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CQFD N°012



À BOIRE & À MANGER

Mis à jour le :15 mai 2004. Auteur : XXL.
FOURRE-TOUT MENSUEL À VOCATION VAGUEMENT CULTURELLE

A LIRE EN JUIN ?

Alors que, par un navrant hasard, dans mon article du mois dernier sur Shannon Wright, je citais Hubert Selby Jr, l’immense écrivain new-yorkais, depuis quelques années émigré à Los Angeles, pour « boire du jus d’orange et mourir », a tenu parole. Disparu, et par surprise encore. Par surprise parce que ce type-là, on s’était habitué à le voir en vie, parce qu’il avait résisté à tous les abus, parce que, tuberculeux à 15 ans, il respirait depuis avec un bout de poumon grand comme le poing, parce que les médecins le condamnaient tous les six mois depuis soixante ans, non, Selby ne pouvait pas mourir. Et alors que les États-Unis ont, plus que jamais, besoin de voix comme celle-ci, la bouche s’est fermée, et le cri s’est tu. Sorti en 1964, Last Exit To Brooklyn, apocalyptique livre sur la violence urbaine et l’absence d’amour, sera l’unique succès de cet autodidacte, en même temps qu’un grand coup de poing dans la face d’une Amérique, qui, en pointant du doigt ses réussites, essaie de dissimuler ses miséreux. Suivront deux chefs-d’œuvre : Le Démon et Retour à Brooklyn, dans lequel Selby dénonce le rêve américain, « avoir une bagnole, de l’argent, des femmes… Et c’est un rêve qui tue à mort […] Et c’est un cancer qui est en train de gagner le monde entier ». Puis La Geôle et Le Saule, son seul roman laissant une petite place à l’espoir et la rédemption. A l’heure de la mort du Céline américain, George Bush était peut-être en pleine barbecue-party, en train de se goinfrer de saucisse grasse en balançant des vannes sur la torture en Irak… Il ne perd rien pour attendre. En septembre sortira la traduction du dernier livre de Selby, et il se dit que ce cher George n’y est pas épargné.


A ÉCOUTER EN JUIN ?

Après Mick Harvey et son « Pink Elephant », voici un nouvel hommage anglo-saxon à Serge Gainsbourg, notre plus sûr produit d’exportation musical. Mais là où l’Australien exécutait une version polie et appliquée, dans l’orchestration et dans les paroles, traduites au plus près du poil, de la Gitane, et de l’haleine anisée, le New-Yorkais John Zorn, invitant pour l’occasion toute sa clique, donne dans le foutraque fantaisiste, voire l’avant-garde dissonante. John Zorn, saxophoniste et compositeur, heureux propriétaire du label Tzadik, se retrouve fréquemment catalogué comme musicien contemporain. Parce qu’il faut classer, ranger, mettre des étiquettes. John Zorn se situe pourtant à la croisée de chemins infiniment plus complexes, entre avant-garde, rock, hard-core, chanson, musique classique ou traditionnelle juive… Ce disque fait d’ailleurs partie d’une petite collection intitulée « Great Jewish Music », inaugurée par Burt Bacharach et poursuivie par Marc Bolan. Certes, ces trois là sont juifs, mais on peut légitimement s’interroger sur ce titre vaguement communautaire et agaçant. En quoi la musique de Gainsbourg est elle juive ? Mystère. Toujours est-il que ce disque contient toute une série de petites perles, mini-aventures soniques disparates, brassage culturel improbable (Japonais, Américains, Suisses…), dont on retirera subjectivement deux sommets : la version sensuelle et en français des « Amours perdues » par Elysian Fields et l’incroyable version des « Sucettes » par l’obscure Japonaise Jon, accompagnée, pour l’occasion, d’un rocking-chair grinçant, obsessionnel et suggestif, et d’un accordéon déglingué. Jon qui, avec sa voix de petite fille, gagne, haut la fesse, le prix de la perversité, loin devant les deux précédentes versions, celle de France Gall en ingénue, et celle de Gainsbourg lui-même en vieux dégueulasse.

- « Great Jewish Music : Serge Gainsbourg » (Tzadik records).
- www.tzadik.com pour écouter des extraits et commander des disques du label à un prix raisonnable.

Publié dans CQFD n°12, mai 2004.






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