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CQFD N° 082


Médias

Carles passe à l’action

Mis à jour le :9 novembre 2010. Auteur : François Maliet.

Horripilé par la clique de Bouygues qui promettait monts et merveilles culturels en s’accaparant TF1, pour, finalement, servir de la télé-soupe, Pierre Carles reprend son combat anti-téloche avec Fin de concession. Mais la critique des médias a été bien intégrée par les journalistes de complaisance…

’ON SE SOUVIENT du « mieux disant culturel »,concept inventé en 1987 par François Léotard, ministre de la Culture de Jacques Chirac,au moment de la privatisation de TF1. Mais qui se rappelle des promesses servies par les tâcherons de Bouygues à la Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL, ancêtre du Conseil supérieur de l’audiovisuel) afin de décrocher la première chaîne de télévision française ? Patrick Le Lay, le futur taulier, garantissait la diffusion régulière d’« au moins huit spectacles lyriques et chorégraphi- ques ». Bernard Tapie, lui aussi embringué dans le hold-up, assu- rait que « quand on est la grande chaîne de télévision qu’est la Une, il faut de temps en temps savoir oublier l’audimat, et se permettre le luxe de passer […] un match de pelote basque. »

Refourguée au plus grand bétonneur français,la chaîne aura une « autorisation d’émettre pour dix ans, autorisation qui pourrait ne pas être renouvelée » si « l’engagement culturel » n’était pas respecté, assurait François Léotard. Une « épée de Damoclès » (sic) qui se révélera aussi inquiétante qu’un ruban de guimauve, puisque la concession sera renouvelée automatiquement. On connaît la suite : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, déclarait Le Lay en 2004, c’est du temps de cerveau humain disponible. »

Pierre Carles, douze ans après la sortie de Pas vu, pas pris – documentaire sur les collusions entre journalistes et pouvoir politique, et la censure à Canal Plus –, a donc « repris du service sur le terrain de la critique de la télévision » avec Fin de concession [1]. Mais l’enquête, que d’aucuns espéraient corrosive, se heurte à des refus ou se dissout dans le bla-bla mielleux des vedettes du journalisme. Le trublion est connu, et nombreux sont ceux qui refusent de le recevoir : « J’ai pas envie de parler de ça, j’en ai rien à foutre », lui claque Bernard Tapie.Quant à ceux qui acceptent, tels Jean-Marie Cavada ou Élise Lucet, ils parviennent à l’entourlouper en usant de quelques flagorneries bien servies.

Face aux esquives de ses adversaires, Carles perd son « fighting spirit ». Ses considérations, pour le moins désarçonnantes car parfois à la limite de l’introspection, sont alors l’occasion d’ex- plorer quelques pistes. La première : « On est tous sensibles aux honneurs, aux flatteries, aux charmes de certaines journalistes… Et c’est rarement dit, explique-t-il à CQFD. Le contre-pouvoir, c’est aussi un pouvoir, et les gratifications peuvent nous éloigner de certains combats. » Et ce n’est point Philippe Val, l’Éric Besson du journalisme, qui dira le contraire. « Il faut être conscient de ses faiblesses pour ne pas se faire avoir. »

La seconde : « La critique radicale des médias classiques, telle que nous l’avons menée, ne suffit plus », poursuit-il,en référence à Pas vu, pas pris, bien sûr, mais aussi à feu le journal PLPL (devenu Le Plan B, disparu également), qu’il avait contribué à créer. Dans le film, il déclare qu’il était « persuadé qu’un simple journal indépendant […] inciterait les gens à arrêter de regarder la télévision, à cesser d’écouter les stations de radio commerciale ou publique, à ne plus lire la grande presse,et déstabiliserait le quatrième pouvoir et ses employés. » Déception. Il poursuit : « Cette critique a été en grande partie récupérée – par des gens comme Schneidermann ou Yann Barthès… Il faut donc inventer de nouveaux trucs pour déstabiliser les journalistes-vedettes,et faire savoir qu’ils sont les laquais du pouvoir. On n’a pas la solution, on tâtonne… Mais c’est dans les actions collectives, comme celle que l’on a menée contre David Pujadas, que l’on retrouve une certaine force. »

OK, Pierre, mais on aurait apprécié les voir mis un peu plus sur le gril, les responsables de la privatisation de TF1, non ? « Effectivement, il y a une frustration, parce qu’on souhaiterait en savoir plus, mais cela ne m’intéressait pas de faire un film uniquement sur TF1. Et quand on a commencé, on ne savait pas où l’on allait. Le propre d’un vrai documentaire, c’est de se construire au fur et à mesure. » Alors, c’est un vrai documentaire.


[1] En salles, le 27 octobre prochain.





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