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CQFD N° 082


Les vieux dossiers d’Iffik

Le bon temps des colonies

Mis à jour le :12 novembre 2010. Auteur : Iffik Le Guen.


HUIT MAI 1945. Une manifestation traverse les rues de Sétif pour fêter la libération et réclamer l’indépendance de l’Algérie. Au premier rang, un scout algérien brandit le drapeau vert et blanc frappé du croissant et de l’étoile rouges. Soudain, une traction s’arrête en travers de la rue, un homme, chapeau et costume, en jaillit et tente d’arracher l’étendard des mains du scout qui résiste. L’homme sort un flingue et tire sur le gamin. C’est le début d’un déchaînement de violence aveugle qui plonge la ville, surtout les « indigènes », dans un effroyable bain de sang. Telle est l’histoire racontée par le dernier film de Rachid Bouchareb, Hors-la-loi. Telle est la séquence que Lionnel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, avait dénoncée, sans l’avoir vue, comme historiquement fausse et anti-française lors du dernier festival de Cannes. À Marseille, le 20 septembre dernier, à l’occasion de la projection en avant-première du long métrage, une poignée d’élus FN, de pieds-noirs et de jeunes du Bloc identitaire viennent manifester en vociférant des « OAS ! OAS ! », « FLN, assassin » ou en beuglant Le Chant des Africains. Laissons là ces tristes sires et replongeons-nous dans les circonstances qui ont entouré le massacre de Sétif.

Depuis la création d’un large front d’opposition en mars 1944, les partisans d’un renversement de l’ordre colonial en Algérie sont de plus en plus actifs. Par ailleurs, la diplomatie anticolonialiste des Américains, présents en Algérie depuis fin 1942, peut laisser croire à un franc soutien de leur part une fois la guerre terminée. Autour de figures comme Ferhat Abbas (modéré) et Messali Hadj (dans la clandestinité depuis 1939), le discours indépendantiste témoigne donc d’une impatience grandissante, surtout dans le très bouillant Constantinois. Las, un an plus tard, Messali, désigné entretemps « leader incontesté du peuple algérien », est arrêté et exilé, ce qui déclenchera de nombreux incidents, notamment à Alger, le 1er mai. Une semaine plus tard, dans toute l’Algérie, des cortèges spontanés célèbrent la capitulation allemande, mais à Sétif, la liesse se transforme en tueries qui s’étendront à tout le Constantinois et dont le bilan n’est certain que pour les Européens.

Que s’est-il réellement passé ? Encore aujourd’hui, les historiens s’affrontent aussi bien sur l’origine de la manifestation que sur le bilan des victimes. Pendant longtemps, la thèse de la provocation colonialiste a eu les faveurs des courants proches du parti communiste. Les colons auraient cherché à anticiper le déclenchement d’une insurrection généralisée pour décapiter le mouvement indépendantiste avant qu’il ne prenne de l’ampleur. Mais Jean-Louis Planche, premier historien à creuser minutieusement dans les archives, a montré que les miliciens armés par le sous-préfet Achiary ont mené, au hasard, l’essentiel de la répression.

Confirmation de la part de nombreux témoins interrogés par J.-L. Planche : il s’agirait d’un phénomène irrationnel de masse, entre folie meurtrière et racisme exacerbé. Exit, alors, toute volonté de soulèvement nationaliste chez les Algériens ? D’autres historiens, français et algériens (dont Mohammed Harbi), n’y croient guère. Ils révèlent ainsi qu’un projet d’insurrection existait bel et bien au plu haut niveau du front d’opposition à l’ordre colonial (dès le début de la guerre pour un courant tenté un moment par un rapprochement avec les Allemands). Cependant rien n’était organisé le 8 mai 1945, sinon une certaine préparation des esprits, d’un côté comme de l’autre. Le bilan, enfin, est exactement de 102 morts, 110 blessés, 10 femmes violées pour les victimes européennes et, très approximativement, de plusieurs milliers de morts pour les Algériens. En effet, entre les 45 000 tués revendiqués par la propagande officielle de l’État algérien et les 1 500 concédés du bout des lèvres par le ministre de l’Intérieur de l’époque, il est impossible de trancher. D’autant que le préfet de Constantine avait accepté de faire disparaître les cadavres des victimes algériennes dans des fours à chaux. Il y a donc fort à parier que le massacre de Sétif, instrumentalisé par les uns et les autres, continue de hanter les mémoires franco-algériennes, alors que se profilent les célébrations du cinquantenaire de l’indépendance.






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Le bon temps des colonies
Caroubier | 13 novembre 2010 |

Bonjour, Merci pour cet article qui honore certains citoyens français responsables et dotés d’une raison qui sait faire abstraction des mythes fondateurs de l’Etat-Nation et de la fatuité de certains hommes politiques, pour considérer les évènements historiques à leur juste valeur afin d’en mesurer le véritable sens et surtout en prendre de la graine pour ne pas semer les même germes de la haine aujourd’hui et demain. Je suis ressortissant algérien, assigné à résidence depuis plus de 2 ans et demi après une peine de prison de 7 années pour des raisons politiques, inexpulsable de fait vers mon pays d’origine et contraint de trouver un pays d’accueil par mes propres moyens, sans grande illusion. Toute ma famille qui a connu la colonisation française et la guerre d’Algérie a souffert d’une manière ou d’une autre. Mon grand-père paternel, chef de maquis a été tué par l’armée française dans une embuscade alors que son propre frère avait participé à la bataille de Monte Cassino. Mon père a été torturé alors qu’il avait à peine 15 ans. Mon grand-père maternel a été emprisonné, razzié par l’armée française. Ses terres et ses chevaux et sa chienne ont été brûlés au napalm, et sa famille contrainte de se déplacer à plusieurs reprises. L’un de ses frères a perdu la raison à force de tortures et en prenant une balle dans la tête qui ne l’a pas tué sur le coup. Malgré tout cela mon père a émigré en France pour travailler. Il a fait un regroupement familial. Et je suis arrivé à l’âge de 5 ans en France. J’y ai fait mes études universitaires. Ne trouvant pas de travail à la hauteur de mes diplômes, malgré ma naturalisation que j’ai consenti à demander pour espérer un avenir professionnel meilleur, malgré ma volonté de ne pas demander la nationalité française pour ne pas trahir mes ancêtres. J’ai quitté le territoire français pour y revenir plus tard et y être emprisonné. On m’a retiré la nationalité française en invoquant un vieil article de la loi Pasqua qui était resté dans la législation française. Je vit maritalement avec une ressortissante française dont le grand-père paternel, sous-officier de l’armée française a combattu en Indochine et en Algérie. Nous avons ensemble deux filles.

Tout ça pour vous dire que ce ne sont pas les individus aussi militants soit-il qui sèment la haine mais les systèmes politiques réactionnaires et leur cour d’historiens hagiographes, publicistes amoraux et autres profiteurs de la misère humaine qui manipulent les évènements historiques pour en donner l’exégèse qu’ils souhaitent au gré de leurs intérêts du moment.

Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata (et la liste des villes n’est pas exhaustive) ont été terribles. J’ai entendu moi-même des témoignages de gens qui ont vécu ces terribles moments et je peux vous dire que les chiffres avancés par les officiels français sont très largement en dessous de la réalité.

Les chiffres de l’Etat-FLN sont certainement un peu éxégérés, propagande révolutionnaire et recherche de légitimité politique obligent. Mais je crois qu’entre la version de l’oppresseur et celle de l’opprimé, le barycentre est plus proche de cette-dernière.

A bientôt.

 

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