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CQFD N°004



LES BRÈVES DU NUMÉRO 4

Mis à jour le :15 septembre 2003. .


Des galériens pour le paquebot

La construction du Queen Mary II, futur plus grand paquebot du monde, devait insuffler un peu d’air aux chantiers navals de Saint-Nazaire. En fait, elle donne surtout de l’oxygène à une « certaine idée » de l’Europe sociale : sur le chantier d’Alstom, démembré en diverses strates de sous-traitance imbriquées, travaillent des Portugais, des Polonais, des Roumains, des Français… Certains n’ont pas été payés six mois de suite, alors qu’ils bossaient soixante-six heures par semaine. A l’ANPE, on trouve des offres d’emploi libellées ainsi : « cherche soudeur sachant parler roumain »… Comme ça, le patron est sûr de ne trouver personne sur place et de pouvoir justifier le recours à une main d’œuvre étrangère à moindre coût, corvéable selon des normes sociales en lambeaux. Le Queen Mary II, c’est la Rolls de la précarité. Début septembre, Alstom rompait le contrat qui liait le donneur d’ordres au sous-traitant Avco, en charge de la climatisation du paquebot, qui sous-traitait lui-même auprès de quatre entreprises européennes. Résultat, trois cents salariés indiens, grecs, français, italiens et roumains se retrouvent sur le carreau. Le 13 septembre, le tribunal de Saint-Nazaire condamnait Avco à payer au moins leur mois d’août aux ouvriers et à organiser « un plan social »… Ça change tout.

Le Medef aime l’intégration

A l’« université d’été » du Medef, le 28 août 2003, Malek Boutih ne s’est pas contenté de cirer les rangers du ministre de l’Intérieur (« Je voudrais dire à M. Sarkozy qu’il fait partie des responsables qui redonnent espoir aux jeunes dans l’action politique. »). L’ancien président de SOS Racisme a aussi lancé un message d’amour au patronat : « Nous avons besoin de l’entreprise. Nous avons besoin que l’économie française donne ses chances à une nouvelle génération d’entrepreneurs nés de l’immigration. » Enfin un espoir pour les livreurs de pizzas : devenir président du Medef.

Des couches pour les caissières

Tout est bon pour accélérer la cadence du personnel. Le secrétaire général de la CGT de Mendoza, en Argentine, Jorge Cordova, a signalé cet été qu’une importante chaîne de supermarchés « à capitaux étrangers » forçait ses caissières à porter des couches, pour éviter les pauses-pipi impromptues ou les incontinences dûes « au froid ou au stress ». Des plaintes ont été déposées, le gouverneur de la province s’est ému, mais on ignore toujours le nom de l’entreprise qui aurait mis au point cette prometteuse innovation. Contacté à tout hasard par CQFD, le service de presse du groupe Carrefour - 33,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires, leader en Argentine - dément toute implication : « c’est sûrement un canular ». Et de préciser qu’il n’y a pas que Carrefour en Argentine, « mais aussi Auchan et des Américains ». Comme pour suggérer que de la part des concurrents, ça pourrait bien ne pas être un « canular ».

Fuite des capitaux

Philippe Mazet, 39 ans, consultant financier et conseiller municipal UMP de Marseille (en charge des parcmètres…), a été interpellé en Andorre le 23 août. Le bonhomme s’était fait la malle avec trois chèques volés chez un notaire, d’un montant total de 1,3 million d’euros. Avec ses comparses, dont un commerçant et un patron de bistrot, l’élu tentait d’encaisser les chèques avec des faux papiers à en-tête quand le banquier andorran a reniflé l’entourloupe. Philippe Mazet est un proche de Renaud Muselier, premier adjoint au maire de Marseille et sécrétaire d’Etat aux Affaires étrangères chez Raffarin. C’est aussi l’ancien président de la Confédération des comités d’intérêt de quartiers (CIQ), un réseau para-municipal très influent, chargé d’intervenir « dans tous les aspects de la vie des citoyens » (sic). C’est vrai que la truande, c’est un aspect important.

Baron et maton

Depuis de longues années, l’association Décil (Démocratie et citoyenneté locales) s’efforce de ne pas laisser sombrer les droits - notamment le droit à une expression publique - des habitants de Mantes-la-Jolie et de sa cité HLM, le Val-Fourré. Cela indispose le baron local Pierre Bédier, par ailleurs ministre des prisons, remplies en partie grâce à l’acharnement avec lequel il méprise les pauvres de sa ville. Début septembre, il a ainsi refusé d’accorder à Décil la salle municipale de l’Agora, où l’association souhaitait organiser un débat. Du coup, Décil a dû se replier dans le petit « local commun résidentiel » des HLM de Gassicourt, peu connu, excentré et réservé à d’autres usages. Chez Bédier, « tout ce qui risque ne serait-ce qu’à terme de présenter un danger est immédiatement éradiqué », dénonce Décil. Et de citer un exemple parmi tant d’autres : les « attaques personnelles publiques que Bédier ne cesse de prodiguer à l’encontre de citoyens qui ont fait de la prison, qui se sont rachetés aux yeux de la société, mais qu’il ne cesse de stigmatiser, parce qu’imbibé de sa fonction de maton en chef ». Constructif malgré tout, Décil fait une proposition raisonnable : « Qu’il s’en aille. Eventuellement, dans une des prisons qu’il est en train de faire construire. »

Fais-moi peur !

Dans un dossier consacré à ce qu’il appelle les « nouveaux racistes », l’hebdomadaire Marianne (11 août) dresse sur deux pages, et sous la signature d’une certaine Bénédicte Charles, un portrait assez burlesque du Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB), décrit comme un « mouvement étrange » appuyé sur une « ligne ultradure », pratiquant « l’intimidation » et la « violence », comptant « des anciens délinquants dans ses rangs » (« comme certains le disent », est-il précisé - alors, quoi, même plus foutue de se dégoter les fiches des RG ?), « soupçonné » (par « d’aucuns ») de « pousser les gamins des cités à foutre le feu », et qui, en prime, est « très proche des thèses anarcho-lénino-violentes d’Action directe ». Pas juste « proche », non, « très proche »… Commentaire de Kamel Ikachamène, ancien taulard, ancien double-peine, poète, Rmiste et militant au MIB : « Cet article me fait penser à un dialogue du film Les Professionnels, quand Lee Marvin se fait traiter de fils de pute. Voilà ce qu’il répond : “On est tous les deux des fils de pute. La différence, c’est que moi j’ai pas choisi ma mère, alors que toi tu t’es fait tout seul”. La journaliste qui a écrit ce papier s’est faite toute seule, elle aussi, dans le sens où elle a choisi. Choisi de ne pas se servir des moyens considérables dont elle dispose pour réfléchir, s’informer, surmonter son ignorance et sa bêtise. »

Publié dans CQFD n°4, septembre 2003






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