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CQFD N°077


JE VOUS ÉCRIS DE L’USINE

C’EST QUAND QU’ON FERME ?

Mis à jour le :24 juin 2010. Auteur : Jean-Pierre Levaray.


N JETANT UN OEIL sur les chroniques que je tiens dans CQFD depuis près de cinq ans,je m’aperçois qu’il est souvent question de la mauvaise ambiance qui règne dans l’usine. C’est cyclique. Eh bien, là, je pense que l’on n’est pas loin de toucher le fond. Un vent de sinistrose concernant l’avenir proche de la boîte agite le personnel.Faut dire qu’il y a peu de sujets de réjouissance. La filiale engrais de Total ne représente plus qu’à peine 1000 salariés et le site de Mazingarbe (près de Lens) va être cédé à des repreneurs belges et espagnols. Des copains, militants ou collègues, vont donc nous quitter, changer de statuts et, sans doute,y perdre au passage.Quoi qu’il en soit, la volonté de Total est de se désengager petit à petit de ses vieux sites européens au profit des nouvelles installations au Qatar ou en Indonésie. Sachant, en prime, que la filiale engrais, plutôt déficitaire, permet surtout à la firme de payer moins d’impôts, on peut se douter qu’actionnaires et PDG ne vont pas s’encombrer longtemps de canards boiteux. Total a gardé GrandeParoisse à cause du procès AZF mais,celuici passé, et même s’il y a appel, la multinationale va solder les comptes.

Depuis plus de trois mois, l’usine ne produit presque plus rien. Les ateliers sont en arrêt quasi permanent, malgré des carnets de commande bien remplis et l’arrivée de la saison des engrais chez les agriculteurs. La raison : des pannes à répétition. L’atelier où je travaille et qui fabrique de l’ammoniac est vieux et, en dépit de nombreuses modernisations, ça ne le fait pas. Les pannes et la casse de machines se succèdent semaine après semaine, ce qui engendre pas mal de stress lors des phases d’arrêt et d’essais de redémarrage. Et comme cet atelier fournit la matière première ainsi que la vapeur pour tout le site, rien ne marche.

Mais la vétusté des machines n’est pas seule en cause, il y a aussi cette politique de sous-traitance a minima, avec des sociétés de maintenance qui emploient surtout des intérimaires et peu de personnel vraiment qualifié. Il faudrait également parler de la perte de savoir sur le fonctionnement des installations après les divers plans sociaux éjectant le personnel vieillissant sans lui laisser le temps de former des remplaçants. Vous me direz que, pendant ce temps-là, l’usine pollue moins. Pas vraiment, car les rejets en phase de démarrage ou d’essais restent conséquents et, de toute façon, la très grande majorité des agriculteurs dépend des engrais, donc ça pollue ailleurs.

S’ajoute à ça une campagne médiatique autour d’une tour dans l’usine qui date de 1966. En deux mots : l’engrais liquide est rejeté en haut et à l’intérieur d’une tour de près de 50 mètres, à travers un bol troué tournant et, du fait de la vitesse, la force centrifuge et la gravité, le liquide se solidifie et arrive en bas, sous forme de granulés d’ammonitrate. Sauf que c’est un produit corrosif qui bouffe progressivement le béton. Ça fait des lustres que les salariés et le CHS-CT se plaignent et les quelques rafistolages effectués n’ont pas été à la hauteur des risques.Il a fallu une première page dans la presse régionale, une campagne de Que Choisir ? et d’une asso écolo pour que la direction annonce des travaux dans les mois prochains. Mais ces travaux sont tellement colossaux et onéreux qu’on n’y croit pas.

Enfin, cerise sur le gâteau, on a un nouveau PDG, qui se dit lui-même « droit dans ses bottes » et qui semble missionné pour fermer les boîtes. Il a une vision militariste de sa fonction et il veut mater les gauchistes de Rouen qui se mettent trop souvent en grève ( !). C’est quasiment ce qu’il a dit en venant sur le site pour inaugurer, fin mars, le nouvel atelier de fabrication d’acide nitrique. Un atelier au fonctionnement plus qu’intermittent depuis son démarrage, toujours suite à des problèmes techniques.

Alors, on en est là. À part pour certains cadres qui croient encore dans des projets de redéploiement de l’usine, tout le monde est en train de se demander comment on va finir par être mangés. L’usine vendue à des Espagnols ou des Allemands ? L’usine totalement ou en partie fermée ? Il y en a qui rêvent de partir en préretraite, d’autres qui se voient mutés ailleurs. Chacun donne une date de fermeture en fonction de l’âge où il aimerait partir en retraite. Il y en a même un qui m’a dit : « 2012, je crois qu’on ferme en 2012, l’année prévue par les Aztèques ». Voilà, c’est reparti pour un tour, mais à force ça va bien finir par arriver.

Article publié dans CQFD n°77, avril 2010.






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