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CQFD N°013



À BOIRE & À MANGER

Mis à jour le :15 juin 2004. Auteur : XXL.


À LIRE EN JUILLET ?

Georges Hyvernaud, intellectuel antifasciste, né en 1903, professeur de lettres, est fait prisonnier en 1940 dans un Oflag (camp pour officiers) de Poméranie. Il en ressort cinq ans après, brisé, avec un livre à terminer, La Peau et les Os, pas complètement roman, pas tout à fait autobiographie, mais un livre magnifique, dans une langue magnifique, sur l’enfermement, sur la misère ordinaire, sur l’annihilation de l’humain dans l’homme, sur la promiscuité et ce quotidien en boucle, « tout ce qui est bien réglé, bien pensé, les cases, les casiers », où l’on ne pense plus, où chaque jour apporte, comme une rengaine, chez ses compagnons d’infortune, son cortège de mesquineries, de petitesse implacable et de chacun pour soi. Jusqu’à la sortie, et le retour à la « vie », quand « on croit qu’on en est sorti ». Il y a du Céline, chez Hyvernaud l’oublié, rayé de notre patrimoine littéraire, parce qu’après la guerre, il nous fallait des héros, des Moulin, des qui combattent, des qui résistent, il faut reconstruire sur du propre, cacher la misère. Sous le tapis, la poussière… Après quelques tentatives encore, Hyvernaud abandonnera l’écriture, écœuré par l’accueil que reçoivent ses textes. Il disparaîtra en 1983, et son travail sera peu à peu exhumé, notamment par l’intermédiaire de Serge Teyssot-Gay, guitariste de Noir Désir, qui mettra ses mots en sons pour un spectacle et un disque.

- La Peau et les Os de Georges Hyvernaud (Éditions Le Dilettante).
- On croit qu’on en est sorti de Serge Teyssot-Gay (CD+livret, Barclay).


À ÉCOUTER EN JUILLET ?

Enspirés de la tradition des orchestres d’enterrement d’Europe de l’Est popularisés par Emir Kusturica,les Dead Brothers sont suisses. À première vue, sur la carte mondiale du rock’n’roll, la Suisse occupe à peu près la même place que le Bangladesh sur celle du PIB. Quand on pense Suisse, on pense coffre-fort et fromage à trous, quand on pense Suisse et rock’n’roll, on pense (au secours !) à Stephan Eicher… Ce serait faire peu de cas des immenses et malheureusement disparus Young Gods (dont, au passage, on retrouvait un membre, Franz Treichler, sur la compilation Gainsbourg chroniquée le mois dernier), qui ont sans doute débroussaillé le chemin pour une tripotée de petits groupes qui font de la scène indépendante helvétique l’une des plus sympathiques et actives de notre « vieux continent », pour paraphraser mon vieil ami George W. (qui, à l’instant où je tape ces lignes, vient d’échapper de justesse au prix d’interprétation masculine à Cannes). Mais revenons à nos cantons : la Suisse, ce pays saugrenu au carrefour de l’Europe, mélange foutraque de cultures et de langues, qui ressemble finalement à un disque des Dead Brothers. Entre blues à la sauce tuba, « garage-punk » à coulisse, country-rock flonflon et jazz vocal pouêt-pouêt, nos frères morts explorent, en fanfare et sans se dégonfler, en allemand, français ou anglais, un siècle de musique traditionnelle, avec classe et érudition (reprises impec des Cramps, mythiques garage-rockers déviants, mais aussi des countrymen Townes Van Zandt et Hank Williams ou du « Besame Mucho » de Consuelo Velasquez…). S’il vient à monter son chapiteau dans vos contrées, ne manquez pas le cirque Dead Brothers et leurs instruments d’un autre âge. Pour le prix d’un concert de rock, vous avez aussi la comédie musicale, le théâtre de rue, le spectacle de clowns en costumes de croque-morts. ça ressemble à un fou rire à un enterrement. Et ça fait bouger les pieds…

- CD Day Of The Dead & Dead Music For Dead People des Dead Brothers.
- Pour essayer, des MP3 à télécharger sur www.voodoorythm.com/framevoodoo.htm
- Profitez du passage sur leur site pour jeter un œil aux autres productions du label, et au graphisme rétro (très réussi) de leurs pochettes.

Publié dans CQFD n°13, juin 2004.






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