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CQFD N°078


FAUX AMI

INDIGNE, L’INDIGNATION ?

Mis à jour le :19 mai 2010. Auteur : Le bouledogue rouge.


Attention, ça va faire mal ! Avec Confessions d’une taupe à Pôle emploi, publié chez Calmann- Lévy, le nouveau système de gestion du marché des chômeurs n’a qu’à bien se tenir. L’auteur, qui s’est associé à une journaliste, sait de quoi il parle : il est conseiller dans une agence. D’entrée, il annonce la couleur, en guise d’exercice thérapeutique  : « Parce que je veux témoigner pour que les gens sachent. Raconter pour ne pas exploser en vol. » Et il envoie le bois : « L’emploi va mal, Pôle emploi ne se porte pas tellement mieux. Nous avons tous le sentiment que les réformes compliquent la situation. […] On a regroupé à la va-vite le placement –ANPE– et l’indemnisation –Assedic– en jurant la main sur le coeur que tout s’arrangerait. Ce n’est pas vrai, loin s’en faut. » Méchant ! Il continue : « Raconter […] parce que ce n’est plus possible d’entendre dire que si Pôle emploi va mal c’est seulement “la faute à la crise”. » Fichtre ! Et de décrire la pression que subissent les conseillers, le manque de formation, la souffrance que les multiples contrôles provoquent chez les demandeurs d’emploi (les DE !), le manque de matériel, l’état des installations, l’attitude de certains chefs… Il rappelle que le nouveau logo a coûté 500 000 euros et que 8 millions d’euros ont été claqués pour « moderniser » l’organigramme de cette usine à gaz. Il avoue que « entre nous, nous nous surnommons “les radiateurs”. […] Il faut avoir le courage de le dire, plus le taux de radiation est élevé, meilleure sera la réputation de l’agence. » Il ne cache pas que le nombre de radiations, transformé par l’effet d’une acrobatie sémantique en « désinscription », a un effet sur les primes. Et il conclut : « Je continue. Bien sûr. Lorsqu’on part, on ne liste pas ainsi tout ce qui ne va pas. On tourne les talons et on se tait. […] J’aime l’idée de préserver un maillon du lien social, y compris quand il se délite. » Super ! Mais comment ? Et puis, à qui profite ces « crimes » ? Qui les planifient ? Quels buts poursuivent-ils ? Les seuls bénéficiaires de la manipulation des chiffres du chômage seraient les dérisoires Sarkozy et Wauquiez (secrétaire d’État à l’Emploi), qui s’échineraient à tordre la réalité pour conserver leurs postes… On ferme le bouquin vaguement épuisé,comme au bout d’une sinistre balade dans un pays dévasté où le mépris et la souffrance que l’on subit poussent sur les arbres. Dénonciation ? Plutôt un roman noir dont plusieurs millions d’individus sont, isolément, les personnages. Un triste divertissement, objet parmi d’autres de la production culturelle, à ranger dans sa bibliothèque. Oser faire un pas en dehors des clous — et ici sur un sujet aussi vital — obligerait-il à ce style bon enfant et timide ? Devrait-on forcément limiter le propos à ces observations personnelles, en se gardant d’élargir le propos, sans doute pour ne pas apparaître « intolérant » et irrespectueux de la « diversité » ? Ici, ni colère, ni dégoût. «  L’homme tient pour intelligence l’usure de ces facultés d’indignation », ainsi que le disait Louis Scutenaire. Comme si le seul éclairage de la barbarie était suffisant pour la faire s’évanouir tel un ectoplasme ! Pourtant l’injustice n’est pas aussi désincarnée que l’auteur de cette Confession ne le laisse croire. La preuve : n’a-t-il pas jugé plus prudent de se cacher derrière un pseudonyme, afin de se protéger de chefs ou d’autorités tutélaires qui pourraient prendre ombrage de son témoignage ? Et à raison, sans aucun doute.

Article publié dans CQFD n°78, mai 2010, actuellement en kiosques






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