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CQFD N°013


AFFICHAGE SAUVAGE

POUR SALIR LES MURS, ADIDAS « CRAINT DÉGUN »

Mis à jour le :15 juin 2004. Auteur : Grite Lammane, Olivier Cyran.


A l’aube du 19 mai, jour de la finale de coupe d’Europe OM-Valence, les murs de Marseille se sont réveillés crépis d’affiches reproduisant le dicton ancestral des Marseillais bien accrochés à leurs roustons : « On craint dégun ! »(en français pointu : nous ne craignons personne). Marqué en bas à droite, le signataire de cette mâle proclamation se profilait en lettres blanches : Adidas, géant de la basket qui sent des pieds et dont l’ex-président, Robert-Louis Dreyfus, ne fait qu’un avec l’actuel patron de l’OM. Dans le genre démago, crétin et tape-à-l’œil, on ne pouvait pas rêver mieux. Deux semaines après la piteuse défaite de l’OM, les affiches Adidas - réalisées par Auditoire, une agence parisienne - étaient toujours là, involontairement narquoises, tapissant en lambeaux toute la ville. D’où la question qui nous taraudait à CQFD : à l’heure où la mairie, gérée par le vice -président de l’UMP Jean-Claude Gaudin, fait la chasse aux petits colleurs d’affiches, quelles mesures va-t-elle prendre pour sanctionner Adidas ? Coup de fil à l’adjointe en charge de la répression de l’affichage sauvage, Martine Vassal. Laquelle nous déclare : « Vous êtes sûrs que c’est Adidas qui a fait ces affiches ? Vous me l’apprenez… Oui oui, je les ai vues moi aussi, mais seulement sur des panneaux électoraux… Ah bon, il y en avait aussi sur les murs ? Bon, une enquête est en cours. S’il s’avère qu’elles ont été collées comme vous le dites, Adidas recevra une lettre d’avertissement. Et une amende en cas de récidive. »

Heureusement, Marseille ne participant pas toutes les semaines à une finale européenne, le risque de récidive est limité. Il en va différemment pour les collectifs de lutte. Le 25 mai, deux jours avant notre échange avec l’étincelante Martine Vassal, la CNT recevait un recommandé de la ville l’enjoignant, sous peine d’amende, de retirer dare-dare quelques affichettes syndicales apposées « sur des emplacements non autorisés », afin, précise le courrier, que « “Marseille-propre” soit enfin une réalité ». Marseille n’est pas seule à pourchasser les afficheurs dès lors qu’ils sont pauvres. À Bordeaux aussi, la mairie, gérée par le président de l’UMP Alain Juppé, a lancé une « équipe de nettoyage » à l’assaut de la « pollution visuelle ». Des nettoyeurs très organisés puisque, avant d’arracher l’affiche, ils ont soin de photographier l’objet du délit et de noter les coordonnées de l’annonceur, afin de transmettre le tout à « qui de droit ». « Qui de droit », sévère mais juste, applique à la lettre le règlement : près de 100 euros d’amende par affiche ! « Insurmontable pour les assos », note le Collectif pour l’affichage libre : « La municipalité ne fait pas la différence entre les colleurs professionnels et les militants des petites structures. » Pourtant, on sait bien que ces derniers n’ont que leur huile de coude et la rue pour faire connaître leur programmation sur des A4 photocopiés. Rien à voir avec les pros du collage qui lardent l’espace public de pubs en couleur pour Pascal Obispo et consorts. Pour eux, payer cash la rançon de la mairie reste moins cher que la location d’un panneau. Mais pour la municipalité, multinationales et assos culturelles locales, même combat.

Résultat des courses : certaines associations se retrouvent avec un cumul d’amendes de plus de mille euros. Et comme elles n’ont ni les moyens ni le désir de remplir les caisses de la bonne ville de Bordeaux, elles ont maintenant les huissiers aux fesses. Mais la pugnacité militante a de la ressource ! Depuis quelques mois, le Collectif dissémine son logo sur les murs, appelle les citoyens à participer à un « grand collage libre dans toute la ville », écrit au préfet et prend contact avec le cabinet de Me Boulanger, avocat emblématique des justes causes locales (chômeurs, victimes de Papon…). À la guerre comme à la guerre ! Et « en attendant, on continue de coller », déclare une afficheuse avec flegme.

Publié dans CQFD n°13, juin 2004.






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Marseille, t’as la vue qui baisse…
Firou | 3 juin 2005 |
Voici comment le flatte-couillon aveugle les âmes qui d’ordinaire sont plus promptes à se soulever devant l’injustice. Panem ed circoncès.
 

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