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CQFD N°004



PAS D’AMERICA POUR L’HÔTEL ACHILLE

Mis à jour le :15 septembre 2003. Auteur : Olivier Cyran.


Pendant que « Marseille hisse les couleurs de la France », le nettoyage continue. Le 20 août dernier, un morceau de crépi se détache de la façade de l’hôtel Achille, un vieux meublé insalubre de la rue Thubaneau, et s’écrase sur une voiture en contrebas. Le lendemain, la police déboule. La vingtaine de personnes qui Logeaient dans le bâtiment, travailleurs immigrés à la retraite ou en bout de course pour la plupart, sont priés de faire leur balluchon et de dégager. Accouru sur place derrière les télés locales, l’adjoint en charge de la prévention, Philippe Berger, leur explique - sans échanger un mot avec les locataires - qu’il va « mettre le paquet pour fermer définitivement » les lieux. Cet empressement l’honore. Ça ne fait jamais que depuis 1986 que le bâtiment est frappé d’un arrêté de fermeture. Pendant dix-sept ans, le propriétaire et le gérant ont tranquillement continué à encaisser les loyers, 136 euros par personne et par mois. Pas cher, pour une chambre d’hôtel. Mais pour une piaule médiévale que l’on se partage à trois, sans chauffage ni fenêtres qui ferment, avec une eau rendue non-potable par les rats flottant dans le réservoir et une cage d’escalier en voie d’écroulement, c’est 136 euros de trop. « Une nuit, alors que je dormais, il y a toute une partie du plafond qui est tombée au pied de mon lit, raconte Hadj, le doyen des locataires. J’ai appelé le gérant, mais il n’a rien voulu savoir. » La mairie, elle, savait tout ça. Mais elle a laissé les choses se dégrader, selon une stratégie bien rodée à Marseille : on attend que le fruit pourrisse, et une fois qu’il tombe, on le remplace par une jolie corbeille toute neuve. Récemment, dans la même rue, un meublé du même genre appartenant au même propriétaire - une riche famille qui possède de nombreux biens immobiliers à Belsunce - a été racheté par Marseille Aménagement et transformé en immeuble pour classes moyennes. L’hôtel Achille risque fort de connaître le même destin. « La mairie veut éloigner les pauvres du centre-ville », résume Norredine Abouakil, de l’association « Un centre-ville pour tous », seule structure à apporter un soutien juridique aux galériens éjectés.

Certes, la loi Solidarité et Renouvellement urbain (SRU) prévoit que le propriétaire assure et finance le relogement des locataires évacués. Et qu’en cas de défaillance de sa part, les pouvoirs locaux prennent cette obligation à leur charge. Mais qui se soucie de reloger de vieux immigrés sans le sou, discrets et souvent résignés, habitués qu’ils sont depuis longtemps aux coups tordus des marchands de sommeil ? Sur la vingtaine de locataires, une dizaine avaient déjà disparu dans la nature dix jours à peine après leur évacuation, alors qu’« il aurait fallu rester unis pour faire valoir nos droits », comme dit Hadj. Ils sont encore une dizaine à se bagarrer. Pas facile, quand on ne sait pas sous quel toit on va dormir le soir. Dans un premier temps, le gérant de l’Achille les avait « relogés » en hôtel zéro étoile à Belsunce. Mais quelques jours plus tard, il faisait savoir qu’il refuserait de régler la note. Refus aussi du proprio : les pauvres qu’il exploite, il s’en foutait avant, il s’en fout aussi après. Quant à la mairie, ce n’est pas son affaire. Quitte à héberger du monde, elle préfère que ce soit les milliardaires de l’America. Résultat, alors que l’UMP se lamentait du « manque de solidarité » des Français envers les vieux frappés par la canicule, le maire UMP Jean-Claude Gaudin laissait d’autres vieux - usés par des décennies de travail sur les chantiers de la ville - se faire jeter une nouvelle fois à la rue. Les chats de la rue Thubaneau sont malheureux : c’est Hadj qui venait leur apporter à manger.

Publié dans CQFD n°4, septembre 2003






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