Les petites listes bricolées le temps d’un dimanche aux urnes déclenchent parfois des réactions intéressantes. Ainsi de la liste Euro-Palestine, macédoine pailletée show-biz où se côtoient Dieudonné, Princesse Erika et Jamel Debbouze. Bon, pourquoi pas ? Dans une Europe qui, bon gré mal gré, laisse Sharon ratonner à sa guise, et qui ne se soucie guère des Palestiniens que pour importer les fruits et légumes que leur vole Israël, se servir du tréteau électoral pour poser le problème n’était pas une mauvaise idée. Or, si elle a logiquement révulsé les pro-Israéliens, elle n’a pas pour autant fait l’affaire des pro-Palestiniens - les rares du moins à oser se revendiquer tels - figurant en place éligible sur des listes établies.
Deux semaines avant l’élection européenne, une députée sortante des Verts au parlement de Strasbourg, Alima Boumediène-Thiery, a ainsi fait circuler dans les réseaux militants un long message les adjurant de rallier sa liste plutôt que la concurrence d’Euro-Palestine, accusée d’« affaiblir les forces qui appuient la lutte du peuple palestinien » et qui risquerait, en faisant un bide, de faire plaisir « aux adversaires de ce combat ». L’argument n’est pas idiot, d’autant que la députée le muscle par un plaidoyer en faveur de sa propre action à Strasbourg. « De 1999 à 2005, nous étions quelques députés à avoir fait de ce combat une de nos actions prioritaires, écrit-elle. Malgré toutes les difficultés rencontrées, les pressions et menaces incessantes, nous avons réussi à imposer cette question dans plusieurs de nos débats parlementaires. » Exemple : c’est grâce au groupe des Verts, dit-elle, que Strasbourg a adopté en avril 2002 une résolution demandant « l’instauration d’un embargo sur les livraisons d’armes, l’envoi d’une force internationale de protection du peuple palestinien et la convocation d’urgence du Conseil d’association afin de suspendre l’accord d’association israélo-européen en raison du viol incessant des clauses démocratiques et des droits humains. » Proclamation de pure forme, il va sans dire, mais enfin, c’était mieux que rien.
Alima Boumediène-Thiery rappelle en outre ses multiples missions en Palestine, chez Arafat assiégé à la Moqqata, à Rafah, Gaza et Khan Younis sous les bombes, « à Bethléem sous couvre-feu permanent pendant soixante jours, à Jenine et à Naplouse après le massacre pour tenter de porter des secours », etc. Conclusion : si le sort des Palestiniens vous tient à cœur, votez pour moi, votez Verts.
Parfait, se dit-on, remué par un engagement aussi rare : votons Verts ! Rapide coup d’œil préventif sur leur programme. Bizarre : sur les 44 thématiques énumérées, pas une seule ne concerne la Palestine. Sans doute que le mariage entre homosexuels est un sujet plus capital et qu’ils n’avaient pas la place de tout mettre. Voter Verts, donc. À Marseille, ça veut dire : voter pour Jean-Luc Bennahmias, leur tête de liste dans la pseudo-région Sud-Est. « Connu pour [sa] passion du sport de haut niveau », comme il l’a déclaré un jour à CQFD, connu aussi des marins du Vieux-Port pour jeter ses mégots à la mer, Bennahmias peine à insuffler l’enthousiasme que nécessite un déplacement aux urnes. Mais puisque c’est pour la Palestine ! Ah bon, t’es sûr ? Aux dernières régionales, il y a à peine deux mois, le même Bennahmias se présentait sur une liste d’union de la « gauche » où figurait aussi le PS Jocelyn Zeitoun, responsable régional de l’Association pour le bien-être du soldat israélien, un gang de comiques qui trouvent Sharon trop mou. Loin de protester contre le voisinage de ce fou furieux, Bennahmias siège aujourd’hui à ses côtés sur les bancs du conseil régional. Et sans qu’Alima Boumediène-Thiery n’y trouve publiquement à redire. Voter Verts ? Si on aime le poisson à la nicotine…
Publié dans CQFD n°13, juin 2004.