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Sommaire du N°014
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CQFD N°014


PLAN DE COHÈSION SOCIALE

C’EST ENCORE LOIN LE BOUT DE LA CHAÎNE ?

Mis à jour le :15 juillet 2004. .


Le 21 juin dernier, une scène fusionnelle a illuminé les locaux d’habitude un peu sévères du Conseil général de l’Ain. Les élus du département, droite et gauche confondues, s’étaient réunis pour donner le coup d’envoi au Revenu minimum d’activité (RMA), qui, après quelques retards à l’allumage, trace peu à peu sa route à travers le pays en commençant par les contrées les plus profondes. Les socialistes avaient âprement dénoncé le RMA lors des dernières élections régionales, l’accusant de « fournir aux entreprises une main d’œuvre à bon marché », et promettant de faire obstacle à son application partout où ils le pourraient. Mais les élections ne sont plus qu’un lointain souvenir. Peut-être à cause du réchauffement de la planète, qui fait couler plus vite l’eau sous les ponts, les socialistes n’ont pas attendu trois mois pour changer de garde-robe. Retour, donc, au Conseil général de l’Ain, où l’instauration du RMA a donné lieu à ce bel échange œcuménique, raconté par Le Progrès de l’Ain (23/06/04) : « André Lamaison, au nom de la minorité de gauche, a rappelé que son groupe avait en son temps émis des réserves. “Le dispositif est complexe. Nous regrettons que le seuil des 20 heures de travail hebdomadaire ne soit pas porté à 28 heures. Notre position est positive et se veut constructive”, a affirmé M. Lamaison. De bonnes dispositions dont s’est félicité Charles de la Verpillière [président UMP du Conseil général]  : “Votre état d’esprit me ravit ! Et comme nous sommes aussi dans de bonnes dispositions… Le seuil de 20 heures est fixé par la loi, mais le ministre y réfléchit, sinon, nous verrons au niveau du département.” » En somme, ce que le PS déplore, c’est que les Rmastes ne fassent pas des journées plus longues. À part ça, tout baigne, comme en témoigne cet autre échange « positif et constructif » :
- Charles de la Verpillière : « Le Medef, c’est provocateur, mais prenons les entreprises à leur propre jeu ! Il y aura aussi les chambres consulaires, la MSA, les fédérations ou groupements d’employeurs. L’ANPE et l’Assedic pourraient suivre. »
- Rachel Mazuir, chef du groupe PS : « Exact ! Les entreprises veulent être citoyennes, qu’elles le montrent concrètement ! »

Rappelons que le RMA est une sorte de sous-service du travail obligatoire visant à remettre les Rmistes au turbin. Vingt heures de boulot par semaine payées 412 euros, quand le smicard à mi-temps en touche moins de 500. Au passage, les patrons y gagnent une main d’œuvre abondante, flexible et quasiment donnée, grâce à un système d’aides qui leur met trois Rmastes au prix d’un smicard. Certes, dans les départements où il est majoritaire, le PS dit vouloir utiliser le RMA - qu’il applique donc, contrairement à ses promesses, mais qui s’en étonne ? - au bénéfice du secteur dit « non marchand », plus présentable que les viandards du Medef. Mais on voit mal ce qui pourra empêcher ces derniers de sauter sur l’aubaine une fois que le RMA aura pris racine dans les parages. D’autant que le PS ne demande qu’à faire risette aux entreprises, du moment qu’elles portent l’épithète de « citoyennes », ce qu’elles font de bon cœur, n’ayant pas de TVA à payer sur les adjectifs. Le plus drôle, avec cette histoire de RMA version socio-cul, c’est la rapidité avec laquelle la droite a piqué l’idée au PS. En introduction à son plan de « cohésion sociale », présenté le 30 juin dernier, le ministre de l’Emploi Jean-Louis Borloo a lâché une phrase qui synthétise brillamment la doctrine en vigueur du sol au plafond et de droite à gauche : « Tous doivent pouvoir, sous des formes adaptées, retrouver le chemin de l’activité, aussi modeste soit-elle. » Par « activité modeste », il faut entendre : sous-emploi modestement captivant, modestement solide, modestement rémunéré. Sachant que le marché du travail obéit déjà très largement à cette définition, on se demandait quel genre de nouveaux petits boulots merdiques ils allaient bien pouvoir nous inventer. Eh bien, c’est simple : Borloo a ressorti, à peine défripée, la bonne vieille feuille de vigne du secteur non-marchand pour instaurer une énième catégorie de jobs dégriffés, les « contrats d’activité ».

Réservés aux Rmistes et chômeurs de longue durée, comme le RMA, ce sont des contrats précaires, flexibles et payés moins que le Smic, comme le RMA. Ah, le Smic… Pour le galérien modestement actif, ce minimum devient décidément un maximum indépassable et de plus en plus inaccesssible. Rame, petit, l’horizon est devant toi ! L’originalité du truc, c’est qu’il profitera aux collectivités locales, au monde associatif et aux entreprises d’insertion, déjà gavés de CES et de RMA. Un bon truc, ça, l’insertion : je suis un homme bon, alors on me subventionne pour sous-payer des pauvres à repasser les chemises des cadres supérieurs de Hewlett-Packard, et tout le monde est content. Ça doit être ça, le côté social de la cohésion. Évidemment, vous allez vous demander : à quoi bon le contrat d’activité quand il y a déjà le RMA canal UMP et le RMA tendance PS ? La com’, mes amis, la com’ ! Car derrière l’affichage de la carotte non marchande, Borloo peut dégainer en douce le bâton de la coercition : des « sanctions justes et graduées » seront prononcées à l’encontre des réfractaires du système. Nous voilà prévenus. Combien de déserteurs déterminés à résister au bâton ? Allez savoir, mais en tout cas, ils seront justes et gradués, eux aussi.

Publié dans CQFD n°14, juillet 2004.






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> C’EST ENCORE LOIN LE BOUT DE LA CHAÎNE ?
Gilles | 5 août 2004 | a
A Quand des procès généralisés contre cet état antidémocratique et vendu aux Patrons ;… tels que ceux des recalculés de cet hivers…. ! Quoi Etat, citoyens, que dis je ?… Quelles belles paroles…Non disons plutôt Entreprise Supermarché, oui c’est çà, la France c’est un supermarché qui appartient aux Riches…Politiques ou Patrons quand ca n’est pas les deux à la fois qui comme vous l’aurez remarqué comme moi portent pour la plupart des noms à rallonge tout emberlifiquotés de PARTICULES…. Les rejetons en quelque sorte de tous ceux à qui on n’a oublié de couper la tête en 1789 et qui pour nous apprendre à vivre n’hésitent pas à nous couper les vivres…. Ils ne se passe pas un jour sans qu’une atteinte aux droits de l’homme n’aie lieu dans ce pays… Il suffit pour s’en convaincre de relire les Articles dix neuf à vingt cinq de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen et vous aurez fait le tour de la question … L’esclavage Revisité remis au goût du Jour et flambant neuf de vulgarité et de bien séance… C’est écoeurant de Médiocrité…Une seule solution des Procès, Des Procès,Des Procès…. > C’EST ENCORE LOIN LE BOUT DE LA CHAÎNE ?
| 23 juillet 2004 |

bonjour,

pour cotoyer beaucoup de chômeurs, je sais que le pire est de se sentir exclu de la société car sans boulot, sans activité du matin au soir, et que cette situation entraîne un laisser-aller progressif dans certains cas et au final une difficulté de plus en grand à trouver du boulot !

ne pensez-vous pas que dans ce cadre - et sachant que l’économie est telle que les entreprises ont beaucoup de mal à embaucher - il est intelligent d’avoir des contrats intermédiaires qui permettent de ne pas perdre la main, d’apprendre éventuellement d’autres pans du métier et de prende des contacts ? car comme chacun sait il est beaucoup plus facile de trouver du boulot quand on connait des gens dans le secteur que quand on en est complétement déconnecté. alors ne vaut-il aps mieux avoir l’occasion de rester connecté ?

de plus, personnellement j’ai un frère qui a fait des études, qui s’il se bougeait un peu trouverait du boulot mais qui profite du RMI depuis 12 ans maintenant. Pourtant il est issu d’un milieu aisé et il a eu toutes les facilités pour réussir. Comme en parallèle il fait quelques trucs au noir et qu’il se fait loger par une copine, il est riche par rapport à un smicard qui travaille beaucoup. que pensez-vous des gens comme ça, ne pensez-vous pas que c’est une honte et qu’ils devraient bosser ? que l’Etat n’a pas à payer pour eux et que c’est une déviation du rôle social de l’Etat ?

J’attends beaucoup de votre réponse car ce sont des questions qui me tiennent à coeur.

 

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