des visées économiques, les diktats de
l’élevage industriel entraînent une mesure générale.
Constitués à travers toute la France, des « Collectifs
FCO [3] contre l’obligation de vacciner » réclament la
liberté de choix. Les arguments de ces refuseurs, ainsi
qu’ils se nomment, sont multiples. Ils certifient que la
maladie n’a disparu dans aucun pays où la vaccination
est pratiquée et que, au contraire, l’immunité naturelle acquise par des troupeaux non vaccinés est probante. Ils affirment que l’obligation de désinsectisation
entraîne de graves nuisances environnementales. Ils
rappellent que les vaccins contiennent des adjuvants
agressifs et allergisants tels que l’hydroxyde d’aluminium
et les sels de mercure. Ils invoquent l’existence de
thérapies homéopathiques pour les animaux infectés.
Ils renvoient à la tragi-comique vaccination contre le
virus H1N1, bâtie sur la peur et une prétendue sécurité
sanitaire. Et concluent que les 98 millions d’euros destinés
à la vaccination pourraient trouver une tout autre
destination pour le monde agricole.
Première riposte en vue des contrôles de gendarmerie,
le « Groupement de défense des refuseurs aux obligations
liées à la FCO » diffuse un vade-mecum où sont
précisées « quelques idées pour gérer la situation de hors-la-loi dans laquelle tu t’es mis(e)… Ne réponds pas à des propos menaçants. Ne perds pas ton calme. Essaie que
tes amis soient témoins si la police ou l’administration
vient chez toi. Prends cela comme un entraînement car
cela sera plus dur la prochaine fois, etc. » Le 16 février,
soutenues par la Confédération paysanne et l’UFC-Que
choisir, deux productrices ovines du Gers, convoquées
par un juge du tribunal d’Auch, se rendent à la direction
des Services sanitaires du département pour obtenir
quelques explications. Ailleurs, des paysans sont convoqués
en gendarmerie, comme dans la Haute-Saône,
l’Ille-et-Vilaine, l’Ardèche… Le 17 février, une manifestation
a lieu devant la direction des Services sanitaires
de la Vienne en réponse aux poursuites judiciaires
engagées contre trente-huit éleveurs du département.
Cerise sur le gâteau, la directrice de cette administration
affirme qu’« un protocole alternatif est possible »,
contraignant les paysans à payer des analyses régulières
et coûteuses sur leur troupeau afin de prouver
qu’il n’est pas contaminé…
Ce n’est donc pas la contamination qui doit être
démontrée,mais son absence. Pas plus que ce n’est aux
éleveurs de décider de vacciner leurs bêtes contre une
maladie non contaminante, mais c’est à ceux qui le
refusent de réclamer la liberté de choix. Quant à l’immunité
naturelle, ne relève-t-elle pas d’une conception
passéiste remontant à une époque où vaches et brebis
étaient encore des êtres vivants ?
Article publié dans CQFD n°76, mars 2010.