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CQFD N°008


Hétéros fachos ?

Avec la langue

Mis à jour le :15 janvier 2004. Auteur : Claude et Dominique.


Le patron, dessiné en couverture du CQFD n° 7, qui ordonne à ses ouvrières et à ses ouvriers de « baisser leur pantalon », pourrait être l’un des quatre bourreaux du film de Pasolini Salò ou Les Cent Vingts Journées de Sodome : dans la « République sociale » de Salò - fondée par Mussolini en septembre 1943 sous le contrôle d’Hitler -, un banquier, un duc, un président de tribunal et un évèque séquèstrent des adolescentes et des adolescents auxquels ils font subir des sévices sexuels. La mort achève les tortures dont les bourreaux ont joui pendant deux heures, devant le spectateur témoin et voyeur. Dans le film, le sexe joue le rôle métaphorique de la transformation du corps à l’état de chose (ou de marchandise, comme aurait pu dire Marx, et comme le suggère judicieusement XXL), de la transformation d’êtres humains en espèce inférieure que les détenteurs du pouvoir peuvent manipuler et anéantir à leur guise.

Les rappels constants du rapport de domination du masculin-actif-pénétrant sur le féminin-passif-pénétré, dont les injures sont une illustration, ont un autre point commun avec les violences des bourgeois de Salò : leur répétition, mortifère pour les victimes, jouissive pour les auteurs. Cette répétition s’avère nécessaire pour les auteurs, qui doivent sans cesse ranimer leur virilité, car la jouissance est brève, et la virilité, toujours susceptible et soupçonnée de détumescence. L’injure, l’hétérosexualité, la domination masculine, ont les atours de la toute-puissance et de l’évidence, notamment par le biais de la répétition, alors qu’elles ne font que masquer, de façon certes efficace, un manque d’argument et une peur de perdre leur pouvoir. Comment éviter la répétition concentrationnaire des rappels à l’ordre moral et sexuel ? Pasolini disait, avant que Salò ne sorte en salles, dans les jours qui ont précédé son assassinat : « Je pense que scandaliser est un droit, être scandalisé un plaisir, et que quiconque refuse le plaisir d’être scandalisé est un moraliste… » Est-il alors possible d’utiliser notre liberté, notre langage, notre impertinence, notre provocation, notre humour, notre sens critique, notre créativité sans reproduire les méthodes, et notamment la langue du bourreau ?

« Il ne suffit pas de changer le langage pour changer le monde » : argument bateau qui, tout en reconnaissant le langage comme vecteur de domination, permet d’évacuer la question et les solutions de sa transformation. Au sein de l’action politique, des groupes comme Act Up ou les Soeurs de la perpétuelle indulgence, pour prendre des exemples connus, ont pourtant développé, avec un certain succès, des modes d’intervention et de discours décalés et « performants » par rapport aux discours dominants. La vision actuelle du sida serait-elle la même aujourd’hui si des groupes n’avaient pas conçu des formes nouvelles d’action et de contre-discours ? Se résigner à ce que l’outrance n’existe que pour refléter la vulgarité désolante de la domination masculine en train de s’autoproclamer est donc un (mauvais) choix. Le langage et l’image radicalement insolents - dont le renouvellement et l’exploration de nouveaux territoires ne sont pas la moindre des impertinences - constituent, parmi d’autres, des moyens politiques féconds. Déviants, pourrait-on dire.

Claude et Dominique

Publié dans le n°8 de CQFD, janvier 2004.






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