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CQFD N°004


SYNDICALISTES EMPLOYEURS

QUAND LA CGT RIVALISE AVEC LE BARON SEILLIÈRE

Mis à jour le :15 septembre 2003. Auteur : Fred Michel.

Après l’annonce le 10 septembre d’un plan d’austérité à la SNCF (gel de deux mille embauches), la CGT a vivement protesté. Mais au Comité central d’entreprise de la boîte publique, elle tient un discours rigoureusement inverse. Normal : là, c’est elle la patronne. Une pure et dure, du genre impitoyable avec ses salariés grévistes.

Du 24 juin au 31 août, le personnel des centres de vacances du Comité central d’entreprise (CCE) de la SNCF était en grève tournante pour réclamer une hausse des salaires. Durant ces cinq longues semaines, le patron s’est refusé à ouvrir la moindre négociation avec ses quelque cent cinquante salariés, tous chargés de l’entretien, de la restauration, des animations et de la gestion des « Maisons familiales » où les cheminots passent leurs vacances. En revanche, le patron n’a pas hésité à frapper au porte-monnaie. Dans un premier temps, il avait promis de ne retirer que deux jours sur la fiche de paie des grévistes. Finalement, il leur a sucré la totale, soit deux à trois fois le montant convenu. Une belle extorsion de fonds. Bien des managers aguerris rêveraient d’en faire autant.

Ce patron implacable n’a pourtant rien à voir avec ceux de Michelin ou Péchiney. Il n’est même pas membre du Medef. Au contraire : il milite à la CGT. Ce sont en effet des cheminots cégétistes qui gèrent le CCE de la SNCF. Et ils gèrent avec le sens de la performance. Rien d’étonnant à cela, quand on connaît l’attachement des syndicalistes-patrons à la rigueur salariale : si beaucoup de salariés du CCE touchent le Smic, plusieurs dizaines sont encore payés en dessous et reçoivent une prime compensatrice pour atteindre le minimum légal. Avec la dernière augmentation du Smic, l’écart entre un poste à responsabilités et le salaire minimum n’est plus que de 9 euros par mois. L’égalité, en somme, mais par le bas.

Avare de ses sous, la direction est aussi un peu juste avec la loi. La négociation annuelle sur les salaires, pourtant inscrite dans le code du travail, n’a eu lieu ni en 2002 ni en 2003. Mais à quoi bon exiger le respect du droit du travail, quand on a le privilège de bosser pour le syndicat des travailleurs ? Au lieu de revendiquer égoïstement, les salariés ne devraient-ils pas décider, en AG, de baisser d’eux-mêmes leur salaire pour soutenir le « fer de lance » du mouvement social ?

Pour justifier leur raideur patronale, la CGT met en avant l’insuffisance de la dotation SNCF. Or, si cette dernière demeure effectivement maigrelette (1,7 % de la masse salariale des actifs), l’exercice 2002 du CCE a tout de même dégagé un solde positif de presque 800 000 euros. Et le budget prévisionnel pour les « charges de personnels » des Maisons familiales n’a été dépensé qu’à 95 %. Prétexter l’insuffisance de la dotation pour justifier une gestion du personnel à faire saliver Seillière, c’est prendre les travailleurs pour des pigeons.

Ajoutons que les patrons-syndicalistes, pour lesquels le train est gratuit, se sont octroyés en 2002 un budget de plus de 1 million d’euros pour « location de véhicules » et autres « déplacement et missions ». Il est vrai que ce poste est d’une réelle utilité, puisqu’il a permis à plusieurs cadres du CCE de se rendre par avion sur des centres en grève et d’y casser le mouvement. Autre argument brandi par la direction : vos grossiers appétits vont participer à la casse des Maisons familiales au profit du système des chèques vacances, défendu par la CFDT et la CFTC. Pourtant, en une quinzaine d’années, alors que le nombre de nuitées a doublé, les « charges de personnels » n’ont augmenté (hors inflation) que de 7 % environ. Ce n’est donc pas un coup de pouce aux salaires qui ruinerait le tourisme social.

Dans une note du 21 août adressée à l’encadrement du CCE, le directeur réaffirmait le mandat des élus CGT : « développer les activités en direction des cheminots et de leurs familles » (en construisant, par exemple, une nouvelle Maison à Calvi). Mais quoi qu’en pensent les nombreux cheminots en vacances qui ont signé les pétitions de soutien au personnel CCE, le social n’est pour cette boîte qu’un souci secondaire, comme l’atteste la multiplication des dossiers pour harcèlement psychologique ainsi que les freins mis au fonctionnement des instances du personnel.

Les 27 et 28 septembre 2003, le CCE organisera à la Maison familiale du « Vert Bois », à St Mandrier (Var), son rite annuel d’auto-célébration. Tous ceux qui pensent que le syndicalisme n’est pas soluble dans le capitalisme sont invités à y faire une visite…

Publié dans CQFD n°4, septembre 2003






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QUAND LA CGT RIVALISE AVEC LE BARON SEILLIÈRE
Laurent | 30 mai 2006 |

Pour complèter la réponse ci-dessous, il faut rajouter que en ce qui concerne les salaires, les employés du CCE et des CE sont adossés aux augmentations des cheminots… Autrement dit, lorsque les cheminots se battent pour les salaires à l’initiative de la CGT, cela se retrouve automatiquement sur la feuille de paye des salariés du CER.

Il est vrai que la SNCF n’est généreuse avec personne… Et dans les conditions d’une subvention calculée sur une masse salariale cheminote en réduction, il est difficile d’aller au delà des augmentations lachées par la SNCF.

Mais les élus du CCE ne sont pas aussi pingres que vous l’affirmez : En ce début d’année 2006, les cheminots ont obtenu le doublement de leur gratification d’exploitation (120€) après le mouvement du 21/22 novembre 2005 à l’initiative de la CGT. Rien ne prévoit dans la convention collective que ce genre de gratification soit répercuté, ils auraient donc pu jouer « les patrons ». Pourtant les élus ont décidé que pour respecter l’esprit de la CCN (recherche d’égalité avec les cheminots) il fallait transposer cet acquis aux salariés CE/CCE.

Alors bien sur, comme tous les cheminots, et aussi tous les salariés de ce pays, les employés des CE/CCE ne sont pas à la fête en ce moment niveau pouvoir d’achat. Mais ce n’est pas une raison pour tirer sur l’ambulance. Une campagne vient d’être lancée par la CGT sur l’augmentation des salaires et pensions à la SNCF… Nous verons qui prend part à cette lutte…

QUAND LA CGT RIVALISE AVEC LE BARON SEILLIÈRE
kenobi | 15 avril 2006 |
On sait très bien que lorsque la CGT est majoritaire, celle-ci règne sans partage, les syndicats minoritaires n’ont plus qu’à la boucler… QUAND LA SNCF NE DOTE PAS SON COMITÉ D’ENTREPRISE
| 28 janvier 2006 |

Mon cher ami

Vous manquez considerablement d’informations sur ce sujet. S’il est réel que les employés du CE SNCF sont sous rémunérés, le mouvement de protestation n’a eut l’ampleur que vous laissez entendre. Il est également certain que la SNCF ne dote pas le CE des crédits qui devraient lui revenir. De plus la masse salariale étant en diminution du fait de la diminution du nombre de cheminot, la gestion devient de plus en plus difficile pour conserver une qualité de service. C’est donc bien la SNCF qui est en cause ! D’ailleurs si la CGT a la présidence du CE, elle gére ce CE avec la collaboration des autres syndicats, qui auraient donc leur part de responsabilité. Alors pourquoi attaquer seul la CGT et non la SNCF et les autres syndicats responsables.

Michel Degenne de Tours

 

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