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CQFD N°008


La science contre le capital

La névrose du proprio

Mis à jour le :15 janvier 2004. Auteur : Gaïapolis.


Comme nous l’avons expliqué le mois dernier, il y a fort à parier que si nous recevons un jour la visite d’extraterrestres, c’est qu’ils auront réussi à convertir leur moyen de transport - soucoupe, ovni, charter spatial… - en un écosystème-berceau apte à perdurer durant leur long trajet jusqu’à la Terre. [1] Un tel exploit suppose que nos voyageurs de l’espace maîtrisent non seulement les lois de l’écologie et de l’énergie, mais aussi les principes de l’organisation collective, nécessairement opposés à ceux de la propriété individuelle. Il n’en va pas de même sur Terre. En deux siècles de révolution industrielle, l’humanité a emballé la mécanique du climat de sa planète sans guère se préparer à en affronter les conséquences au XXIe siècle. [2] Notre prétendue « maîtrise » de l’énergie n’est qu’une mauvaise blague digne de L’apprenti sorcier et nous restons myopes face à l’anéantissement progressif de la vie terrestre, auquel nous travaillons pourtant si ardemment. Faute de connaissance scientifique généralisée, nous ne relions pas entre elles et à nos propres actes les catastrophes dont nous souffrons déjà : canicule, inondations, tempêtes, mauvaises récoltes, etc. Et nous gobons sans broncher les énormités que distillent les « experts » à gages sur le réchauffement climatique, les « véhicules propres » ou le « démantèlement propre » des centrales nucléaires. Depuis Tchernobyl, nous n’avons rien changé : ni les idées, ni les pratiques. Nous subissons, inquiets certes, mais massivement irresponsables, en laissant aux générations suivantes le soin de régler la note - vraisemblablement, au prix de leur peau. Pour leur épargner cet héritage, il y aurait urgence à réfléchir et à agir sur les causes sociales qui déterminent notre incapacité à appliquer rationnellement les lois de l’énergie-matière. Une incapacité due essentiellement à notre sens aigu de la propriété.

Car il faut bien l’admettre : pour « naturel » qu’il puisse paraître, le « droit » à la propriété est une notion étrangère au règne du vivant, un artifice né avec l’espèce humaine et limité à elle seule. Son avènement coïncide très probablement avec l’apparition de l’agriculture et de l’élevage à l’ère du néolithique. A ses débuts, la propriété s’attache à la terre cultivée et aux têtes de bétail (caput en latin, qui donnera notre « capital »), selon un processus en trois étapes : l’usus, le droit d’usage ; le fructus, droit de jouir des fruits de l’usage ; et enfin l’abusus, le droit d’interdire à autrui le libre accès à l’usus et au fructus. L’abusus manifeste une coupure profonde dans le rapport de l’humanité avec l’écosystème qui l’a produite, mais aussi dans son rapport à elle-même. Il la condamne à cette aberration qui consiste, pour une espèce, à s’entretuer pour la possession de biens, dans un processus d’autodestruction plus connu sous le nom de « guerre ».

Si l’humanité est devenue incapable d’identifier et de reconnaître cette aberration, et si le mot « guerre » fait partie de son vocabulaire et donc de sa pensée la plus courante, c’est parce que l’abusus fait partie intégrante du psychisme humain. Chaque guerre contribue à l’y enraciner un peu plus, dans un cercle vicieux qui échappe aux lois de la préservation des espèces. Ainsi, cette structure inconsciente localisée au néolithique n’a cessé depuis lors de se solidifier au fond des crânes. La « pensée » propriétaire est devenue une névrose planétaire qui traverse toutes les cultures, philosophies et religions prétendument « rivales », conditionnées sous son joug à n’être d’accord que sur un point : la nécessité impérieuse d’en découdre par la guerre. Si on veut vraiment faire « la guerre à la guerre », si on veut atteindre une connaissance sérieuse et une application rationnelle de l’écologie, si on veut préserver nos schances de survie, si enfin on veut voyager un jour dans l’espace sans que notre vaisseau ne se transforme illico en champ de bataille, il faudra bien commencer un jour à soigner et à réduire cette névrose de masse. Et pour cela, il convient de la dénicher partout où elle se planque : dans les institutions, dans la culture et en soi-même.

(à suivre )

gaiapolis@no-log.org


[1] lire CQFD N°7

[2] lire Le RIRe N° 47 et 48 et CQFD N° 4





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