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CQFD N°014


INCENDIE MORTEL DANS UNE BANLIEUE DE MONTPELLIER

INSALUBRITE FUMANTE A LA CITE DU PETIT-BARD

Mis à jour le :15 juillet 2004. Auteur : Yannick Seam.

Plus grande copropriété de France, la cité du Petit-Bard, à Montpellier, détient aussi la palme de l’insalubrité. Un homme en est mort le 13 juin dernier, brûlé vif dans un incendie. Depuis, un collectif d’habitants demande le relogement des familles et la réhabilitation du quartier. Mais les politiques font les ânes.

Les traces de suie laissées par les doigts d’Hocine, avant qu’il ne s’effondre asphyxié dans sa cage d’escalier livrée aux flammes, sont restées plusieurs jours sur la porte de Saïd, son voisin de palier. Pour l’épouse de ce dernier, victime depuis des mois de troubles anxio-dépressifs, il n’est plus question de revenir vivre dans cet immeuble de la rue des Trolles qu’elle ne supportait plus depuis longtemps. Elle n’est pas la seule.« Les gens sont choqués, ils n’accepteront pas de revenir », confirme le concierge. La cité montpelliéraine du Petit-Bard a beau être la plus grande copopriété de France, c’est surtout sa décrépitude qui bat des records. En 2002, un administrateur judiciaire avait été nommé pour gérer les lieux, suite à la condamnation des précédents syndics par le TGI de Montpellier. Ces marchands de sommeil, « élus par les gros propriétaires du Petit-Bard », ont détourné « plus de 10 millions de francs », explique Hocine Djen, chef d’équipe de la copropriété et président du comité de quartier. Les millions ont disparu mais l’insalubrité, elle, s’est incrustée. Les sept membres de la famille Ismaïli croupissent dans leurs 60 m2 comme « la majorité des résidents du Petit-Bard », précise Hocine Djen : bien qu’ayant toujours réglé leurs charges et leurs loyers, ils doivent vivre avec les carrelages creux qui se défont, le vieux chauffe-eau hors normes dont les flammes lèchent la coque, les murs humidifiés qui tombent en décrépitude, la rouille dans la salle de bain et les sols en ruine. Sans parler des acariens et des tiques impossibles à extirper, ni de la chasse aux rats et aux souris qui s’engouffrent dans l’appartement comme si c’était le leur…

Le directeur de l’ACM-OPAC, organisme responsable du logement social à Montpellier et propriétaire de 20 % des logements du Petit-Bard, convient d’emblée que ses résidents vivent une « situation horriblement difficile » : « C’est un système qui se délite depuis longtemps avec des factures d’entreprises qui se sont accumulées », explique-t-il. « On en a ras-le-bol !, lâche le jeune Karim. Il faut qu’il y ait des morts pour qu’on parle du quartier ! On a déjà eu six incendies en deux ans. Et il y en aura d’autres si rien n’est réhabilité. » Le soir du 13 juin, après le décès d’Hocine, une centaine de jeunes ont libéré leur colère en brûlant quelques poubelles et en installant des barrages filtrants face à la police. Mais la convulsion a vite cédé la place à l’action collective, grâce notamment au Mouvement de l’immigration et des banlieues (MIB) et de la Cimade locale, venus en renfort. Les habitants ne sont manifestement plus disposés à ravaler leur révolte. D’autant que ça fait dix ou vingt ans que nombre d’entre eux multiplient en vain les demandes pour obtenir un logement social. Dans l’urgence du moment, il y a certes une nécessité plus impérieuse que la réhabilitation du quartier : le relogement des dix-neuf familles que l’incendie à jetées à la rue. Mais il faut croire que c’est encore trop demander aux bailleurs privés et aux pouvoirs publics. Le 19 juin, une manifestation rassemblant six cents personnes se rend à la préfecture mais trouve portes closes. Le soir même, le collectif occupe le gymnase du quartier pour y abriter les familles sinistrées, celle de la victime ayant été la seule à obtenir un relogement. Treize d’entre-elles y dormaient toujours deux semaines plus tard. Ce n’est que le « début d’une bataille pour des logements dignes », annonce Omeyya Seddik, porte parole du MIB. Jean-Baptiste Eyrault, du DAL, renchérit en lançant aux habitants : « On parle souvent de renouvellement urbain et de destruction des HLM, mais qu’est-ce qui se cache derrière ? L’objectif reste de reléguer les couches populaires toujours un peu plus loin à la périphérie, alors que la spéculation immobilière bat son plein : le Petit-Bard est une cité proche du centre-ville et va donc se valoriser. Si vous acceptez de faire démolir certains bâtiments, faites-les reconstruire pour vous ! ».

Le 6 juillet, le collectif organise une deuxième manif. Pour toute réponse, c’est la police municipale qui déboule. Mission de la troupe : escorter « un agent du service de l’hygiène de la Ville » qui doit, comme l’explique Rabah, militant du MIB, « inspecter les lieux pour lancer une procédure d’expulsion des familles pour cause d’insalubrité ». Amusant, quand on sait que les propriétaires du Petit-Bard n’ont cessé, à l’instar des pouvoirs publics, d’inviter les familles sinistrées à regagner leur immeuble… Dans ces conditions, il n’y a pas grand monde pour croire aux velléités de « réhabilitation » proclamées ci et là. Tout est mis en œuvre pour convaincre les gens qu’on se fout d’eux. Ainsi la nouvelle maire de Montpellier, Hélène Mandroux, qui promet un rendez-vous pour le 13 juillet avec l’Agence nationale du renouvellement urbain (ANRU) pour discuter de l’avenir du Petit-Bard. À peine annoncée la bonne nouvelle, le directeur de l’ANRU s’empresse de la démentir : faux, dit-il, il n’y a jamais eu de rendez-vous. Le but du jeu semble être de se renvoyer la patate fumante, préfecture et municipalité s’accusant réciproquement de l’échec d’un ancien plan de réhabilitation mort-né. Parfois, un politique vient jouer à l’homme providentiel, comme le ministre de la Culture, Renaud « Nomdedieu » de Vabres, qui a promis le 27 juin un « geste fort » pour le lendemain : dix jours plus tard, le « geste fort » se faisait toujours attendre. Pour clore le tableau, le collectif des habitants s’est vu refuser l’accès au conseil municipal du 29 juin, malgré l’invitation lancée par des élus de la majorité. Pourtant, les soutiens n’ont pas manqué, de l’inévitable Mgr Gaillot au collectif No Border (qui a réagi en occupant la Maison de Montpellier à Heidelberg, en Allemagne), en passant par un José Bové plus gaillard qu’aux régionales, lorsqu’il avait soutenu la liste de Georges Frêche, le Néron socialiste de Montpellier : « Je dis à la mairie : vous devez reloger ces sinistrés au lieu de les laisser dormir dans un gymnase. Aujourd’hui, vous nous dites que vous êtes de gauche, mais ce n’est pas de cette gauche-là que nous voulons ! Vous vous foutez de notre gueule ! […] C’est pareil pour l’Etat : ce n’est pas normal que Borloo laisse une cité se dégrader comme ça ! ». Pour les habitants, une chose est sûre : ils ne se laisseront plus enfumer.

Publié dans CQFD n°14, juillet 2004.






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INSALUBRITE FUMANTE A LA CITE DU PETIT-BARD
Samira BOUTIHLIL | 17 décembre 2006 |
je suis habitante du Petit Bard depuis 1979 et je suis tout autant révoltée que tous les habitants de ce quartier. Je suis révoltée par Mme Mandroux que j’appelle « le petit toutou de Frêche ». Comme d’habitude, beaucoup de promesses, beaucoup de graphiques, de tableaux, de statistiques, et des programmes, mais au final on fait se qu’on nous a toujours appris à faire:attendre comme des cons. On a tous été bernés. Où va l’argent promis pour la réhabilitation ?qui en profite ?pourquoi est-ce que le Petit Bard, déclaré comme l’un des quartiers les plus insalubres de France, ne bénéficie-t-il pas de ces travaux ?Pourquoi est-ce-que personne ne veut s’interresser à cette cause si ce n’est pour détourner des fonds ? INSALUBRITE FUMANTE A LA CITE DU PETIT-BARD
ForzaPetibard | 18 mai 2006 | Le Petit Bard : les anciens victiment de la fraude et une jeuness perdue

Le Petit Bard ! vous avez vu les initiales : « pb » comme « problemes » ; comme un signe du destin !!!! C un trou à rats, « on y est, on y reste ! »

Les problemes (la fraude des syndic, l’insalubrité,…) s’empilent comme les dossiers au tribunal… Du syndic au tribunal c la meme politique, tous les meme, c ’est le systeme…

Les jeunes de la cité sont affichés partout, meme leur piece d’identité les trahit !! Le Petit Bard, une jeunesse perdue, desorientée…sans issu de secours !!

Pendant q’une majorité de la population essaie de vivre, l’autre dite « de la cité » essaie de survivre !!

Pour en finir avec cette breve intervention, je tiens à rendre hommage à un jeune de la cité qui nous a quitté recemment (mardi 16 mai : mort accidentelment).

INSALUBRITE FUMANTE A LA CITE DU PETIT-BARD
| 10 mars 2006 |
bonjour, je réagis tardivement à votre article trouvé par hasard sur le web et que je ne conteste pas sur le fonds, mais je regrette certaines approximations qui sont dites et répétées dans la presse et que vous reprenez sans dicernement : non le Petit Bard n’est pas la copropriété la plus grosse de France, c’est faux et c’est Parly 2 qui regroupe beaucoup plus de logements et est de surcroît composée de logements de haut standing. donc grosse copropriété n’est pas forcément copropriété en difficulté. par ailleurs, d’autres copropriétés en france sont dans des situations bien pires même à montpellier (une pour être exact). enfin depuis votre article une convention a bien été signée avec l’anru, même si les habitants n’en voient pas encore les effets. tout ceci n’enlève bien entendu rien à la situation dramatique que vous décrivez et à certains excès de langage réitérés et regrettables, mais c’est tout de même important. > INSALUBRITE FUMANTE A LA CITE DU PETIT-BARD
Fred | 7 avril 2005 |

Le 2 avril 2005, Georges Frêche, ex-maire de Montpellier, président du conseil d’agglo (donc chef des ACM), président du conseil régional, lors de l’inauguration de la très sécurisée médiathèque William Shakespeare dans le quartier du Petit Bard, entendant les habitants du quartier qui manifestait contre son opposition au projet de rénovation (qui coûterait trop cher aux ACM) déclarait : « Je les emmerde, en long, en large et en travers. » CQFD

Ici on est sidérés. Je voudrais dire mon soutien à Mohamed et à tous les habitants du quartier. Tenez bon !

> INSALUBRITE FUMANTE A LA CITE DU PETIT-BARD
| 29 mars 2005 |
je crois que le plus important c’est de ne pas confondre copropriété et logement social : dans une copropriété comme c’est le cas au petit bard, c’est de la faute du propriétaire si le chauffe-eau est pas aux normes… en n’étant pas clair et en faisant des amalgames (quand on parle de « cité », on pense « logement social »), on n’aide pas les copropriétaires défaillants à prendre conscience de leurs responsabilités dans la dégradation de leur immeuble… > INSALUBRITE FUMANTE A LA CITE DU PETIT-BARD
Deux demoiselles du Petit Bard | 23 mars 2005 | espoir pour notre cité
ce quartier est une honte ! C’est un scandale q’on nous laisse encore dans cette cité qui n’est plus qu’in bidonville. Le pire c’est que nous payons une fortune pour des « appartements cage a poule » qui ressemble a rien !!!!!! Il faut bouger parceque nous n’avons pas l’impression qu’on prète attention a nous !!! Nous sommes des citoyennes française et pendant plusieurs année Frêche nous inciter a voter pour lui en nous faisant des promesses qu’on d’ailleur jamais vu ! Il s’est contenté d’encaisser l’argent comme tous les politiques bien sur !!!!! Notre seul espoir est d’attendre en espérant que ca bougera > INSALUBRITE FUMANTE A LA CITE DU PETIT-BARD
psm_du_34 | 18 février 2005 |
je me prensante je mapelle mohamed ben raiche je sui un habiten du quertier je vouler dire que l’état se fou de nautre geule il nous disent qu’il ya 80M€poure le petit bard alor qu’il son entrin de construire des stade de foot a plus de 110M€ on se pose la question c quoioi la prioritée
 

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