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CQFD N°081


CHRONIQUE JUDICIAIRE

OU L’ON S’INTERROGE SUR LA CONSCIENCE

Mis à jour le :12 octobre 2010. Auteur : Juliette Volcler.


ARSEILLE , comparutions immédiates« Monsieur A., vous semblez être l’organisateur du réseau, et c’est donc à ce titre que les policiers viennent perquisitionner chez vous. Ils ne trouvent rien, mais l’attitude du chien montre nettement qu’il y a eu des produits stupéfiants, puisqu’il marque l’arrêt près de votre lit. Sous votre matelas, les policiers trouvent une clé magnétique. » Trois jeunes gars sont jugés, M., A. et R., pour trafic de cannabis. A. répond sur un ton blasé, sûr de lui : « Déjà, le chien, il s’est arrêté là où dort mon chat. – Ah je vous arrête tout de suite ! Ce n’est pas un chien détecteur de chats, mais détecteur de stupéfiants. – Et la clé me servait dans un bâtiment où j’allais avant, mais elle ne me sert plus à rien. – Si elle vous servait à une activité honnête, pourquoi était-elle sous le matelas ? Les policiers précisent également qu’à l’extérieur de votre appartement, il y a un compteur électrique dans lequel ils trouvent de la résine de cannabis. – C’est pas chez moi. – Oui mais c’est à proximité immédiate de votre appartement. » Le procureur regarde A. avec dégoût : « Il nous prend pour des imbéciles, ce trafiquant de stupéfiants, il pense qu’il va s’en sortir comme ça. Eh ben non ! Ça fait quand même beaucoup de coïncidences plus que troublantes. » L’avocat de A. fait des phrases : « Dans cette famille, le patriarche est parti, il n’y a plus de commandement direct. Qui est resté ? Eh bien essentiellement des garçons, avec naturellement une ou deux filles. La maman est dans la salle, elle est venue par sympathie pour son fils. Le chien, on ne va pas remettre en doute ses capacités, il a dû voir quelque chose, mais ce quelque chose n’apporte pas la preuve que c’est A. le meneur. » L’avocate de R. plaide en regardant son client d’un air étonné : « J’ai tenté de le comprendre et je ne l’ai pas très bien compris, d’autant que vous nous avez rappelé, Madame la Présidente, avec beaucoup d’indignation que je partage, qu’il a une maman qui s’occupe de lui. Je dirais qu’au fond de cet être, il n’y a pas que du mauvais. Je lui ai fait passer cinq bonnes minutes très très dures, et je crois qu’il a compris la gravité de ce qu’il a fait. » L’avocat de M. clôt le dossier : « Comme disait ma consœur, on a affaire à de jeunes garçons, on ne sait pas s’ils sont conscients ou pas. » Suivent deux affaires traitées rapidement : S., à peine majeur, accusé d’un vol à l’arraché raté, qui a du mal à se concentrer sur son procès parce qu’il ne peut pas détacher les yeux d’une jeune fille venue le soutenir. Ils s’envoient des sourires. La présidente s’agace : « Je ne sais pas à qui tu t’intéresses là-bas, mais c’est ici que ça se passe. » Puis vient T., tout jeune lui aussi, l’air perdu. On lui reproche d’avoir frappé sa compagne. Il répond à côté des questions, il dit : « J’ai des soucis avec la femme du syndic qui m’a dit qu’elle savait tout sur moi, que j’étais un enfant maltraité, que j’avais un gros casier judiciaire, mais j’ai laissé couler. » La présidente l’observe et demande autour d’elle s’il ne faudrait pas une expertise psychiatrique. L’avocat de T. annonce : « Je signale qu’un maintien en détention serait catastrophique. » La salle est évacuée pour les délibérés. « Monsieur T., votre procès est reporté en octobre, jusque- là vous êtes maintenu en détention. On dira à M. le Procureur de faire attention à votre état de santé. » T. pleure, il quitte le box sans attendre la suite, en criant : « Je suis fini ! C’est un complot ! Je serai plus là quand vous plaiderez ma cause ! » La présidente chuchote : « Demandez une surveillance particulière en raison de propos suicidaires. » S. s’avance, prend six mois ferme. Consterné puis furieux, il regarde la jeune fille dans le public, ils se crient des rendez-vous au parloir pendant que les policiers l’emmènent. La présidente annonce ensuite six mois fermes pour R., deux ans ferme pour A. et pour M. six mois avec sursis. Un frère de A. quitte la salle en hurlant : « Allez tous vous faire enculer ! » La présidente hurle aussitôt : « Arrêtez cet homme ! » Des policiers sautent par-dessus le muret du box. La mère de A., affolée, crie : « C’est à moi qu’il parlait, madame, je vous jure, laissez-moi parler à la dame, madame, je vous en supplie, vous prenez ma vie ! » Elle s’effondre, se relève, retombe, sa robe se défait, sa fille tente de couvrir la poitrine nue de la mère. A. observe, fou de rage, depuis le box, il tape du poing sur le muret, les policiers le serrent. La présidente crie : « Taisez-vous, madame ! »




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